Hirosue Ryōko : pour les premiers amateurs de la J-Pop des nineties, elle fait comme qui dirait partie de la famille. C’est qu’on l’a pratiquement vue grandir sous les projecteurs, la petite !
Née le dix-huit juillet 1980 à Kōchi, au sud de Shikoku, la toute jeune Ryōko est sélectionnée dans un casting de la marque P&G Cosmetic, débuts comme modèle pour des spots télévisés et autres affiches publicitaires dès l’âge de quatorze ans. Elle devient rapidement l’icône officielle pour la marque de bière Kirin ou l’opérateur de télécommunications DoCoMo, une activité promotionnelle qui représentera toujours une grande partie de sa carrière médiatique. Elle a été ainsi récemment choisie comme emblème du nouveau produit Coca : Karada Meguricha en mars 2007.
Cette facilité à séduire public et annonceurs lui ouvrira aussitôt les portes de la comédie, via la participation aux légions de séries télévisées qui alimentent le marché local. En 1995, ce sera Heart ni S, premier d’une longue série de dramas dont certains sont devenus des incontournables du genre, citons Long Vacation (1996), Summer Snow (2000), Otosan où elle partage l’affiche avec Fukada Kyōko en 2002, sans oublier Five Days In Dolphin Bay ou le plus récent Slow Dance avec Tsumabuki Satoshi en 2005.
Parmi ses derniers rôles en date, la comédie Mama Ga Ryōri Wo Tsukuru Riyū (Pourquoi Maman Cuisine-t-elle ?) la voit endosser l’habit d’une célèbre critique culinaire faisant équipe avec une créatrice de BD inculte devant ses fourneaux, pour un manga sur la cuisine, tandis que dans Serendip No Kiseki elle incarne un ange, fil conducteur de trois histoires autour des hasards heureux. Enfin, Ryōko devient vétérinaire idéaliste dans la suite du drama Kiseki No Dōbutsuen qui a pour cadre le petit zoo de Asahimaya dans le Hokkaidō.
De la télévision au grand écran, le chemin est direct, elle entame une carrière cinématographique en 1997 et une apparition dans 20-Seiki Nosutarija. Deux ans plus tard dans le mélancolique Poppoya, elle sera le fantôme qui apparaît devant la légende vivante du yakuza-eiga des années soixante Takakura Ken, encore un rôle bref, mais la même année avec Himitsu elle partage cette fois la vedette avec Kobayashi Kaoru, puis ce sera le fameux Wasabi (2001) où Jean Reno se découvre une fille japonaise, devinez qui. Elle collabore pour la première fois avec le cinéaste surdoué Iwai Shunji sur le sketch Arita (Jam Films, 2002), avant de le retrouver pour l’aérien Hana To Alice (2004), mais en simple guest-star cette fois.
Dans Love Collage (Collage Of Your Life) tourné en 2003, elle est l’Arlésienne d’une intrigue entre polar et romance, avec le beau gosse ambiguë Matsuda Ryūhei. On a pu l’apprécier il y a peu sur deux autres projets, Aikagi et Bubble Fiction : Boom Or Bust.
Hirosue Ryōko est parallèlement devenue une star de la J-Pop, carrière aussi triomphale qu’éphémère, comme cela reste souvent le cas. Alors qu’elle fait quelques vocalises pour une pub DoCoMo, le refrain connaît par pur hasard un joli succès, encourageant les producteurs à lui faire sortir un premier single. Maji De Koi Suru 5byō Mae est un carton en avril 1997 ; deux mois après, Daisuki grimpera à la première place du classement Oricon. Après trois chansons pour la BO de son premier film 20-Seiki Nosutarija, son premier album Arigatō sort en novembre 1997, un trop-plein de mélodies gentillettes semblant tout droit sorties d’un catalogue de comptines, suivi d’un mini-album en octobre de l’année suivante Winter Gift 1998, puis de Private en février 99, évolution vers des sonorités plus abouties.
Son dernier simple Kajitsu sort en 2000 et rencontre moins son public, il y aura encore deux compilations avant de voir paraître un triple CD intitulé Perfect Collection (2002), forme de bilan d’un court mais riche parcours musical qui lui aura permis de donner quelques concerts ; mais la chansonnette passera toujours après son métier de comédienne. Nul doute que la jeune femme ait été exposée très tôt aux feux de l’actualité people. Son entrée à la prestigieuse université Waseda de Tōkyō (1999) a par exemple fait grincer quelques dents, certains ne voyant dans cette promotion qu’un cadeau pur et simple offert à une future étudiante déjà si célèbre. Lorsqu’elle annonce vouloir faire une pause en 2003 pour célébrer son mariage avec le mannequin Okazawa Takahiro dont elle attend alors un enfant, certains tabloïds lui reprocheront ouvertement ce changement de statut, Ryōko cassant là une image virginale pour convoler, déjà enceinte qui plus est[1], avec un bad boy notoire, boxeur amateur au sang chaud. Mère en avril suivant, la jeune femme se fera donc beaucoup plus discrète dans le milieu du show-biz, attitude classique pour lui permettre de pouponner en paix, son compte en banque bien garnis ne risquant pas de virer dans la zone rouge.
Tout a une fin, suite à des rumeurs persistantes, elle annonce son divorce en mars 2008[2], et un net retour aux affaires doucement entamé l’année précédente, encore une réaction logique d’une femme ayant besoin de se retrouver sur le plan professionnel… et sur celui de son ego ! Sa popularité intacte, elle a donc enchaîné les tournages entre publicité, dramas et films, préférant s’abstenir de pousser à nouveau la chanson.
Ses détracteurs ne s’en plaindront pas, irrités par la voix fluette accompagnant des mélodies sautillantes au romantisme facile, et l’image d’une adolescente au sourire inaltérable, bien élevée et sympa, personnage lisse voire aseptisé que d’aucuns trouvent vite insupportable. Il est vrai que ses premiers clips peuvent prêter à sourire, même si on a vu bien pire depuis. Mais la suite de sa brève discographie a révélé des morceaux intéressants et plus adultes, il n’y aura qu’à écouter les derniers titres, dont certains des inédits illustrant l’ultime compilation.
De la frimousse juvénile du parfait garçon manqué des débuts, à la jolie femme presque trentenaire d’aujourd’hui, Ryōko a acquis une maturité qui lui permet d’aborder des registres autrement plus intéressants que celui de la jeune fille idéale, gagnant en complexité ce qu’elle perdait en fraîcheur, permettant alors à toute une génération de s’identifier à elle. A l’instar de son aînée Matsu Takako, elle représente la japonaise moderne sūre de ses choix, tout en gardant intacte une féminité s’appuyant sur une silhouette toujours aussi longiligne.
Ryōko, on l’a dit, elle fait un peu partie de notre famille. Alors on est content de la revoir, si ce n’est impatients de connaître la suite…
1997- Arigato | 1999- Private | 1999- RH Debut Tour (Live) | 2002- Ryoko Hirosue Perfect Collection
Filmographie sélective :
1999 - Poppoya | 1999 - Himitsu | 2002 – Jam Films/Arita | 2003 - Love Collage (Collage Of Your Life) | 2004 – Hana & Alice | 2007 - Bubble Fiction, Boom Or Bust
- www.ryoko-hirosue.org

