Devenu la référence du genre hybrique qu’est le supoman [1] sentimental depuis les années 80, Adachi Mitsuru n’a pu s’empêcher de revenir au baseball 8 ans après la fin de sa serie mythique Touch.

À la fin du collège, Hiro voit une blessure à l’épaule stopper net ses rêves de carrière de lanceur professionnel, intègre un lycée qui n’a pas d’équipe de baseball et tente une reconversion dans le football au grand désarroi de son amie d’enfance, Hikari aspirante journaliste sportive, et de son meilleur ami et rival, Hideo devenu lui batteur de la prestigieuse équipe de Meiwa. Découvrant rapidement son ami Noda, un catcher de talent également soudainement privé d’activité sportives, et lui-même ont été victimes d’une erreur médicale, Hiro monte une équipe dans son lycée grâce à l’aide de Haruka[2], une camarade qui lui fait les yeux doux. Apres moult péripéties et recrutements hasardeux, Hiro et son équipe de débutants fouleront le sol du Kōshien[3] pour se confronter à Hideo star inconstestée du baseball lycéen.

Publié de 1992 a 1999, H2 est la directe continuation de Touch. Dans l’imaginaire d’Adachi la classe moyenne nippone n’a pas changé depuis les années 80 et reste loin des problèmes de société à la mode[4]. Intemporelle, la série transpire pourtant d’une ambiance de fin de Shōwa[5], nous ramène à Touch et, comme tous les récits sur l’adolescence, soulève une pointe de nostalgie. Univers identique, caractères identiques, traits identiques. H2 n’est pas qu’un copier/coller pour autant. « Uchronie par procuration », la série nous permet d’assister au duel qui ne pu avoir lieu entre Tatsuya (Hiro) et Kazuya (Hideo), combat autant sportif que sentimental afin de décrocher le coeur de la charmante girl next door, Minami (Hikari), leur amie d’enfance au caractère bien trempé.

Seishun wa kokoro no aza [6]. Le baseball a beau être au centre de l’intrigue occupant parfois plusieurs tomes pour une partie, la narration d’Adachi maintient parfaitement l’équilibre entre supoman et shōjo ainsi que le suspense. On devine rarement comment une partie va tourner et, jusqu’à la dernière page, on ignore vers qui le cœur de Hikari va se tourner. Pourtant sur le papier Hideo a déjà gagné. Vedette de son équipe, gagnant du Kōshien, petit-ami de Hikari, gendre idéal et boy-scout dans l’âme il a peu à craindre de Hiro qui démarre la course avec plusieurs handicaps. Blessé, sans équipe, doté d’un caractère de cochon, d’une passion pour les magazines de charmes et d’une incapacité à communiquer ses sentiments notre anti-héro reste celui qu’on aimerait voir triompher devant l’irritante perfection de Hideo.

Mettant en avant comme a son habitude la grandeur et la pureté des sentiments, amour, amitié, piété filiale, Adachi fait de ses personnages des héros, faillibles et tortures par leur passion, leur jusque-boutismes. Les héros d’Adachi ne sont pas des ados pour rien. Ils grandissent tomes après tomes, murissent et perdent leurs illusions, leurs idéaux, leur premier amour, leur parents… Les sentiments esquissés sont loin des caricatures binaires qu’on retrouve trop souvent dans le manga pour adolescent. Jouant sur les non-dits, les silences et les ambiances, Adachi arrive à nous faire croire à l’interaction et l’attachement entre des personnages qui tour à tour s’observent, se comprennent, se respectent et se défient. Rivaux mais amis, amoureux mais distants, ambitieux mais altruistes, même les plus agaçants d’entre eux se dévoilent humains et attachants.

La vision romantique des matchs de baseball, réduit bien souvent au duel physique et psychologique entre lanceur et batteur, agacera peut-être les puristes de stratégie globale du jeu, mais ce léger défaut est compensé par le réalisme des parties, loin des fantaisies et délires physiques des Prince of Tennis et autres Captain Tsubasa. Cadrages originaux, mouvement bien suggérés et suspension dans le temps des actions sont très efficaces et, libérée de toute surenchère brouillon bardée de trames, la ligne claire d’Adachi n’a pas perdu de son charme. Excellant dans les ellipses et les décompositions d’actions, les cases d’Adachi et de son équipe frôlent souvent le poétique.

H2 n’est pourtant pas exempte de défauts. Trainant parfois en vicissitudes sentimentales Adachi se focalise sur le triangle, puis carré, sentimental entre les « H »éros au détriment de ses personnages secondaires, amusante galerie d’archétypes (furyo, frimeur, catcheur philosophe, coachs taciturnes, petites pestes…) dont les parcours individuels ont pourtant été souvent introduit assez longuement. Maître dans l’art du running gag, de l’autopromotion et de l’autodérision à longueur de tomes Adachi ne signe pas ici son chef-d’oeuvre absolu mais nous permet de nous replonger dans l’ambiance du mythique Touch et, pourquoi pas, d’écraser une larme sur ses quelques pages les plus inspirées.


  1. manga de sport []
  2. les quatre personnages principaux, dont les deux rivaux ont un prénom, en « H » []
  3. prestigieux tournoi national de baseball inter-lycée qui a lieu tous les étés dans le stade Kōshien à Ōsaka et permet aux équipes universitaires et professionnelles de détecter de futurs talents []
  4. citons sans hésiter l’enjo-kōsai ou le phénomène gyaru []
  5. Ère Shōwa : 1926-1989 []
  6. « La jeunesse est un bleu du cœur ». extrait du generique du Touch par Iwasaki Yoshimi et repris par Youhna []