Un générique sur fond bleu, comme inachevé, toujours en projet. Quatre petits films entre automne et hiver qui laissent la narrativité et la construction psychologique de côté pour nous présenter les sentiments, les relations à l’état brut. Musique orchestrale occidentale pompeuse qui contraste avec des plans d’une banalité triste : une rue, une porte, une plante, avec un arrière-goût grisâtre de béton urbain.

Le temps de quatre courtes histoires esquissées, le film nous parle d’amour, d’Oki mais surtout de cinéma : de la place du spectateur, du réalisateur, de sa problématisation en tant que matière pouvant être enseignée; de son lien avec la vie, avec l’amour, le désir, la jalousie (thématiques toutes déjà largement exploitées dans l’œuvre de Hong Sang Soo, notamment au travers de l’éternel triangle amoureux dont il est encore question ici).

Mais surtout il questionne ce qui est vu : les personnages, leur identité, leurs relations, tout est reconfiguré à chaque nouvelle histoire. Jingu, coincé entre la figure d’étudiant timide et celle du réalisateur à succès imbu de lui-même, Oki, femme trompée, jeune fille encore timide ou conciliant à l’insu de ses partenaires deux relations amoureuses avec un sorte de cynisme naïf, et le professeur, amoureux transi et jaloux ou réalisateur raté, enseignant passionné… L’âge, les lieux, tout est flexible, tout est présenté de nouveau par la magie de la fiction et du montage.

En laissant de côté la vraisemblance - la première porte d’où Jingu sort avec sa femme (qui n’est vraisemblablement pas Oki) devient celle de l’immeuble d’Oki dans le dernier film – le film choisit de ne pas choisir ; il ne s’agit pas de raconter une histoire singulière, mais de laisser ouvert le champ des possibles que déploie chaque film, puisque comme le générique, le film est vidé de sa cohérence, de ce qui le lie et le façonne comme objet narratif univoque pour mieux dévoiler sur la courte durée du film (1h30, à peine) ses potentialités intrinsèques, ce qui rejoint finalement le dernier court-métrage, dénommé « Oki’s Movie » : en superposant deux temporalités et deux relations amoureuses dans un même lieu, en soulignant ce qui est identique, ce qui est différent, en refusant de choisir, il s’agit de montrer comment l’amour, comme le cinéma, se fait le lieu d’expression privilégiée de ce champ des possibles.