Hyperactif passé maître dans l’art des productions lucratives, des featuring luxueux et des rimes qui croisent sans complexe japonais et anglais Verbal, toujours friand de nouvelles tendances venues d’outre-Pacifique, a laché son double aux platines pour un premier album solo. Allergiques à l’autotune s’abstenir.
I want it all all way above the ceiling / Bigger bigger than arenas / Higher higher than Burj Khalifa. En l’espace de quelques années Verbal est devenu une figure incontournable de la hype nippone ; parti du hip-hop pour s’orienter de plus en plus vers la mode au contact de Nigo ((créateur de la marque Bathing Ape, et membre du groupe Teriyaki Boyz)), puis au sein d’Ambush [1], il n’a jamais cessé de s’agiter depuis les débuts de m-flo jusqu’à son sacre sur l’autel du hip tokyoïte.
Entre les productions de ses poulains de KOZM, celles du roi de la house Osawa Shin’ichi[2] (Dope Boy Fresh, Nothing) et les écrasants invités sur ses « visions » difficile pourtant d’exister seul. Visiblement très influencé par la période 808 Heartbreak de Kanye West (I Can’t Help Myself) et les sucreries dopées à l’autotune dont même Akon aurait honte (You Are… et Some Other Place feat. Drake), les transes animales de M.I.A. (Stomp Dem Roach), le chiptune (I See You ou Ball N Bounce, malheureux dubstep-sampling de Jay-Z), et les productions électroniques tout droit venu du rap Californien (Hey Mister feat. Minami (Cream), I Want It All ou l’hypnotique Change Change feat. Nicki Minaj) Verbal peine à exprimer sa personnalité, comme étouffé de références et coincé dans les schémas créatifs des titres de m-flo post-tripod[3].
Ce ne sont pas les figures sans doute imposées par Avex qui rattraperont les dégats : Fall Out feat. Shunya, simple face B trouvée dans les poubelles d’Amuro, cette dernière n’apportant strictement rien à Blackout, titre linéaire et terne, pas même sauvé par le flow nasillard, haut perché et recyclé[4] de Lil Wayne.
Largement moins banal, l’ovni rock’n roll Tarentinesque (donc forcément sympathique) Liar feat Mademoiselle Yulia se détache du lot mais fini de nous convaincre que Visionair est aussi foutraque et incohérent qu’un première production pourrait l’être : Verbal semble avoir été dévoré par sa propre boulimie stylistique et sa volonté de tout explorer. Reste un « premier » album plein d’énergie proposant un pot-pourri de tendances qui restent largement ignorées par les productions locales, car trop sombres, trop heurtées, trop hors cadre pour une scène commerciale dominée par le kawaii. Mais est-ce bien suffisant ?
En bonus, sa reprise tonique de Cherry Bomb des Runaways qui ne figure malheureusement pas dans l’album :
- studio qu’il a crée avec sa femme, Yoon, et dont la production la plus célèbre reste la bague POW ! [↩]
- producteur et DJ émérite également connu sous le nom de Mondo Grosso et membre du trio ravex [↩]
- Le trio est devenu duo en 2002 après le départ de LISA, remplacée par une multitude d’interprêtes depuis [↩]
- tout comme la néo-Lil Kim aux cheveux roses Nicki Minaj, Lil Wayne propose là des rimes déjà utilisées ailleurs… [↩]
