Les groupes de R&B féminins ce n’est pas une histoire toute neuve, sans remonter à ceux de la Motown et aux Supremes qui restent l’ultra-référence du genre, on peut citer les quelques actrices du mouvement new jack du début des années 90 comme les inénarrables Salt-n-Pepa, les En Vogue, les TLC, ou encore des formations plus obscures chez nous comme Brownstone, Lucy Pearl et Xscape. Ce concept repris ensuite par les Destiny’s Child et dans une moindre mesure par le groupe bitchy des Pussycat Dolls. Ces formations fonctionnent la plupart du temps d’une personnalité mise en avant (Diana Ross, Beyoncé…) mais surtout autour d’un producteur[1]) ; Timbaland semble la manne financière du moment, bien que fournissant les mêmes arrangements et gimmicks depuis des années… Qu’en est-il de celles que leur production présente comme les « Destiny’s Child nippones » ?

Les Foxxi misQ réunissent tous les éléments inhérent au genre : elles sont issues de castings, en l’occurrence télévisés[2], et dépendent presque entièrement du duo Face 2 FAKE –connu grâce à ses productions pour BoA, SMAP, EXILE ou encore pour Shimatani Hitomi– et de JiN[3]. On démarre mal… d’autant que Chie, Yu-A et Dem ont des personnages à interpréter tout aussi décoiffant que leurs noms de scène[4] qui nous donnent peu à espérer quant à l’intérêt du produit marketé qu’on veut faire entrer dans nos écoutilles fraîchement nettoyées. A l’écoute de l’album même constat ; GLOSS est calibré pour rentrer dans la case « groupe féminin R&B » avec mention CrazySexyCool mais malheureusement sans le groove qui va avec.

La qualité de l’album est variable, allant du quelconque au gentiment remuant. Ainsi sur moins de huit titres inédits on reste en terrain connu, de la ballade R&B classique aux tubesques Party Booty Shakingen passant par des featurings de luxe sous-employés : un Zeebra peu inspiré pour Luxury Ride, un Corn Head se contentant du minimum syndicat ragga dans le très répétitif Golden Palace, et un JiN à la limite du Gotō Yūki-esque dans Tha F.Q’s Style, etc. N’ayant pas la prétention de révolutionner la musique, la production s’est contentée d’un copier/coller des sempiternels modèles américains. On peut citer dans le désordre une légère rythmique à la Salt-n-Pepa (Ultimate Girls), la détente saturée de basses d’I Like It, ou de jolies sucreries (Crush On YouI’ll Never Know), interrompus par des incursions improbables (latino dans Higher ou rock dans Delicious Circus). Vocalement loin d’une Beyoncé, d’une Kelly Rowland ou même d’une Crystal Kay, nous devons nous contenter d’un clone vocal de Kōda Kumi et de deux jolies voix R&B-clichetonnantes. Une facilité toute commerciale qui fonctionne sans doute auprès des Shibuyettes en plein fleur de l’âge mais qui aura du mal à convaincre tout amateur averti de R&B étasunien.

Les paroles sont d’une vacuité prévisible[5], condensé d’hymnes hédonistes au body shakingparty timeclubbing et autres sexy moves on the dancefloor. Là où certains groupes cités précédemment tentaient de faire passer des messages entre deux titres romantico-fêtards les Foxxi misQ se contentent de teasing soft loin du phrasé crû d’une Foxy Brown ou de la série de films exploitant le personnage du même nom. Une attitude vaguement sexy suffirait donc à être « foxy » et une sous-exploitation du vocabulaire japonais au profit d’un anglais approximatif semble suffisant pour se donner plus de crédibilité musicale.

Face 2 FAKE n’a pas relevé son défi –créer les Destiny’s Child japonaises– bien que ce premier jet cadre parfaitement au modèle, et qu’il dispose de quelques tubes fédérateurs (A-L-I-V-E ou Party Booty Shake), de jolies chanteuses et d’une pléiade de guest stars. Toutefois le projet manque d’ambition : il lui manque tout spécialement le charisme d’une Beyoncé ou la créativité d’une Left-Eye et surtout une légère japonité, chose que leurs sempai de DOUBLE n’ont pas oublié de cultiver[6]. C’est bien dommage, car l’énergie accrocheuse des performances live de Foxxi misQ est prometteuse.


  1. Babyface et Dallas Austin (qui a d’ailleurs bossé pour Namie Amuro avant de croupir en prison) n’étaient jamais bien loin des studios américains dans les années 90, mais on peut également citer Rodney « Darkchild » Jerkins pour les années 2000 (qui a boosté le Time Limit d’Utada Hikaru en 2000 []
  2. Uta Suta !!, soit Stars de la chanson, de Nihon Terebi qui a lancé une bonne quinzaine d’artistes depuis sont lancement dont les plus connus sont… les Foxxi misQ, au public bien limité []
  3. aka Bluezy, qu’on aura connu plus utile dans les compils de DJ Masterkey ou dans son album solo []
  4. pour ceux que ça intéresse elles sont respectivement « cool », « allant à son rythme » et « simple et innocente » []
  5. la plupart sont signées par Fujibayashi Shōko, connue pour ses multiples chansons d’anime et sentai, mais également auteur de quelques titres de BoA, Crystal Kay, Hirai Ken, Arashiro Beni ou Sowelu []
  6. ne serait-ce qu’à leurs débuts avec beaucoup de titres entièrement en langue nippone []