Épouse délaissée, Kikuko préfère la compagnie de son beau-père Shingo, homme d’apparence placide mais particulièrement sensible et intuitif qui n’éprouve plus qu’un attachement distant pour sa propre femme. Leur relation va se développer au milieu de contradictions familiales de plus en plus criantes.

Après Hayashi Fumiko, Naruse Mikio adapte Kawabata Yasunari[1] avec l’envoûtant Le Grondement De La Montagne, un des plus sombres textes de son auteur pourtant déjà peu réputé pour sa propension à un optimisme béat.

Nul doute que le cinéaste ait trouvé là des éléments qui lui sont proches, à commencer par un portrait de femme encore en devenir mais déjà presque écrasée sous le poids des conventions familiales. Fidèle au canevas du roman, il transforme un matériau originel très littéraire et introspectif en un mélodrame tronqué, une intrigue où finalement rien ne se passe. A travers les situations répétitives de la vie d’une famille bourgeoise, le couple atypique formé par le vieil homme et sa bru va développer un sentiment amoureux qui n’avoue jamais son nom, évidence d’autant plus exacerbée qu’elle ne dépasse jamais le stade de la complicité. Avec son élégance habituelle, Naruse filme des attitudes, des regards, des gestes qui ne trompent personne, avec une sorte de retenue qui confine à l’abstraction.

Nul doute que le cinéaste ait trouvé là des éléments qui lui sont proches, à commencer par un portrait de femme encore en devenir mais déjà presque écrasée sous le poids des conventions familiales. Fidèle au canevas du roman, il transforme un matériau originel très littéraire et introspectif en un mélodrame tronqué, une intrigue où finalement rien ne se passe. A travers les situations répétitives de la vie d’une famille bourgeoise, le couple atypique formé par le vieil homme et sa bru va développer un sentiment amoureux qui n’avoue jamais son nom, évidence d’autant plus exacerbée qu’elle ne dépasse jamais le stade de la complicité. Avec son élégance habituelle, Naruse filme des attitudes, des regards, des gestes qui ne trompent personne, avec une sorte de retenue qui confine à l’abstraction.

Le Grondement De La Montagne ©Toho Co LtdL’histoire reflète également une des obsessions récurrentes de Kawabata, à savoir la confrontation de la tradition et de la modernité. Alors que le fils, plutôt inculte et auto-suffisant, personnifie une société sans âme orientée vers la seule recherche du confort matériel, le père représente le Japon d’avant, concept fragile bientôt voué à disparaître : il n’y a qu’à le voir célébrer furtivement les splendeurs de la nature lors de ses promenades avec Kikuko, la seule auprès de qui ses réflexions trouvent un sens. Si elle se doit de suivre son époque, et donc son époux, au nom d’une morale paradoxale visant à respecter son beau-père, son inclination naturelle la pousse à se rapprocher de ce dernier. Autant d’évasions éphémères qui ne font qu’appuyer le caractère profondément mélancolique de ce long-métrage aux accents lyriques incontestables. Fidèle des comédies dramatiques feutrées de Ozu Yasujiro, Hara Setsuko a aussi tourné quelques films pour Naruse ; son jeu tout en sobriété fait écho à sa beauté un peu triste, interprète idéale des histoires désenchantées chères au metteur en scène.

La dernière partie nous la dévoilera cependant plus affirmée qu’il n’y paraissait au premier abord, fidèle en cela aux héroïnes Naruséennes [2] déterminées à assumer leur sort quoiqu’il advienne. La scène ultime, différente du roman, est une nouvelle occasion de faire marcher le couple côte à côte, visitant cette fois un parc. Kikuko a pris une décision, la vie continuera, fleuve en apparence immuable qui charrie pourtant son lot d’états d’âme et d’affects chamboulés, de frustrations qui affleurent à la surface. Le feu couve toujours.


  1. futur premier prix Nobel japonais de littérature en 1968 []
  2. personnages dont l’actrice Takamine Hideko joue un parfait archétype []