À Hong-Kong, quatre frères pickpockets dirigés par l’aîné Kei vont rencontrer tour à tour une ravissante jeune femme qui cherche à fuir son riche et vieux protecteur. Ils ne vont pas tarder à comprendre qu’ils ont été entraînés dans un jeu très dangereux.

Après Wong Kar-Wai en novembre dernier, voilà cette fois Johnnie To en visite à l’Institut Lumière ((dans le 8ème arrondissement de Lyon)) le 7 mars ! L’occasion de découvrir une plaque commémorative à son nom, rue du premier film, comme d’autres illustres cinéastes avant lui ; et de parrainer, au cours d’une rencontre chaleureuse avec le public, une brève rétrospective[1] inaugurée par un quasi-inédit, Sparrow [2] ayant seulement été présenté au festival de Berlin.

Johnnie To à Lyon, 2008 ©Hervé SchwenzerLe bonhomme a une impressionnante filmographie, la partie polar étant la plus accessible en France[3], avec quelques réussites majeures dont Mad Detective est la plus récente démonstration. Nul doute que les fans invétérés du dernier maître du polar HK risquent d’être passablement surpris par cette facette peu exploitée du talent du bonhomme, même s’il a également signé quelques comédies romantiques plus spécialement destinées au marché local … et particulièrement rentables. Sparrow s’apparente alors à un film-laboratoire, d’abord par sa genèse atypique étalée sur trois années, projet vers lequel se tournait Johnnie To entre deux chantiers plus lourds, ensuite par le résultat obtenu, véritable manifeste du dilettantisme come art de vivre fort éloigné de la sacro-sainte efficacité hongkongaise !

To fait émarger son oeuvre aux souces de l’entertainment hollywoodien, mais pas seulement. De son aveu même, le sujet se prêtait idéalement à une comédie musicale, mais le manque de budget devait modifier la volonté initiale du réalisateur. Les emprunts au genre sont néammoins très visibles, avec une musique omniprésente[4], rythmant la valse-hésitation des quatre frangins ; une partition superbement inspirée aux incontestables accents morriconiens, tout en gardant une forte spécificité asiatique. C’est bien simple, on a parfois l’impression de rejouer Il Était une Fois la Révolution version extrême-orientale, matinée de l’ambiance décontractée d’un autre classique de la fin sixties-débuts seventies : Butch Cassidy et le Kid (pour le vélo, mais pas seulement), le légendaire score composé par Burt Bacharach en écho insistant. La filiation avec Les Parapluies de Cherbourg (Jacques Demy, 1964) s’affichera quant à elle de façon plus directe, le ballet de parapluies et de lames de rasoir de l’avant-dernière séquence figurant un climax tant narratif qu’esthétique.

Johnnie To à Lyon, 2008 ©Hervé SchwenzerMais avec tous ces clins d’oeil la parsemant, reste-t-il encore de la place pour l’histoire elle-même ? C’est là ou se situe la limite de la belle intention initiale. Malgré la virtuosité d’une mise en scène aérienne, Sparrow reste planté au ras du sol, et nous avec. La faute à une absence criante de scénario et d’épaisseur dans la description des caractères. À partir d’un argument de départ extrêmement ténu, les situations s’enchaînent et se répètent sans beaucoup d’intérêt, l’intrigue fait du surplace, au point de nous faire trouver le temps long, un comble pour un long-métrage n’excédant pas les 87 minutes, et abandonner à son sort ce charmant petit monde qui passe le temps à jouer à un cache-cache plus ou moins dangereux sans que rien ne vienne dynamiter le joli tableau.

Johnnie To à Lyon, 2008 ©Hervé SchwenzerReste le meilleur du film, et de quoi alimenter quelques regrets. Monsieur To orchestre une véritable partition amoureuse pour sa ville de toujours ; décor et partie prenante de sa pléthorique filmo, Hong-Kong est la source et l’aboutissement du projet. En dehors de soulager les portefeuilles des passants, Kei passe en effet sa vie à photographier sous tous les angles la métropole chinoise. Autant de perspectives et de détails emblématiques d’une cité rattrapée par une inflation immobilière galopante, les vieux quartiers et petits endroits chargés d’histoire et de souvenirs laissant la place à une ville plus impersonnelle, autant de cartes postales doucement nostalgiques. Le héros s’y déplace à bicyclette, prenant ainsi le temps de vivre, de flâner, en dehors de toute obligation, pour mieux savourer l’humeur du lieu, la vie grouillante qui pulse son quotidien, pour mieux nous la faire partager par écran interposé.

Dans la peau de ce dandy cool, Simon Yam, acteur charismatique et comédien fétiche du metteur en scène[5], prouve lui aussi sa capacité à changer de registre. Ce rôle de cabotin lui va aussi bien que son joli costard crème, la démarche à la Fred Astaire ajoutant le supplément de charme et de légèreté voulus. Dommage que l’écriture, elle aussi en roue libre, ne lui permette d’exploiter au mieux ce potentiel. Sparrow ne concrétisera sans doute pas toutes les ambitions de son auteur ni ne satisfera pleinement les attentes du cinéphile ; il reste un divertissement un peu bancal au capital de sympathie et de sincérité évident. Mais le manège, si beau et si étourdissant soit-il, finit par tourner à vide, à moins qu’il n’ai oublié ses personnages en route.

Photos additionnelles : Hervé Schwenzer.


  1. parallèlement à celle orchestrée à Paris par la Cinémathèque []
  2. un moineau, mais aussi pickpocket en argot local []
  3. parmi les plus emblématiques : The MissionPTUBreaking NewsElection et Election II ou encore Exilé []
  4. signée du jeune français Xavier Jamaux qui avait déjà signé la B.O. du Tokyo Eyes de Limosin en 1998 []
  5. Fulltime KillerPTU, les deux ElectionExilé ou encore Breaking News []