YMCK, joie de vivre 8bit
YMCK

Formé « pour dépanner » lors d’une soirée en 2003 le trio électro-rétro YMCK s’est pourtant hissé comme référence de la scène chiptune. Zoom sur le groupe le plus pixélisé de la planète.

Alors que la guerres des bits faisait rage entre Sega et Nintendo et que des millions d’enfants passaient des après-midi entières à rêver devant des jeux dont les éléments tenaient en quelques pixels mal-dégrossis, Sony et son arme de destruction massive de 32bit nous fit dans l’ère des consoles « nextgen ». Les jeux ne seraient plus jamais pareil. Installant la 3D comme norme et révolutionnant support, gameplay, et ambiance sonore Sony a tué et crée le chiptune (cheap ?) en 1995. Exit les sons analogiques électroniques, faites place aux mélodies digitales compressées !

Les nerds trentenaires sont nostalgiques et ils ont beau eu se dandiner sur les mélodies de Parappa The Rapper et se rincer l’eoil sur la poitrine carrée de Lara, ils ont avant tout été nourris aux bip-bips frénétiques des premières consoles de jeux, du séminal Space Invader à la sophistication des mélodies des softs pour Super Famicon et Genesis[1]. L’initiale et le compositeur du groupe, Yokemura, est de ceux-là. Il confie avoir tâtonné pour trouver un son électronique qui lui convienne[2] et se rapproche de ce qu’il avait en tête. S’acharnant d’abord sur des synthés analogiques, il a fini par mettre au rebut ses empilements de samples nuancés pour se tourner vers les sons bruts de la Famicon, mettant ainsi le dépouillement au service de mélodies technos légères et entêtantes et du chant d’idol rachitique synthétique de Midori.

Composés à un an d’intervalle, les deux premiers albums de YMCK, Family Music (2004) et Family Racing (2005), parfois étouffés par le poids de la mascotte de Nintendo, se font écho. L’ambiance légère, acidulée et lumineuse des aventures du plombier moustachu flotte au dessus des machines de Yokemura et il n’y a guère que quelques intros ou interludes plus graves qui mettent un bémol à ce déluge d’énergie, de bonne humeur toute enfantine et de joie de vivre communicative. Le rythme quaternaire jazzy que s’impose le compositeur attitré du groupe n’est sans doute pas étranger à l’impression de redite que laisse Family Racing dans nos oreilles.

Sortant de l’anonymat grace au net, le trio se produit dans un premier temps surtout à l’étranger — ils nous avaient d’ailleurs tapé dans l’œil au Festival Formoz 2006 — et finit par atteindre (grâce au marketing Avex) les pages musicales de la presse nippone en 2008 pour la sortie de son troisième opus, Family Genesis, en pleine déferlante electro-régressive de capsule parfumée et remise au goût du jour mondiale des années 80, de l’autotune et des leggings en lycra. Level Up !
Pour Family Genesis« expression de la progression de la scène 8bit jusqu’à sa légitimisation »  ((d’après le groupe lui-même)), le trio bitmap réduit la dose de jingles trop référencés, nuance ses ambiances, et lâche la béatitude enfantine qui animait systématiquement ses compositions. La voix haut perchée de Midori survole à présent des mélodies électro-pop nostalgiques, plus aériennes, moins calibrées et plus avare en gimmicks faciles ; un véritable bonheur pour qui tataient d’autres univers que la plate-forme l’album renvoie à des centaines de jeux et d’ambiances.

Après une collection de reprises à vocation éminemment commerciale, des compositions pour l’industrie du jeu vidéo (juste retour des choses !) et des remixes plus ou moins dispensables[3] pour les placer sur la carte musicale de l’archipel, YMCK a mijoté un album dans les cuisines d’Avex qui tout en gardant les avancées de leur genèse se vautre à nouveau dans les sauces (bolognaises ?) sucrées et le bubblegum hystérique estampillé Nintendo. Family Cooking, où quand la popote familiale prend un goût chimique et industriel…

Véritables producteur de madeleine pour fluokids qui soufflaient dans leurs cartouches, YMCK ne pourra pas malheureusement pas indéfiniment se tourner vers Mario et son euphorie de pixels pour distraire son auditoire, mais peu importe, il reste les reprises de yéyé pour nous faire esquisser sourire.

Discographie sélective

Family Music (2004) | Family Racing (2005) | Family Genesis (2008) | YMCK SONGBOOK (2008) | Family Cooking (2009)


  1. Nintendo et Megadrive dans nos contrées []
  2. cf. Marquee 64 []
  3. dont un pour Hamasaki Ayumi []
19 novembre 2010 Aucun commentaire
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