Les Contes de la Lune Vague après la Pluie
Les Contes de la Lune Vague après la Pluie (Mizoguchi)

Le magnifique titre français résume à lui seul toute la poésie contenue dans un tel film, fleuron du patrimoine cinématographique japonais et authentique chef d’oeuvre impérissable qui n’a rien perdu de son pouvoir de fascination plus d’un demi-siècle après sa sortie initiale.

Il est d’ailleurs à l’origine de l’engouement occidental pour le cinéma de l’archipel via les plus prestigieux festivals internationaux[1] auxquels ces productions ambitieuses étaient destinées avant tout[2]. Qu’en est-il alors de ces contes pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore vu ?

Les Contes de la Lune Vague après la Pluie (Mizoguchi)À travers le cheminement pathétique de deux apprentis-héros ivres de gloire, le film développe une philosophie fataliste sur notre condition humaine. Pourquoi chercher en un ailleurs illusoire le bonheur qui se cache si près de nous ? La présence féminine tantôt tentatrice irrésistible tantōt rédemptrice bienveillante, reste au centre de ce conte doux-amer, une constante de la filmo du maître. On ne reviendra pas sur l’élégance du style, les personnages évoluant dans de magnifiques clairs-obscurs stylisés, à la rencontre d’apparitions aussi envoutantes qu’inquiétantes. Poésie visuelle de ce lac brumeux, de ce château lointain, de ces bains dans une source d’eau chaude, images nous berçant pourtant d’une mélancolie de plus en plus tenace à l’approche de la conclusion d’un parcours aussi pitoyable qu’édifiant, servi par la fine fleur des comédiens de l’époque dirigés à la perfection, dont Tanaka Kinuyo et Mori Masayuki.

Heureux néophytes, ne vous attendez donc pas à visiter un vieux machin vaguement poussiéreux ; Les Contes de la Lune Vague après la Pluie, c’est d’abord un pur plaisir de spectateur, un moment de pure émotion, un choc esthétique avant même d’être le jalon indispensable de toute cinéphilie japonisante qui se respecte. Vous savez ce qu’il vous reste à faire.


  1. ici celui de la Mostra de Venise, en 1953 []
  2. également à l’origine d’un malentendu durable quant à la perception du public occidental vis à vis de l’industrie cinématographique japonaise. Il faudra des années et une nouvelle génération pour constater que le cinéma nippon ne se limite pas qu’à quelques grosses productions en costumes []
6 avril 2008 Aucun commentaire
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  • 雨月物語
  • Japon 1953.
  • Films Sans Frontières (2006).
  • Avec Mori Masayuki, Tanaka Kinuyo, Kyo Machiko.