Satō Otomatsu, un chef de gare vieillissant, s’occupe d’un terminus ferroviaire sur le point de fermer définitivement. Sa vie ne tourne qu’autour de son travail jusqu’au jour où une mystérieuse jeune fille apparaît soudainement dans cet univers prévisible.
Poppoya c’est d’abord une nouvelle de Asada Jirō parue en France sous le titre Le Cheminot [1]. Poppoya, le film déroule donc la vie ritualisée d’un vieux chef de garde aux gestes aussi désuets que les antiques locomotives proches du Musée. Sacerdoce solitaire occupé par le souvenir d’une épouse et d’une petite fille disparues, pour un homme déjà plus vraiment concerné par le monde qui l’entoure, malgré les encouragements d’un ancien collègue qui le pousse à se reconvertir comme lui dans un autre métier. Le passé du cheminot se dévoile petit à petit, par des flash-backs révélateurs d’un état d’esprit inébranlable en apparence mais in fine chèrement payé.
Le mélodrame se teintera pourtant de couleurs nouvelles lorsqu’apparaît une étrange jeune fille, faisant basculer le film dans un fantastique s’intégrant parfaitement à l’intrigue sans la dénaturer. Otomatsu découvrira alors un autre possible atténuant sa culpabilité d’avoir privilégié le travail à sa famille bien-aimée. Car ces apparitions, loin d’être néfastes, représentent au contraire l’étincelle de la vie, amenant un inéluctable dénouement à la tristesse matinée d’espoir, dernier salut à l’ultime représentant d’une époque révolue. C’est peu de dire que la vision de cette lointaine campagne glacée apporte une atmosphère mélancolique propice à la contemplation du héros, images somptueuses idéalement mises en valeur par une musique tout en finesse signée de personne d’autre que Sakamoto Ryūichi. Cependant, que serait le projet sans la stature impressionnante du légendaire Takakura Ken dans le rôle principal ; il porte tout l’édifice sur ses larges épaules. Son visage fermé et sa silhouette monolithique crédibilisent un personnage intériorisé à l’extrême mais d’une grande noblesse de sentiments, cependant que Hirosue Ryōko apporte la fraîcheur nécessaire à la jeune apparition de la dernière partie de l’histoire. Privilégiant l’émotion retenue à la démonstration lacrymale, cette fidèle adaptation magnifie un classicisme narratif exempté de toute fioriture qui ne cède en rien à la splendeur visuelle de ces solitudes enneigées.
- Editions Picquier, 1997, un recueil de deux nouvelles incluant également La Lettre D’ Amour adaptée au cinéma en 2001, ce sera le beau mélodrame Failan réalisé par le coréen Song Hae-Song avec Choi Min-Sik & Cecilia Cheung Pak-Chi. [↩]
- 1999
- Avec Takakura Ken, Hirosue Ryōko, Andō Masanobu, Otake Shinobu
