Lorsque la chef de gang Eun-jin est impliquée dans une chute depuis un immeuble, elle s’en tire miraculeusement sans une égratignure, ou presque. Sa mémoire n’a pas survécut à la chute et la voilà incapable de se rappeler de son identité. Prise en charge et reconduite chez elle par Yoon Jae-choi, le patron d’un restaurant local, notre héroïne, bien qu’affectée par la perte de ses souvenirs, s’installe dans un nouveau quotidien au sein du restaurant. Comme il fallait s’y attendre, des aspects de sa vie antérieure ressurgissent rapidement dans sa mémoire, mais aussi dans son voisinage…

Suite inévitable après le succès de My Wife is A Gangster, le film se risque à projeter notre violente Eun-jin dans un tout nouveau cadre en croisant les doigts pour que la même hilarité se reproduise. Il est triste de constater que le concept a perdu en vigueur, faisant de ce second film un ensemble disparate.

D’entrée de jeu, il est évident qu’on ne reprend pas l’histoire là où on l’avait laissée. Cette suite bénéficie d’un budget conséquent comme le souligne l’impressionnante scène d’ouverture sur les toits. Après quelques minutes d’affrontement entre deux gangs, Eun-jin fait une entrée magistrale pulvérisant ses rivaux les uns après les autres. Cette dernière devient vite une cible privilégiée ce qui l’amène à tomber du toit (façon Matrix Reloaded). Elle parvient toutefois à briser sa chute et atterrit sans trop de dégâts. Passée cette scène, le film plonge dans le comique de situation jusqu’au moment tant attendu où les deux vies d’Eun-jin (qui travaille sous le nom de Tsu Tsu dans le restaurant) viendront s’affronter.

L’idée d’inverser le comique de situation du premier opus est louable, les producteurs cherchent ici à reproduire une formule gagnante mais ont choisit de faire l’impasse sur des éléments du mélange des genres qui avaient fait le charme du film précédent. Première déception, l’acteur Kim Moon-sung n’est pas de la partie ; son personnage se résume à une photo accompagnée d’une ligne de texte : « Mari ». Seconde déception, certains membres du gang original ont disparu ce qui est déjà plus compréhensible vu qu’approfondir leurs personnages n’aurait pas été cohérent avec la trame de cette nouvelle histoire. Ce second opus ignore donc une bonne part de l’intrigue précédente (sans doute pour se simplifier les choses). Il est déplorable que cette suite ne parvienne pas à poursuivre le scénario original de meilleure manière.

Du côté des points positifs, nous avons en tout premier lieu Shin Eun-gyeong qui reprend son rôle d’Eun-jin. Une fois encore, elle montre l’étendu de son talent comique et réussit à nous faire rire malgré un manque de synergie lié à l’absence d’un partenaire aussi drôle que Kang Su-il pour lui donner la réplique. Jang Se-jin endosse à nouveau le rôle du terrible chef de gang rival White Shark, et bonne nouvelle, son personnage est bien plus présent à l’écran. Sa nouvelle coupe de cheveux mérite d’être mentionnée puisqu’elle arrive a décuplé son aura malsaine. Il ne faut pas oublier Choi Eun-joo et Shim Won-cheol qui font de brèves apparitions, reprenant certains gags du premier film (ne serait-ce que pour nous rappeler qu’il s’agit d’une suite) mais celles-ci sont les bienvenues.

Les rôles secondaires sont cette fois bien moins mémorables, sans doute plus par manque de matière que de talent. Seul Park Joon-gyu bénéficie d’un rôle consistant en tant que patron du restaurant mais on regrettera cependant l’effondrement du personnage sur la dernière demi-heure due au scénario bâclé. À noter l’apparition de Zhang Zi-Yi (Tigres & DragonsMémoires d’une Geisha). Sa présence a été largement surexploitée pour promouvoir le film[1], alors qu’elle se résume à une rapide scène en fin de film qui suggère un troisième épisode dans la série (troisième opus qui se contentera d’utiliser le nom de la série puisque ni Shin Eun-gyeong, ni Zhang Zi-Yi ne reprendront leurs rôles, et l’héroïne y sera interprétée par Shu Qi (Confession Of Pain)).

Comme souvent, cette suite n’arrive pas à se hisser au niveau de l’original. Alors que les différences de ton du premier film étaient tout à son avantage, elles paraissent ici poussives et l’histoire s’écroule complètement dans la dernière demi-heure. Une atmosphère cartoon plane sur certaines scènes, par exemple lorsque Eun-jin tente de s’électrocuter pour recouvrer la mémoire. Ces passages fonctionnent chacun pris à part mais ne font que renforcer un sentiment de dispersion dans le contexte global du film. Nous n’avons pas affaire à un film catastrophique, malgré toutes ces critiques il y largement matière à s’amuser, cependant il en fait trop et s’épuise pour forcer quelques rires là où ils devraient être créatifs et amusant. Dirigé par Jeong Heung-sun, il partage les mêmes défauts que son film précédent, Marrying The Mafia, les gags sont légion mais une meilleure maitrise de l’écriture et du rythme aurait pu rendre le film plus mémorable.

[box]Traduction Alexander Santos. La version originale de cette article est disponible sur newkoreancinema.com.[/box]


  1. sur la version anglaise son nom est apposé à celui de Shin Eun-gyeong juste au dessus du titre []