Kuroki Meisa
Des divas R&B wannabe il y en à la pelle depuis 5 ans. Chaque année dévoile son lot de projets annoncés comme révolutionnaires pour le R&B japonais, surfant en général sur les modes musicales nord-américaines avec pas mal de retard. La France n’est pas mieux lotie mais, une nouvelle fois, le Japon se démarque par le nombre impressionnant de nouvelles chanteuses aux productions interchangeables lancées en rafale par l’industrie musicale.
Qu’apporte donc Kuroki-chan à ce brouhaha de boites à rythmes et de basses bien grasses ? Malheureusement rien. Vocalement limitée, l’actrice de seconde zone qu’elle continue d’être film après film et drama après drama ne sort pas grandie de son expérience musicale. Vous aviez d’ailleurs pu en avoir un aperçu dans l’adaptation du manga de bastonnades grand guignolesques Crows Zero [1] dans lequel ses producteurs avaient « subtilement » placé quelques un de ses titres.
Dès les premières mesures d’hellcat l’ombre de la reine Amuro étouffe la voix fluette de Kuroki et ses ambitions [2]. Rythmiques sombres, paroles ultra-sexuées, agressivité de l’ambiance générale, rien de ce qui caractérise la prod Amuresque depuis son changement de « STYLE » en 2003 ne manque. Les très répétitifs Hear The Alarm, Bad Girl, SEX semblent ainsi avoir être le décalque grossier de compositions de Nao’ymt ou michico, la patte et la puissance vocale de l’interprète en moins. « Détail » que l’utilisation prononcée de l’autotune (Like This, Lost, THIS IS CRAZY...) [3] ne suffit pas à compenser la voix anémique de la jolie mannequin. Loin des DOUBLE, Crystal Kay, Kōda Kumi et autres Katō Miliyah [4], ont pour elles des signatures vocales intéressantes.
On notera d’ailleurs la présence de Jeff Miyahara dans l’entreprise, collaborateur actif au virage mièvreux de JuJu ou de Miliyah, et coupable de titres simili-R&B des inénarrables minets choucroutés de w-inds. ou plus récemment de morceaux de COLORS, boysband R&B calqué sur EXILE et les modèles made in USA du genre. Il co-signe ici SEX, titre vaguement sulfureux qui devrait conquérir le cœur de cible du pop-R&B nippons, les gyaru et autres shibuyettes, en donnant une certaine « sexual credibility » à l’égérie de J.J. [5], on reste toutefois loin des provocs des « supah sistah » de DOUBLE (10 ans deja !) ou du Want Me, Want Me sauvage et moite d’Amuro. Coup d’épée dans l’eau donc...
Jouant essentiellement sur son physique et son sex appeal, Kuroki et sa production appliquent en fait à la lettre le mode d’emploi de la parfaite chanteuse R&B un peu rebelle mais pas trop. Là ou d’autres, tout aussi limitées vocalement ont réussi à faire la différence, Kuroki se heurte à la multitude de produits équivalents et tout aussi stéréotypés déjà présents sur le marché. Sans tube ; ni saveur, hellcat n’est qu’un anonyme mini-album exposé sur les linéaires des Fnac locales condamné à être soldé dès la saison prochaine. N’est pas Amuro qui veut.
Aude Boyer, le 19 juin 2009

[1] Un des rares films à gros budget réalisé par Miike Takashi et dont le second opus vient de sortir sur l’Archipel
[2] pour l’anecdote les deux sont d’ailleurs natives d’Okinawa
[3] signature des productions de T-Pain remise au goût du jour par Kanye West dans 808’s & Heartbreak en grande partie pour masquer sa faiblesse en chant
[4] il est à souligner que Katō Miliyah a beau se vautrer dans d’insipides bluettes loin de ses débuts prometteurs (citons son premier single, Never Let Go/Yōzora dont les samples repris du classique de BUDDHA BRAND faisaient chaud au cœur) elle n’en perd pas puissance, technique et grain de voix
[5] magazine féminin fortement imprégné de la culture gyaru
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