Deux variations amoureuses : les acrobaties nocturnes d’une geisha et d’un client fin connaisseur de la chose, suivi de la rencontre impromptue entre un étudiant en goguette et une jeune femme allemande dans le Berlin de l’après-guerre. Deux visions d’une sexualité libérée des convenances.

De tous temps, l’érotisme a accompagné la création artistique ; en particulier pour le monde des lettres qui, en dehors des grands classiques officiels, regorge de textes coquins plus ou moins anonymes attribués à tel ou tel écrivain connu. Pays fantasmatique entre tous et depuis des lustres pour l’occidental en mal d’exotisme, le Japon peut se prévaloir d’une longue tradition de sensualité dont sa littérature n’a jamais été avare. Rédigés à une époque où la censure prétendait contrôler au mieux les inclinations de chacun, les récits proposés ont connu une destinée chaotique évoquée en préface du présent volume.

Dans la première nouvelle, le préambule contant la découverte du manuscrit secret laissait augurer d’une agréable fantaisie ludique. D’où la déception devant la suite, description quasi-exhaustive avec force termes “techniques”, d’une nuit d’amour de haute volée sans autre intrigue que les prouesses sexuelles d’un narrateur particulièrement auto-satisfait et limite condescendant avec la gent féminine, un parfait macho si l’on préfère. On se gardera bien d’affirmer : autres temps, autres mœurs … Le résultat ne pourra donc que laisser dubitatif le lecteur familier de l’univers de Nagai Kafū, à qui l’on attribue partiellement ou intégralement, selon les sources, la paternité de cette œuvre de toutes façons extrêmement mineure et peu inspirée.

La Fille au Chapeau Rouge, la seconde histoire, serait l’œuvre de Akutagawa Ryûnosuke[1] sans certitude aucune cependant. Si les coucheries du héros japonais et de sa compagne teutonne restent au cœur de l’intrigue, celle-ci est heureusement plus étoffée que dans Le Secret de la Petite Chambre. Le meilleur : l’évocation en arrière-plan des mœurs d’un pays vaincu et du rôle que s’octroient les étrangers, nettement plus édifiant que les performances du personnage principal ne revêtant guère plus d’intérêt que celles de son prédécesseur.

On aura compris que la genèse des deux œuvres s’avère bien plus passionnante que le corps des textes eux-mêmes. Si la valeur documentaire ou bibliographique de l’ensemble est facilement recevable, le plaisir de lecture est par contre beaucoup plus improbable. Voilà bien un comble avéré : si ces nouvelles prétendent décrire par le menu les multiples chemins pouvant mener à la jouissance, on y cherchera en vain le moindre caractère jouissif.


  1. 1892-1927, auteur de Rashōmon, et inspirateur posthume du plus prestigieux prix littéraire japonais []