Travaillant comme toiletteuse dans une animalerie, So-Yeon apprend qu’une cliente vient de mourir dans d’étranges circonstances. À la demande de Jun-Seok, un jeune policier de sa connaissance, elle accepte de recueillir temporairement Silky, le chat de la défunte. La jeune femme commence dès lors à être sujette à des visions cauchemardesques mettant en scène une petite fille. De plus, une vague de décès dans son proche environnement fait naître ses soupçons, allant jusqu’à la crainte d’être la prochaine sur la liste. So-Yeon décide alors d’enquêter sur la mystérieuse fillette avec l’aide de Jun-Seok.
Jouant sur la fascination de l’homme pour les chats depuis la nuit des temps, The cat détourne le côté kawaii de nos félins domestiques pour instaurer la terreur. Bien vu, dans la mesure où les animaux de compagnie fédèrent un nombre sans cesse croissant d’amateurs en manque d’affection, tout particulièrement dans les grandes métropoles asiatiques. L’idée n’a pourtant, on s’en doute, rien de nouveau. Depuis Edgar Allan Poe et son Chat noir[1], la littérature a su utiliser le potentiel dangereux de l’animal pour créer autant de fictions peu ou prou angoissantes, qui soulignent l’ambiguïté naturelle de nos chers petits félidés. Le cinéma s’est empressé de suivre ces traces, ainsi Blind woman’s curse, libre adaptation de l’univers de EdogawaRampo (lui-même inspiré par maître Poe) où Kaji Meiko doit faire face à un matou particulièrement retors. The cat en est bien sûr très loin, l’atmosphère du prologue évoquant plus sûrement l’univers de Hello Kitty.
Les débuts d’une intrigue mi-policière mi-fantastique promettent de jouer avec les codes de la peur pour mieux tromper le spectateur complice, d’autant que la photographie est plutôt soignée et les personnages bien campés. Hélas, ces prémices encourageants resteront sans suite : le scénario dévoile très rapidement ses limites narratives, noyé sous un déluge d’emprunts à de glorieux prédécesseurs.
Autant le dire tout net : nous sommes face à un repompage éhonté de Dark Water, le classique de Nakata Hideo, y compris la musique, démarquage direct du score jadis composé par Kawai Kenji.
A l’instar de son modèle, cet ersatz made in Korea garde malgré tout l’ambition de ne pas simplement chercher le frisson, mais d’y ajouter une dimension psychologique où les différents protagonistes dépassent le seul statut de victime pour acquérir une certaine épaisseur. Peine perdue; si le film ne fait jamais peur, il n’est guère plus convaincant dans sa partie purement dramatique, la faute à un manque de distance vis à vis du Dark water originel. Les dernières scènes ne feront qu’entériner le constat de plagiat pur et simple, reprenant jusqu’aux plus petits détails et situations initialement orchestrés par Nakata.
Difficile alors de trouver des circonstances atténuantes à un tel travail de copié/collé, d’autant que les producteurs ne se sont pas gênés pour « citer » d’autres succès du genre, à commencer par la franchise The Grudge via les fameux grincements accompagnant les apparitions spectrales, sans oublier les mouvements saccadés et les cheveux gras, histoire de bien presser le citron des trouvailles initiées par la saga Ring. On aura compris que ce long-métrage symbolise parfaitement les sous-produits issus de la deuxième génération de films horrifiques post-Sadako, recyclant tous les gimmicks possibles sans jamais y apporter la moindre personnalité, là où leurs proches aînés tentaient une approche plus originale[2]. Un véritable un retour en arrière sur le plan artistique, rappelant l’une des premières productions coréennes inspirées de Ring, qui n’était rien d’autre qu’un remake local : Ring virus[3].
N’est donc pas Kurosawa Kiyoshi ou Shiraishi Kōji, qui veut. Exit la maestria et le clin d’œil irrévérencieux du premier ou l’efficacité du second, il ne reste ici qu’un honnête travail de tâcheron appliqué et sans idée novatrice, formaté au possible jusqu’à l’insipide. Dans un registre identique, Cindirella, à défaut d’être génial, plaçait toutefois la barre un peu plus haut. De quoi regretter l’inventivité certes un peu foutraque et bancale, mais nettement plus inspirée et audacieuse des vieilles bobines estampillées seventies, dont Blind woman’s curse figure justement un parfait exemple. Autres temps, autres mœurs.
Cette version moderne de l’éternel mystère félin, aussitôt vu aussitôt oubliée. aura sans doute et quant à elle bien du mal à franchir l’épreuve du temps; fort éloigné de l’ambiance chère à Edgar Poe, The Cat n’a définitivement vraiment pas de quoi fouetter un chat.
- première publication en 1843 [↩]
- citons, pour ce qui concerne la Corée du Sud, des films comme Deux sœurs, Cello ou The wig, cf également à ce sujet l’article Sadako & Co : Panorama sélectif des nouveaux fantômes du cinéma japonais [↩]
- en 1999 [↩]
