SPEED
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Au milieu des années 90, Speed aura eu le mérite, non seulement d’apporter un énorme bol d’oxygène dans les charts de l’époque, mais aussi de relancer la machine, bien grippée, des groupes d’idoles. On peut clairement le dire : sans Speed, les Morning Musume n’existeraient pas. Toute la première partie des années 90 japonaises vit le règne des testicules. C’était à qui aurait les plus grosses et sauverait le rock avec ses deux accords de larsen de guitare… B’Z en sera un parfait exemple. Les idoles existaient bien évidemment mais c’était une autre génération, ça sentait encore les années 80 ; les Sakai Noriko, Mritaka Chisato et autres Miyazawa Rie n’avaient pas grand-chose à voir avec les pisseuses que l’ont voit aujourd’hui.

SPEED - DRLe producteur Ijichi Hiromasa, déjà connu pour quelques compositions pour Mizuki Arisa par exemple, rua dans les brancards en imposant la jeunesse et la fraîcheur avec son concept de girls band : SPEED. Toute la carrière de Speed fut une succession de stratégies et de plans marketing savamment orchestrés. Mi 95, alors que le groupe n’a même pas encore de nom, on voit déjà débouler dans certaines émissions le quatuor pour de petites introductions, histoire de tâter le terrain. Tout le monde fut extrêmement surpris de l’âge des gamines, les plus jeunes (Hiro et Eriko) n’avaient, en effet, que 12 ans à ce moment là, chose qui n’étonnerait plus personne maintenant. En les voyant se présenter les unes après les autres, on savait déjà qui intéresserait les fans potentiels rien qu’aux réactions du public. « Bonjour, je suis Hiroko ! » « Ooooh ! », « Bonjour, je suis Eriko ! » « Ooooh ! », « Bouyour, je suis Takako ! » « Oooooohhhh ! », « Bonjour, je suis Hitoe ! » « Ah… »

Formé de quatre gamines toutes issues de Okinawa et sélectionnées avec grand soin pour leur capacité à chanter et/ou à danser, Speed était né, prêt à bouffer le Japon. L’énergie est privilégiée au détriment de la kawaii attitude. Les filles de Speed ne sont pas des canons de beauté dans l’ensemble, elles ressemblent à des Japonaises comme les autres, ce sera l’une de leur force, être proche du public. Musicalement, Speed dépoussière les chansons d’idoles. On largue les niaiseries si chères aux Japonais pour faire dans de la variété à tendance funky mâtinée de hip-hop, très à la mode à l’époque. Alors évidemment, on est très loin de ces styles lorsqu’on les compare à des maîtres du genre et Speed, c’est quasiment du Britney Spears. Faut pas s’en cacher. Ce qu’elles faisaient il y a de ça 10 ans en arrière BoA fait de même maintenant en version un peu plus moderne. Donc si vous recherchez de la qualité musicale, ce n’est pas Speed qu’il vous faut. Mais force est de reconnaître que c’est entraînant, léger et sautillant. Le genre de refrain et de mélodie qui vous restent dans la tête pour la journée. De la musique pour ado avec tout ce que cela sous-entend.

SPEED - DRAprès une poignée de très bons singles étalés sur une année, Body & SoulSteady et Go! Go! Heaven, destinés à prendre la température et voir si le projet serait viable, le premier album du groupe sortit en 1997 : Starting Over. On peut le dire sans se tromper, c’est là le meilleur travail de Speed et de leur producteur. Album extrêmement dansant, voire même brillant par ses idées d’arrangements, il n’y a aucune honte à l’écouter au premier degré. En plein état de grâce, Ijichi se permit même le luxe de composer des tubes en puissance et de ne pas les sortir en single, comme par exemple Rakugaki ou I Remember. Carton plein ! La machine était lancée et Speed accédait au titre suprême de girls band number one au Japon. Les Speed étaient partout, tous les jours, sur tous les supports possibles et inimaginables. Goodies, télévision, radio, magazines, publicités, dans le métro, dans la rue sur écran géant… Elles incarnaient des valeurs positives et presque exemplaires pour la jeunesse de maintenant : elles sont clean, bien élevées, ne boivent pas, ne fument pas, et bien trop jeunes encore pour défrayer la chronique avec des histoires de fesses. Une façade rêvée pour les sponsors ! On dit que les idoles ne savent rien faire, c’est peut-être vrai pour certaines mais un concert de Speed, c’était pas n’importe qui qui pouvait l’assurer. Sur des scènes gigantesques, les quatre filles chantaient réellement (pas de play-back avec elles !), dansaient, courraient dans tous les sens et se défonçaient dans un set de deux heures intenses. Asthmatiques et pieds plats s’abstenir. Une leçon pour beaucoup. Le public ne s’y trompa pas et les places se vendirent à chaque fois jusqu’au dernier ticket.

Très vite, le groupe trouva ses marques et ses membres leur place. Hiroko s’imposa très rapidement comme la meilleure chanteuse du lot et la cheftaine, Eriko la secondera. Quant aux deux autres, Takako et Hitoe, elles dansaient derrière et faisaient les choeurs quand ils leur restaient un peu de souffle… Bien que dansant comme un pied (on la voyait régulièrement louper des pas, être en avance ou en retard sur les mouvements ou oublier les paroles), Takako se retrouva très souvent sous le feu des projecteurs grâce à son joli minois. Hitoe, elle, fut quasiment ignorée dans son coin et condamnée au délit de sale gueule. Dur !

À la manière d’une étoile filante, Speed va rapidement se consumer. Leur second album, Rise, sort en 1998 et ce fut une énorme déception pour les fans. Ça sentait le réchauffé à plein nez. La production mit le paquet avec un design de Cd assez beau et un mini recueil de photos où les filles sont à tomber raide dedans, mais musicalement, c’est très très plat. On retrouve les singles sortis précédemment, comme White Love, qui restera leur meilleure vente avec plus de deux millions de disques vendus, le sirupeux My Graduation ou le tonique Wake Me Up! mais dans une version album moins intense que le single. Tout comme le premier album, des graines de hits potentiels sont présentes, comme Another Sweet FieldsNettaiya ou Sophisticated Girls, mais le reste est très incolore et inodore. Le début de la fin ? Oui, mais à l’époque on ne le savait pas encore, même si cela coïncidait avec les débuts de carrières solo de Eriko et Hiroko fin 98. La première se retrouva avec un Tsumetakushinaide assez bruyant, quant à la seconde, elle hérita d’un hilarant As Time Goes By, où elle se prend pour une black du ghetto dans le clip. A voir absolument avant de crever ! Au milieu de l’année, un film sortit à la gloire de Speed, Andromedia, une bonne daube, et fin 98, leur première compilation, Moment. Opportunisme marketing ou début de la fin ? Et pourquoi pas les deux en même temps ?
1999 sera l’année de l’éclatement mais aussi celui de la concurrence. En effet, depuis trois ans, les charts ont largement évacué leur surdose de testostérone, préférant le bon vieux glucose. Les Morning Musume, créées l’année précédente, sont encore à la traîne mais elles talonnent déjà sec les Speed. Il faut se rappeler que la croissance mondiale de l’époque était au beau fixe. Stimulée par la fameuse « bulle Internet », l’argent coule à flot et les maisons de disques n’hésitent pas à surenchérir sur le plan des nouveautés, multipliant les risques et le choix pour le consommateur. Les girls bands poussent comme des champignons après la pluie et la concurrence est rude, d’autant plus que Speed stagne musicalement parlant.

Mi 99, un premier signe précurseur d’arrêt du groupe vient avec le lancement de la carrière solo de la charismatique Uehara Takako (ce que beaucoup attendait) et cette foisci, produite par Kawamura Ryūichi, leader de Luna Sea mais qui ne dédaigne pas faire de la soupe transparente lui aussi de temps en temps. Takako explose grâce à une chanson toute en douceur, My First Love, et un clip magique la mettant totalement en valeur. Ce single sera la 15emeilleure vente de disque de l’année. Le troisième album de Speed sort à la fin de cette même année, Carry On My Way, et le public n’y croit déjà plus. Le précédent single, Precious Time, n’était qu’une vulgaire resucée de White Love et les filles se prennent de plus en plus pour des Américaines, s’habillant à l’aide de sacs-poubelles Nike alors que les Morning Musume, elles, jouent à fond la carte des mini kilts et des minauderies. Le matraquage commercial est aussi pour beaucoup dans l’usure du public. A un moment donné, le consommateur en a assez de voir les mêmes têtes, même bien faites.

En 2000, le groupe éclate, c’est terminé. L’ouragan Love Machine des Morning Musume a porté le coup de grâce aux Speed et elles ne sont plus les n°1 désormais. Les ventes sont en chute libre depuis des mois, les nouveaux singles ressemblent aux précédents, une page se tourne, il faut penser à l’avenir. Chacune entreprend alors sa carrière solo à temps plein, mais toujours sous la coupe de Hiromasa Ijichi sauf Takako évidemment, continuant de naviguer en haut des charts grâce à Kawamura. Les filles continuèrent d’être à l’affiche, souvent dans des dramas et aussi…dans les tabloïds ! Avec cette période de relâchement médiatique, elles en profitèrent pour rattraper le temps Alors, Speed est mort ? Non, le cadavre bouge toujours ! Avec la crise musicale actuelle, la nostalgie est devenue une des meilleures choses pour faire rentrer sans risques de l’argent frais dans les caisses des maisons de disques. Avec tout ça, il était bien évident que Speed renaîtrait de ses cendres tôt ou tard.

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C’est chose faite et ce, deux fois de suite, en 2001 et 2003. Et comme Speed représente des valeurs positives, on couple ce retour à une gigantesque opération humanitaire. Les Speed se reforment non pas pour l’argent (quelle idée !…), mais pour sauver des petits crève-la-faim dans le monde. Ça marchera toujours auprès des gens qui préfèreront nettement acheter un Cd en pensant faire une bonne action que de filer un chèque du même montant pour une association caritative… Le second come back sera le plus intéressant pour les fans puisqu’il vit la sortie d’un quatrième album, Bridge, dont plusieurs chansons furent écrites par tommy february6, Chara, Tsunku♂ ou même The Gospellers, et de deux singles, Be My Love et Walking In The Rain, qui leur permirent de retrouver quelques émotions passées. Heureusement qu’il y a la misère pour compléter sa discothèque !…

Speed, c’est une époque, c’est la renaissance de la J-pop et des girls bands au Japon. On avait plus vu ça depuis les Onyanko Club dans les années 80. Speed, c’est la victoire de la soupe-variétoche sur le faux rock prétentieux, du parfum sentant la fraise sur la sueur, des survêtements sur les pantalons en cuir trop serrés. Rien que pour ça, même s’il y a matière à critiquer pas mal de choses chez elles, on ne peut que les remercier pour ces quelques années de bonheur intense qu’elles nous ont offertes.

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Uehara Takako

Takako est à Speed ce que Ishikawa Rika est aux Morning Musume : juste un physique ! Pour le reste, c’est la cata. Chanteuse aphone, danseuse cul-dejatte, aussi charismatique qu’un peigne édenté, elle rafla pourtant tous les suffrages grâce à sa beauté longiligne. Propulsée par Kawamura dès le début, elle passa ensuite chez T2ya, plus branché dans la dance Pur Soup’. Takako ne sort plus rien à l’heure actuelle, mis à part des photobooks assez dénudés de temps à autre, et tourne énormément de pub ou des dramas, mais reste une valeur sure dans le monde des idoles.


Imai Eriko

Eriko est l’exemple même du gâchis pur et simple. Possédant une voix un ton légèrement en dessous de Hiro, elle s’est tout de même toujours très bien débrouillée avec un micro. Hélas ! son producteur ne l’a jamais exploitée. Enchaînant les demi-succès, ou demi-échecs selon, Eriko fut victime de la passion et dut remettre à plus tard sa vie professionnelle. En effet, en 2004, elle se retrouva enceinte alors qu’elle n’était pas mariée, ce qui au Japon est presque un crime… Un mariage en grande pompe fut vite organisé avec le futur papa, un certain Shogo, membre du groupe 175R, pour faire taire les médias qui commençaient déjà à déclencher le tir en leur direction. Une fois l’alien pondu, Eriko revint sous le nom de Elly mais sans grand succès. La prochaine fois, elle pensera à prendre sa pilule…


Arakaki Hitoe

Hitoe n’a jamais eu de chance. Vilain petit canard du groupe, elle n’a toujours été que la cinquième roue du carrosse. Sa carrière solo, sous le nom de Hitoe’s 57 Move, fut un bide absolu. Son premier single est introuvable en occasion vu que personne ne l’a acheté neuf… Des producteurs tentèrent de relancer la machine en 2002 avec un album complet et une grosse promo. Second bide. Hitoe s’est faite une raison depuis. Vivant désormais à New York, et reconvertie dans la peinture et le dessin urbain, il lui reste son compte en banque et c’est déjà pas si mal…


Shimabukuro Hiroko

Hiroko, rebaptisée Hiro pour sa carrière solo, a souvent été la « plus » du groupe : la plus jeune, la plus grande et la plus talentueuse. Leader incontesté de Speed, Hiro a toujours brillé par sa voix, puissante et juste. Après un lancement presque raté en solo à cause de Ijichi qui n’a jamais su faire d’autres chansons que celles qu’il avait déjà composées, Hiro signa chez Avex où elle s’épanouira réellement avec un second album brillant, Naked And True. Elle se lança ensuite dans un projet de reprises jazz sous le nom de Coco d’or avec, déjà, deux albums à son actif et salués par la critique. Elle sera à l’affiche d’un film cet automne, Backdancers, aux côtés de Sonim.

25 juin 2006 Aucun commentaire
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