Britt Reid, fils du puissant directeur du journal The Daily Sentinel, passe sa vie à faire la fête en compagnie de jolies filles. Lorsque le père meurt, il hérite d’un empire financier et de la direction du quotidien. La rencontre avec Kato, ex-chauffeur du défunt patron et expert en arts martiaux doublé d’un génie de l’électronique, va transformer sa vie. Après avoir stoppé ensemble par hasard une agression, les deux compères décident de devenir des justiciers se faisant passer pour des criminels : le Frelon Vert va pouvoir entrer en scène…
Cinéaste français expatrié à Hollywood, Michel Gondry[1] se voit confier un projet qui traînait dans les cartons depuis des lustres. Comment faire passer une série télévisée[2] résolument sixties du petit au grand écran, sans trop la trahir ?
Reconnaissons-lui d’emblée des circonstances atténuantes : le personnage du feuilleton originel n’est pas à proprement parler un super-héros[3], les scénarios en sont faibles, le style daté. Seule la présence de Bruce Lee [4] au casting et un générique entêtant[5], lui éviteront de tomber aux oubliettes.
Gondry, réalisateur dont la réputation est désormais établie, ne va pourtant jamais choisir entre l’adaptation fidèle et la parodie avouée. Bien que la seconde partie soit sans doute plus sérieuse, la barrière entre humour et (relative) gravité ne sera jamais aussi clairement établie. D’où un déséquilibre permanent empêchant toute adhésion du spectateur.
Dès les premières images, The Green Hornet cuvée 2011 confirme hélas toutes les craintes qu’il était permis d’entretenir sur un tel chantier longtemps ajourné, visiblement mis en route pour surfer sur la vague de succès adaptés de comics style Iron Man ou X-Men.
A l’instar de la scène supposée décisive où le paresseux Britt devient un vengeur masqué, moment fondateur traité complètement par-dessus la jambe, tout le film va ressembler à un jeu vidéo débile qui explose dans tous les sens et livre des protagonistes vidés de substance à un scénario accumulant les péripéties inutiles faute de ressort dramatique valable. Les dialogues sont du niveau d’un Jean-Marie Bigard[6], le rigolo de service balançant généreusement quelques grossièretés hors de propos ; pas de quoi troubler un acolyte, plus souffre-douleur consentant que partenaire respecté, le plus souvent inexpressif. Il faut dire que le choix de Seth Rogen[7] pur acteur de comédie, tient de l’erreur totale. Il n’est jamais le personnage, cabotinant à outrance et ne conférant pas le moindre soupçon d’intérêt à ses gesticulations stériles. Quant à son alter-ego, difficile de succéder au Petit Dragon : Jay Chou, pop star du continent asiatique, est certes plus sympathique que son boss, mais le taïwanais s’avère trop tendre et propre sur lui (trop « Chou » ?) pour espérer transmettre un centième de la dangerosité immédiate dégagée par son légendaire prédécesseur… Le reste de la distribution est à l’avenant, entre Christoph Waltz loin de sa performance dans Inglourious Basterds et Cameron Diaz dont le rôle purement décoratif donnera surtout à réfléchir sur la date de péremption largement dépassée de la dame.
Caricature du blockbuster dans ce qu’il peut avoir de pire à proposer sous couvert de critique de la geek culture[8], The Green Hornet s’adresse de fait en priorité à un public de décérébrés applaudissant aux blagues potaches de son héros ou s’exclamant béatement devant la quantité de vitrerie endommagée.
Faire preuve d’irrespect n’a rien de négatif en soi, à condition de proposer un travail un minima soigné et crédible. Tel n’est pas le cas ici. Gaspillage honteux d’idées et de moyens, ce lamentable remake sera aussi et surtout un gaspillage de temps pour le spectateur le plus patient.
- Eternel Sunshine of the Spotless Mind, Soyez Sympas, Rembobinez ou le film à sketches Tokyo ! la même année [↩]
- The Green Hornet ou en françaisLe Frelon Vert, créé par William Dozier d’après une émission radiophonique éponyme de George W. Trendle, comptera 26 épisodes, diffusés pour la première fois aux Etats-Unis entre septembre 1966 et mars 1967 sur le réseau ABC [↩]
- présenté comme une série sœur duBatman mis en chantier en 1966 par le même William Dozier avec Adam West et qui était une parodie affichée, Le Frelon Vert se voulait plus sérieux bien que la fantaisie ne soit jamais loin. Uncrossover finira d’ailleurs par réunir les deux justiciers [↩]
- aux côtés de Van Williams dans le rôle-titre [↩]
- composé par Al Hirt d’après Le Vol du Bourdon de Nikolaï Rimski-Korsakov, le thème musical sera souvent repris par la suite, par exemple dans Kill Bill de Quentin Tarantino [↩]
- dans la VF [↩]
- participant également au scénario [↩]
- dont le personnage de Britt Reid revu par Seth Rogen figure une parfaite représentation [↩]
