La Jeune Fille Suppliciée sur une Étagère
La Jeune Fille Suppliciée sur une Étagère (Yoshimura Arika)

Une jeune fille morte observe ce qu’il advient de son corps vendu à la science. L’arrivée d’un ami d’enfance sur qui plane l’ombre de la mort va entraîner un frère et sa soeur stérile dans une relation triangulaire ambiguë.

Yoshimura Akira est cet immense écrivain traduit exclusivement chez Actes Sud, à qui l’on doit des chefs-d’oeuvre comme La Guerre Des Jours Lointains ou Liberté Conditionnelle dont feu Imamura Shōhei tirera L’Anguille en 1997. Les deux nouvelles présentées ici ont pour thème la mort, mais leur traitement éloigne d’entrée tout aspect morbide ou sinistre.

La Jeune Fille… comporte des descriptions d’autopsie qui pourraient donner froid dans le dos, mais le ton détaché adopté par la jeune fille qui commente le récit vis-à-vis de sa propre personne bascule celui-ci dans une fantasmagorie quasi poétique et bienveillante à la simplicité déconcertante. Fascinant passage « de l’autre côté », où la morte observe, non sans ironie, les hésitations des étudiants en médecine sur son cadavre, écoute les conversations de deux employés de la morgue, observe les gestes du vieux Fukazawa le fabricant d’échantillons osseux, assiste au feu d’artifice de sa propre crémation après avoir admiré une dernière fois les lumières de la ville, instant d’une subtile mélancolie qui baigne toute la nouvelle. Post-mortem, elle reste pourtant la fille respectueuse d’une mère qui lui procure de la honte par une attitude mesquine… L’étrangeté du texte le rend inclassable, mais c’est la pudeur qui prédomine sur tout voyeurisme dans cette histoire à l’élégante écriture aussi limpide que les sentiments de cette âme pure qui constate que la mort, loin du repos éternel annoncé, n’est que la continuation de la vie en un mouvement perpétuel surprenant.

Le Silence Des Pierres à la forme plus classique, développe encore une thématique où la mort régit les rapports de deux adultes orphelins vivant près d’un cimetière et de leur mystérieux ami d’enfance trafiquant de statuettes sacrées. Sorte de huis clos triangulaire où désir et manipulations supposés viennent perturber une vie ritualisée où la névrose de la femme fait écho aux interrogations de son frère vis à vis de cet homme qui a côtoyé la mort depuis l’enfance. Encore un beau texte, empreint lui-aussi d’une mélancolie tenace.

La magnifique photo de la couverture originale a par ailleurs été conservée pour cette sortie en poche, nouvelle preuve du talent de cet observateur patient de la condition humaine, à qui la traduction de Rose Marie Makino-Fayolle fait parfaitement écho.

25 janvier 2007 Aucun commentaire
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  • 少女架刑・石の微笑
  • Japon 1963.
  • Actes Sud (2006).
  • Traduit par Rose-Marie Makino-Fayolle.