Une retour au coeur de la culture pop nippone des première années soixante-dix, cela vous tente ? C’est Hotwax qui propose ce voyage fantasmatique à plus d’un titre, jeune label et déclinaison d’une maison d’édition créée au Japon en 1986, Ultra-Vybe.
Au départ, Hotwax, c’était le seul nom d’une luxueuse revue dont le premier numéro fut publié en 2005. De format A5, elle est rapidement devenue incontournable pour tout amateur de cinéma populaire estampillé seventies, véritable mine de renseignements précieux sur les films de genre, les acteurs ou les chanteurs phares de la période. Articles, dossiers, mais surtout une iconographie aussi foisonnante que rare, plus spécialement pour le lecteur occidental, permettant de rêver devant les pochettes de disques flashy ou les photos inédites des vedettes d’alors. Seul hic pour ces ouvrages dépassant les cent soixante pages, tout est rédigé en japonais, limitant l’intérêt pour le non-initié à la seule contemplation des illustrations et à la satisfaction de posséder un bel objet à tirage limité. Enfin, pas tout à fait, puisque chaque numéro est accompagné d’un CD contenant des extraits des bandes originales des films chroniqués. Ainsi le premier numéro permet d’entendre quatre instrumentaux issus de la saga Stray Cat Rock, la cerise sur le gâteau étant le duo vocal Kaji Meiko/Yasuoka Rikiya tiré de la même BO.

Alors que huit numéros de la revue originelle sont déjà sortis, le titre Hotwax s’est vu décliné depuis en différents supports, à savoir des compilations audio sur CD[1] embrassant la J-pop et les original soundtracks des long-métrages déjà cités, puis des livres développant le concept initial en de jolis volumes en couleurs, assurant sa pérennité par la diversité du choix proposé. Un pas décisif a été franchi lorsqu’en début d’année l’éditeur a eu l’excellente idée de sortir un nouveau produit, hors-collection, une sorte de photobook, dans une édition bilingue anglaise et japonaise, enfin !
Queen Of Japanese Movie, donc, où comment se replonger avec délectation dans le cinéma d’exploitation local découvert essentiellement via les DVD de toutes origines, autant de rééditions tributaires du succès des deux Kill Bill de Tarantino, ne le nions pas. Quant au néophyte complet, ce volume explosif lui donnera certainement envie d’en apprendre plus sur les oeuvres en question. Bienvenue dans la Pinky Violence ! D’abord un beau travail de cinéphilie, Queen Of Japanese Movie présente vingt-quatre films situés entre 1970 et 1974, années fastes pour les deux grandes compagnies rivales, Nikkatsu versus Toei. Une fiche complète concernant la distribution et le staff technique accompagne chacun des films, une bonne partie ayant même droit à une courte présentation resituant le contexte, plus un bref synopsis.
Les titres parlent d’eux-mêmes : Sex and Fury, Criminal Women Killing Melody, Girl Boss Escape From Reform School, Stray Cat Rock Sex Hunter, Terryfying Girl’s Highschool Animal Courage… autant d’accroches donnant le vertige, sublimées par des affiches d’époque très in your face magnifiques créations originales qui, mêlées aux photos d’exploitation (rarement le mot aura-t-il été aussi bien choisi !), constituent la mémoire flamboyante d’un temps hélas révolu. Amateurs de faibles femmes, passez votre chemin ! Voilà quatre amazones intraitables, stars emblématiques d’une rébellion sur pellicule, de la ténébreuse Kaji Meiko en pleine ascension vers une carrière légendaire, à la méconnue Bunjaku Han, deux beautés à l’élégance racée, encadrées par Ike Reiko et Sugimoto Miki , aussi délurées que leurs consoeurs restaient pudiques, duo explosif se dénudant à la première occasion, deux fantasmes incarnés pour l’amateur de cinéma-bis fasciné par cette débauche de violence rédemptrice.
Vous l’aurez compris, ce livre représente dores et déjà un must absolu pour qui veut en apprendre un peu plus sur une cinématographie en pleine créativité. Description outrancière de l’archipel qui avait lé mérite de ne pas ignorer les thèmes contestataires alors en vogue, ces épopées de sang et de sexe récupéraient à leur compte la révolte féminine sous-jacente. L’inévitable macho japonais en prenait systématiquement pour son grade, mais cette catharsis libératrice gardait toute son ambiguïté, le but premier étant quand même d’exposer de la chair fraîche à un public majoritairement masculin. Mais avec une pêche, une classe, une inventivité et une approche esthétique les plaçant loin devant leurs homologues européens ou américains[2].
Pour finir de vous convaincre, les éditeurs nous proposent en bonus un CD de pas moins de vingt-cinq titres, best of d’instrumentaux extraits des bandes originales correspondantes : un mix enthousiasmant de rock tonique et de groove chatoyant, entre deux plages jazzy plus apaisées. Le complément idéal aux images colorées du bouquin, fixant l’ambiance d’une époque certes lointaine, mais dont le charme envoûtant ne peut que s’exacerber toujours plus face à la morosité actuelle et son corollaire qu’est le formatage culturel omniprésent. Cet ouvrage leur oppose une antithèse radicale d’une manière cinglante, revisitant quelques uns des symboles d’une exploitation japonaise aussi barrée qu’artistiquement aboutie.
