Avec son étrange dispositif de caméras portées et un éternel sac à dos, le globe-trotteur Antoine De Maximy parcourt la planète à la recherche d’un endroit pour dormir. Un prétexte pour nous faire découvrir un lieu et ses habitants loin des clichés touristiques en vigueur, une façon originale de faire partager coups de cœur et déceptions. Il est cette fois au Cambodge, où les surprises ne manqueront pas.
Il est futé De Maximy. Il a trouvé un concept de reportages unique qui a su rapidement séduire un public fidèle. Il faut dire qu’en plus de dégager une sympathie immédiate, le bonhomme va au contact des gens avec une simplicité désarmante alors même qu’il se trimballe avec un attirail pas possible, parfois au beau milieu de nulle part. Certaines situations se sont avérées plutōt chaudes, les autochtones n’étant pas systématiquement accueillants ni armés de bonnes intentions.Toujours est-il qu’après une étape japonaise où notre héros restait finalement assez perplexe devant la « chose » nippone (par ailleurs un des meilleurs reportages de la série) , il s’offre un petit plaisir personnel en se rendant au Cambodge, destination au fort potentiel de dépaysement culturel ou géographique.
Un pays pauvre, pas encore étouffé par le tourisme de masse en dehors des visites de ses temples séculaires, et pour cause ; il fallait d’abord songer à cicatriser les plaies d’une guerre encore présente dans tous les esprits, le régime des Khmers rouges n’étant pas prêt de s’effacer des mémoires. La situation est encore loin d’être stable dans tout le pays, et ce ne sont pas les prochaines élections ou le procès ajourné de l’ancien président du Kampuchea Démocratique Kieu Samphan[1] qui peuvent apporter un calme tant espéré. La force du reportage est justement d’évoquer en pointillé le drame de la guerre[2], déjà par l’évidence de l’image mais aussi par les brèves allusions des rescapés rencontrés au hasard des pérégrinations, nécessaires rappels du contexte géopolitique avant de faire intervenir des éléments plus anodins voire cocasses. Ainsi figure au programme une dégutation d’alcool à base d’araignées (rien de semblable aux pitreries débiles d’un Jackass), ou une partie de cartes improvisée dont Antoine ignore complètement les règles jusqu’à ce qu’un spectateur pète et parfume la petite assemblée hilare.
D’abord accueilli pour une nuit par une américaine native du Cambodge revenue célébrer des rites funéraires familiaux, notre Tintin moderne est ensuite hébergé un temps chez des jeunes bonzes de Battambang, découvrant une spontanéité et une gentillesse de tous les instants, enveloppée dans une cool attitude contagieuse bien loin du cliché du religieux austère ou fermé sur sa communauté. Ici, les aspirants moines surfent sur le net tout en respectant les préceptes du Bouddha. Puis Antoine poursuit son périple dans une coin de cambrousse proche de Ban Lung où une communauté de paysans lui offre l’hospitalité. L’occasion d’un dialogue uniquement musical avec un vieil homme semblant ne s’exprimer qu’au travers de son instrument, moment de grâce suspendue au fil des notes improvisées. C’est avec ces gens-là que finira le voyage de notre héros pacifique, respectant une fois encore le principe de contourner les lieux incontournables et d’arriver à surprendre ses hōtes au-delà de son seul accoutrement.
Montage vif, réparties complices avec son auditoire virtuel, si De Maximy est l’incontestable vedette du show, il est aussi le passeur d’émotions, l’insatiable pourvoyeur d’images, même lorsque celles-ci ne l’avantagent pas. Mais le gars est motivé, quitte à se coltiner la montée des marches des temples à Angkor-Vath où la difficulté physique se lit sur son visage, ou encore supporter la chaleur humide visiblement épuisante puis la mousson et son corollaire de pistes défoncées et gadouilleuses.
J’Irai Dormir Chez Vous : Cambodge, une manière intelligente de s’évader de notre confort occidental, tout en le conservant de fait ! À moins de préparer une future excursion dans l’ancienne Indochine … auquel cas la douce philosophie distillée tout au long du sujet inspirera la bonne attitude à adopter le moment venu.
[box]Le DVD est édité par MK2, ainsi que tous les épisodes de la série qui existe aussi en coffret (réf. D22440). La série est rediffusée sur la chaîne France 5.[/box]
- et les affres d’un procès médiatisé par les déclarations de l’avocat Jacques Vergès [↩]
- le pays est grandement peuplé de jeunes n’ayant jamais connu la dictature communiste, De Maximy s’étonne d’ailleurs de rencontrer très peu de personnes agées au hasard des rues, le génocide ayant décimé la majeure partie de toute une génération de cambodgiens [↩]
