Né du viol de sa mère par Hirukawa Genpei, un criminel psychopathe notoire, le petit Tatsuya a développé en grandissant une attirance morbide pour les déviances sexuelles et le sadisme. Un physique avantageux et un compte en banque bien fourni lui permettent de sauver les apparences, tandis que sa demi-sœur Yumiko éprouve pour lui bien plus que de la sympathie.
En 1979, le pinku eiga [1] vit un tournant de son histoire avec le proche avènement de la cassette vidéo et la lassitude du public pour les scènes de nudité ou d’accouplements. Ainsi le Pinky Violence, chasse gardée de la compagnie Tōei, est déjà condamné au rayon des souvenirs ; quant au roman porno [2], spécialité de la firme Nikkatsu, il peine à trouver un second souffle. L’un des producteurs de cette maison, Narita Naoya, va aborder le cinéaste Suzuki Norifumi, fer de lance de la concurrence qui s’est justement illustré dans le pinky puis dans un cinéma populaire mainstream, pour lui proposer une collaboration, rapidement concrétisée par l’adaptation du manga éponyme de Sato Masaaki.
Star of David : Beautiful Girl Hunter, va permettre au réalisateur de donner le meilleur de lui-même avec une liberté de création inenvisageable pour son employeur habituel ; le professionnalisme du metteur en scène et un savoir-faire largement reconnu en matière d’érotisme représentait par ailleurs un gage de confiance pour le studio[3] … et de ce point de vue-là, les pontes de la Nikkatsu n’ont pas dû être déçus !
Voilà en effet une œuvre qui enfonce allègrement tous les tabous, osant aller trop loin pour illustrer un propos aussi sombre que les pensées du personnage principal, une sorte de Marquis de Sade nippon des seventies aux accents œdipiens, « héros » par ailleurs essentiellement baigné dans une culture occidentale. Catalogue d’une totale misogynie parfaitement assumée, le film aligne une succession de fantasmes et de tabous à faire frémir le CSA ou tout autre comité de censure ! Sadisme donc, mais aussi soumission, humiliation, perversion, zoophilie, inceste, j’en passe et des meilleures, Suzuki ne recule devant rien pour dévoiler la noirceur de l’âme humaine. La bonté n’est pas de mise, les protagonistes ayant tous quelque chose à cacher ou refouler, de quoi faire les délices d’un psychanalyste, quand ce ne sont pas les circonstances qui révèlent un comportement insoupçonnable.
Un véritable jeu de massacre orchestré par un artiste que l’on sait aussi roublard que sincère, fustigeant d’un côté l’appauvrissement culturel[4] ou la lâcheté et la duplicité de ses semblables, tout en étalant ses propres obsessions érotiques et religieuses largement avérées dans ce qui reste son chef-d’œuvre : Le Couvent de la Bête Sacrée [5]. Cette fois, même si l’iconographie catholique abonde moins, sujet oblige, elle reste très présente, le mélange de sacré et de sexe provoquant encore le trouble voulu. On peut par contre largement passer sur l’évocation des camps de concentration nazis ou la bombe atomique de Hiroshima, une provocation fourre-tout qui, à vouloir ratisser trop large dans le malsain, manque sa cible. La véritable parenté de ce long-métrage se situe plutôt du côté d’Histoire D’O, directement cité dans les dialogues, l’art tout japonais du lien et du bondage répondant aux fantasmes du classique de Pauline Réage.
Star of David : Beautiful Girl Hunter, projet à l’esthétique soignée[6] et à l’intrigue élaborée, explose les limites permises d’une exploitation dont il représente l’un de ses plus sulfureux fleurons[7]. Un cinéma déviant qui, tout en se délectant du spectacle toujours rentable de jolies filles en détresse, transgresse avec jubilation les valeurs de la société, l’air de rien. La méthode Suzuki, si l’on préfère.
- le cinéma rose, érotique [↩]
- pour romantique et porno/érotisme soft [↩]
- qui était fier d’avoir débauché pour tenir le rôle de Yumiko la jeune Namino Hiromi, une ancienne miss Japon [↩]
- voir le sort réservé à l’orgueilleuse chanteuse de variétés, une référence directe aux starlettes de l’époque : d’abord attachée puis littéralement traitée comme un chien, elle finira complètement folle, se dénudant en public sur le toit d’un immeuble avant d’être abattue en une scène assez hallucinante [↩]
- un film réalisé pour la Tōei en 1974 avec Takigawa Yumi [↩]
- avec un budget conséquent supérieur aux autres films du genre [↩]
- ou l’un des plus glauques pour les détracteurs du genre, même si les Direct to Video tournés à partir des années 80 iront bien plus loin dans le trash et le malsain, mais cette fois sans s’encombrer de contraintes artistiques voire narratives [↩]
- 堕靡泥の星 美少女狩り
- Japon 1979.
- Nikkatsu.
- Avec Asagiri Yuka, Asuka Yūko, Namino Hiromi, Domon Shun.
