La jeune chatte Tamala vivant sur Cat-earth dans la galaxie du Chat, part pour la constellation d’Orion à la recherche de sa planète natale. Un accident la contraint à atterrir sur Q, planète en proie au chaos d’une guerre chiens/chats. Là, elle a une aventure avec le chaton Michelangelo, pendant qu’un terrible chien officier de police les poursuit de sa haine sanguinaire…

Voilà le bref résumé du début d’une intrigue beaucoup plus riche que ce simple préambule. Car nous avons là une oeuvre vraiment surprenante. Tamala 2010 est l’œuvre d’un collectif de création avant-gardiste qui réalisait là son premier long-métrage, TOL pour Trees of Life. Ou Saito Kazuhiro et Kuno Makiko, à la base duo de musiciens-designers. Totalement novatrice, elle présente une histoire complexe voire confuse accessible à plusieurs niveaux, au travers d’un graphisme en apparence simpliste mais très recherché par la diversité des techniques utilisées (effets spéciaux, 3D…). Passée la première surprise du dessin minimaliste noir et blanc, on plonge doucement dans ce monde félin très original. Tout le film baigne dans la culture pop, ce qui fait sa modernité comme son intemporalité. Tamala est ainsi une parfaite osmose entre le petit et légendaire Astroboy [1] et la chatte logo Hello Kitty.

Grands yeux naïfs, mouvements simples mais fluides dans un décor de merveilleux scientifique à tendance rétro, la jolie chatonne évolue au gré de ses envies ou de son désir, joue devant un écran géant, prend son vaisseau pour aller traîner dans le cosmos, y croisant le vaisseau duHollandais Volant, drague le sympathique chat Michelangelo à la belle voiture de sport, fait amie-amie avec la minuscule souris rescapée Pénélope pour une inversion du rapport triangulaire instauré jadis par Tom & Jerry et leur gros chien de voisin. Tamala assume une destinée unique au hasard d’un scénario à rebondissements multiples. Le ton est donné, mais bien vite d’autres références plus trash et actuelles font basculer le propos dans une critique directe mais ambivalente de la société contemporaine de consommation de masse, enrichissant considérablement l’impression initiale du pur exercice de style/hommage. Tamala 2010 peut être perçue comme une représentation idéalisée de ces stars dont la seule mais ultime arme reste leur beauté, support pour faire acheter à peu prés n’importe quoi. Même si la durée d’exploitation en est des plus éphémères, puisque facilement remplaçable. Les médias japonais ne sont jamais les derniers à utiliser le procédé. Culturellement orientés vers les charmes juvéniles, ils entretiennent et développent ainsi une économie peuplée de lolitas affriolantes mais interchangeables encombrant shows télévisés, publicités ou plateaux de cinéma. Échappatoire au réel séduisante…et très lucrative.

La création du groupe TOL est alors totalement assimilable à cet univers, logo potentiellement repérable et très efficace, modulable à souhait selon le support choisi, le caractère très arty pouvant se fondre aisément avec le mercantilisme épinglé par le film. Une mise en abîme manipulatrice donnant le vertige, oeuvre assumée de créateurs redoutablement malins ! Le 1984 de George Orwell n’est jamais très loin, mais les deux concepteurs de Tamala 2010 empruntent énormément à Stanley Kubrick via 2001 Odyssée de l’Espace etShining. Certains plans sont un calquage direct des scènes spatiales du légendaire film de 1968, transposées en noir et blanc avec une chatte intergalactique à la place des astronautes originels. Ou comment s’approprier intelligemment un classique :il n’y a alors plus qu’à se laisser bercer dans ces digressions planantes, moment à forte connotation hypnotique renforcée par la musique originale dépassant largement le cadre du simple score musical d’accompagnement. Signée on s’en doutait Trees Of Life, cette succession de mélopées synthétiques Electro/Ambient traversées de saturations électriques participe grandement à l’étrangeté des climats successifs. Si le clin d’oeil au glacial Shining est plus discret, certains décors et des atmosphères recherchées ne sauraient être passés sous silence. Les séquences de poursuite du couple par le terrifiant flic canidé psychopate sont d’ailleurs vraiment flippantes, de même ses rapports cruels avec la pauvre souris, entre fétichisme et soumission. Nous voilà décidemment fort loin d’AstroBoy

L’humour permet en tous cas de distancier le risque d’un propos trop ouvertement ambitieux ou auteurisant et d’éviter de plomber le message ; les dialogues recèlent des perles de second degré et de recul sur l’œuvre elle-même, sans parler d’effets visuels comiques bien placés. L’ensemble du projet garde toujours une fraîcheur contribuant pour beaucoup à notre adhésion. Malgré l’aridité apparente de l’animation, c’est bien d’émotion dont on peut parler au sujet de certaines scènes, car les personnages ont suffisamment d’épaisseur pour nous intéresser à leurs péripéties. Les auteurs prétendent qu’il faut revoir le film pour s’enrichir de nouvelles interprétations. Ils n’ont pas tort. Dès la première vision, la richesse de ce projet ambitieux saute pourtant aux yeux. Le culot paye, amenant petit à petit cette atmosphère post-moderne envoûtante qui fait admettre un scénario volontairement éclaté. Loin de la traditionnelle adaptation de mangas, Tamala 2010 reste aussi un vrai anime made in Japan rempli de clins d’œil référentiels mais explosant les cadres habituels du genre pour donner cette oeuvre finalement contemplative et unique par sa dimension extra cinématographique, loin des canons commerciaux… et bourrée de charme. Suivre les aventures embrouillées de ces chats attachants devient alors une expérience sensorielle autant qu’esthétique, bref un pur plaisir de spectateur. Miaow !

[one_half]Le site officiel reste très actif, proposant toujours de nouveaux design mettant en scène notre punkette préférée dans l’univers virtuel de Meguro City. Fonds d’écran, morceaux de musique en fond sonore, images variées, autant de goodies à guetter régulièrement. S’il est essentiellement rédigé en japonais, son interface est suffisamment attractive pour éveiller l’intérêt du néophyte, voire son admiration. Le collectif TOL a d’ailleurs sorti en juillet 2007 un CD/DVD single mettant en vedette la punkette féline, Tamala, Marching Time sorti en juillet 2007, suivi le mois suivant par une compilation de scénettes intitulée Tamala On Parade. De futurs collectors ![/one_half]

[one_half_last]Quant au DVD français, sorti en 2005 chez MK2, il représente un joli travail éditorial bien dans la lignée de cet éditeur exigeant. Trois mini-documentaires, deux clips, la bande-annonce, sans oublier une section DVDRom avec galerie d’images, fonds et économiseur d’écran, autant de sympathiques bonus pour accompagner un film de 1H32 disponible en japonais sous-titré, au format 1.85, version stéréo ou 5.1 au choix. Une copie nickel dans un superbe boîtier rétro-futuriste cartonné sur lequel Tamala se détache d’un fond brillant pailleté changeant selon son orientation, idéale continuité du concept artistique initial. Bref, du beau boulot.[/one_half_last]


  1. créé par Tezuka Osamu []