YMO : Yellow Magic Orchestra
YMO

Yellow Magic Orchestra. YMO. A son nom, les Japonais, mais également les branchés techno-pop du monde entier, âgés entre 25 et 35 ans, se souviennent avec émotion de ce trio nippon qui sut bercer leur adolescence dès la fin des années 70 à grand renfort de musique électronique bien avant que cela ne devienne la mode. Musique débridée  ?

Remontons un peu le temps. Dans les années 70, la musique électronique est encore une affaire de bidouilleurs et de professeurs Tournesol. Les instruments sont peu nombreux, limités, compliqués, se détraquant très facilement et surtout horriblement chers. Produits quasiment artisanalement, les plus fameux de ces appareils coûtaient le prix d’une voiture neuve. Des séquenceurs basiques pointent tout juste le bout de leur nez et les boîtes à rythmes sont très primaires. Tout est analogique. Certaines prises ont la taille d’un fer à repasser. Quant à la M.A.O, c’est encore de la science-fiction. En fait, ces appareils dignes de Star Trek sont essentiellement utilisés à cette époque dans l’industrie du cinéma et plus particulièrement dans celle des dessins-animés, pour des bruitages. Faire de la musique digne de ce nom avec n’effleure pas la plupart des grands musiciens de l’époque, à part peut-être Pink Floyd qui a toujours utilisé ces machines pour donner les climats atmosphériques que l’on sait à leurs chansons (remember les VCS-3 dans Dark Side Of The Moon). Mais ce n’était qu’un plus, ce n’était pas la machine pour la machine.  Il existait pourtant toute une scène à cette époque qui utilisait ces engins pour en faire de la musique  : les Allemands de Kraftwerk en tête, qui seront les pères fondateurs de la musique électronique un peu à la manière des Beatles pour la pop, mais aussi Klaus Schulze, Tangerine Dream, Can, Vangelis, Jean-Michel Jarre, etc. De toute façon, cette scène était quasiment underground, aucune maison de disques ou presque n’y croyait et ce son bizarroïde, robotique, métallique et froid n’était absolument pas en phase avec son temps où la mode était aux folkeux chevelus avec leur guitare sèche en bandoulière. La mode futuriste débarquant à la fin des années 70 en Occident, grâce à Star Wars tout particulièrement, balaiera toute cette crasse et ouvrira un boulevard pour tous les mutants qui tripatouillaient leurs étranges machines dans l’ombre et leur donnera l’occasion de se faire une place au soleil. YMO sera du voyage et pas seulement qu’au Japon.

À la fin des années 70, le pays du soleil levant est sur le point de manger le monde entier. Leur économie est au beau fixe et ils inondent le monde de gadgets électroniques, jeux, montres, appareils-photo, sans parler de la vidéo qui commencent à se tailler la part du lion dans les foyers avec l’arrivée du magnétoscope, ventes dopées grâce aux films de fesses… Le « péril jaune » est là   ! Pour beaucoup, les Japonais sont des fous de machines, étiquette qui leur colle encore à la peau de nos jours. YMO ne va pas arranger les choses. Alors que les Kraftwerk sont en pleine ascension mondiale et enchaînent les albums cultes, un groupe japonais sorti de nulle part commence à faire parler de lui au Japon mais aussi aux USA. Le Yellow Magic Orchestra semble être la réponse nipponne aux quatre robots allemands. YMO est un trio composé de Sakamoto Ryūichi, Takahashi Yukihiro et Hosono «  Harry  » Haruomi. Le groupe, qui se connaissait déjà un peu auparavant pour avoir effectué ensemble des sessions d’enregistrement, n’en est pas à son premier coup. De véritables amateurs professionnels  ! Au moment de former YMO, Sakamoto a déjà enregistré un premier album solo, Thousand Knives. Takahashi, batteur de son état, est le leader et chanteur du groupe indies Sadistic Mika Band, assez connu chez lui grâce aux titres Time Machine Ni OnegaiDontakuCycling Boogie ou Picknic Boogie. uant à Hosono, bassiste et claviériste, il ne verse pas encore dans l’électronique et essaye de concilier musique traditionnelle nipponne et influences pop occidentales.

Dès leur premier album, baptisé simplement Yellow Magic Orchestra, sonnant désormais comme un jeu vidéo 8 bits, il est clair que la mélodie, même primaire, sera mise en avant.Firecracker ou Cosmic Surfin’ délivrent une musique simple et efficace, immédiatement entêtante. Le public ne s’y trompe pas et les américains leur feront un triomphe dès le début et un vrai de vrai, pas comme avec Utada Hikaru… Avec l’ouverture du marché américain, c’est bien évidemment celui du monde qui suivra. Les salles de concert new-yorkaises sont pleines à craquer et se mettent presque en transe devant la musique irréelle que leur offrent les trois bridés. Le Vocoder et le Moog dominent tout à ce moment là. Avec l’ouverture du marché américain, c’est bien évidemment celui du monde qui suivra. YMO viendra en France, se donnant en spectacle au Palace et même dans un concert radiophonique pour RTL en 1979.

La grande force de YMO est que les trois comparses sont tous aussi capables les uns que les autres de composer des tubes. Beaucoup crurent très rapidement que Sakamoto Ryūichi était la tête pensante et le seul véritablement capable de donner au trio des tubes. Erreur gravissime   ! Quand on se penche un peu sur les crédits des chansons du groupe, on est surpris de voir que tout le monde a mis la main à la pâte et a composé son petit hit. Cosmic Surfin’ est de Hosono,Rydeen de Takahashi, Behind The Mask de Sakamoto. Les chansons bénéficieront très souvent d’aide extérieure pour l’écriture des paroles. Bien qu’il s’en soit toujours défendu, modestie nipponne oblige, Sakamoto sera toujours le plus prolifique du groupe en matière de musique, de concepts et surtout de collaborations extérieures. Il fera équipe un moment avec le très brillant, bien que méprisé par les médias, David Sylvian, soit en duo soit carrément dans Japan, le groupe de Sylvian, pour plusieurs travaux souvent portés sur l’Asie.

Dès 1979, YMO s’entoura de musiciens supplémentaires pour ses concerts. Des techniciens et même un guitariste. Ces fans des Beatles n’ont pas oublié cette bonne vieille gratte. On notera en particulier une certaine Yano Akiko, pianiste de son état, reconvertie seconde claviériste dans le groupe et qui deviendra très rapidement madame Sakamoto à la ville. Elle se distinguera ensuite par des albums solos et aussi par quelques musiques de films, dont le fameux Mes Voisins Les Yamada du studio Ghibli. En parlant de live, les meilleurs se situeront dès leurs débuts, de 1978 à 1980, avec en apothéose celui du Budokan qui est une véritable leçon de professionnalisme musical avec un show réglé au millimètre et quasiment joué en direct, ce qui dénote avec les concerts électroniques de maintenant où toutes les parties instrumentales ou presque sont en play-back. A noter que la chanteuse Lio partagera une tournée avec eux au tout début des années 80 et témoignera par la suite du sérieux de YMO. Pas de coke, peu d’alcool, on va se coucher tôt et on travaille beaucoup. Typiquement japonais pour ce dernier. A raison d’un album par an, il est amusant de constater que le son du YMO évolue en même temps que celui des machines. Avec un peu d’expérience et d’oreille, il est possible d’identifier l’année d’un album rien qu’en écoutant le son qu’il dégage. Véritable laboratoire bouillonnant, YMO jouait ce qu’on appellerait aujourd’hui les «  beta testeurs  » et utilisait les dernières possibilités synthétiques du moment sans renier les anciennes. Les fameuses marques d’instruments musicaux électroniques telles que Yamaha ou Roland peuvent remercier le groupe. On ne saura jamais combien de machines YMO fit vendre avec leurs concerts et leurs disques et combien de personnes décidèrent de se lancer dans la musique grâce à eux.

Dès le second opus, Solid State Survivor, un nouveau cap est franchi. Les sons sont plus riches, moins «  bip bip  »  et les mélodies toujours présentes. Chaque nouveau disque en-terrera le précédent et contiendra sa dose de tubes en puissance. Technopolis ainsi que Rydeen pulvériseront les radios nipponnes et viendront jusqu’ici. Tout le monde connaît ces instrumentaux. Le temps passant, le groupe se concentrera plus sur l’archipel originel que sur les pays étrangers. Cela donnera des albums assez étranges, comme le mini album X00 Multiplies, avec ses interludes tout en japonais entre chaque morceaux. Interludes très amusants d’ailleurs puisque dignes des meilleurs sketchs de manzai mais totalement imbittables pour un occidental classique car tout en japonais. Il est triste de dire que YMO fut victime d’une overdose de progrès dans leur musique. Comme beaucoup de musiciens de leur génération, avec l’arrivée du numérique dans les studios, la norme MIDI et des premiers échantillonneurs, donnant certes accès à de nouveaux territoires musicaux mais faisant tomber le musicien dans le trip de l’archiveur, ils se perdirent dans une soupe commerciale et assez indigeste. Leur dernier album, Naughty Boys, sorti en 1983, illustre bien ce propos. Malgré de très bonnes idées d’arrangements et un son qui, paradoxalement, fait que cet album est l’un de ceux qui a le moins vieilli dans la discographie du groupe (certains gimmicks de ce disque furent utilisés par RTL à cette même période pour servir de jingle à leurs émissions de radio estivales), on ne peut que regretter la recherche mélodique primaire des premiers albums et le son chaleureux de l’analogique. Tout était trop bien calibré, trop propre, trop froid. Le numérique tua YMO et puis, surtout, d’autres artistes déboulèrent à la même époque, plus à l’aise avec la modernité, et firent aussi bien qu’eux. La musique électronique n’était plus réservée à une élite.

Probablement conscient de cela, et surtout poussé par la percée solo de Sakamoto l’année précédente avec la bande-originale du film Furyo, YMO se sépara en 1984. Enfin (?) libres, Takahashi et Hosono reprendront le chemin des studios pour des albums solos et des productions. Pour Sakamoto, désormais super star mondiale, sa carrière ne faisait que commencer. En 1993, poussé par la maison de disques, le groupe se reforme pour un album,Technodon, totalement raté et aux singles presque risibles, comme Pocketful Of Rainbows ou Be A Superman. Malgré un succès commercial conséquent, vu que le groupe traîne derrière lui une horde de fans purs et durs et surtout très nostalgiques, ce nouvel album n’enchanta guère le public. Une époque était passée.

Que reste-t-il de YMO maintenant  ? Beaucoup de souvenirs, une énorme discographie sans cesse réactualisée par de nouveaux best of et autres lives retrouvés dans un fond de tiroir et une conception de le musique électronique totalement oubliée de nos jours, à savoir la mélodie, les harmonies, une certaine fantaisie et une connaissance totale de la musique. Mettez un de ces technoïdes contemporains devant un clavier et une partition. Vous allez rire. La souris et le copier-coller de samples que l’on assemble bout à bout sur un écran ont tué la musique électronique. La recherche de son patiemment élaborée en tripatouillant sur les potentiomètres de son synthé, c’est fini tout ça. On met un CD-rom et on écoute jusqu’à ce que ça colle bien. Du hasard total  ! YMO représente une ancienne génération de musiciens électroniques, la première et la meilleure. Elle sert encore de repère à de nombreux artistes techno contemporains, comme Ken Ishii ou même Moby qui les citent régulièrement. Au même titre que Kraftwerk, YMO est un pionnier dans la musique électronique. Sans eux, on se demande ce que passeraient à l’heure actuelle certains clubs…

26 juin 2006 Aucun commentaire
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