Un recueil de quatorze énigmes, autant d’anecdotes racontées à un jeune homme curieux par le vieil Hanshichi dans le Edo de la fin du XIXe siècle.
Okamoto Kidō[1] ou le Japon d’avant. Jeune lecteur des récits de Conan Doyle, il va s’inspirer des aventures du légendaire Sherlock Holmes pour créer le personnage de l’enquêteur Hanshichi. L’ aventure délaisse la grisaille londonienne pour parcourir la métropole colorée qui ne s’appelle pas encore Tōkyō, une ville où les gens du cru n’en ont pas encore fini avec les croyances ancestrales. C’est sur ce terreau propice au mystère que se développent des intrigues un brin désuètes mêlant seigneurs, samouraïs, commerçants ou petites gens. Sur son chemin, Hanchishi croise ainsi amants clandestins, joueurs invétérés, servantes naïves, avant d’élucider le problème avec la subtilité qui établira rapidement sa réputation. Un très perspicace détective, qui, l’air de rien, use d’une méthodologie sans doute moins froidement scientifique que son homologue britannique, mais plus adaptée à ce qui l’entoure.
Fantômes et Samouraïs est un titre un peu trompeur dans la mesure où les histoires tendent justement à démystifier la crédulité et la peur de l’étrange, un postulat de départ battu en brèche par le bon sens et la logique du raisonnement. Sommes-nous si loin du fantastique pour autant ? Quelques nouvelles, dont les très réussies La Fonte des Neiges au Printemps ou Chats en Rébellion [2] laissent ainsi planer le doute quant à la réalité d’une intervention surnaturelle, une ambiguïté toujours bienvenue. Pourtant, la principale saveur de ce recueil ne provient pas de son appartenance au polar historique, mais bien de ce qui se passe en marge de celui-ci.
Tout un univers reprend vie grâce à l’observation pleine de bienveillance du romancier. Celui des galantes de Yoshiwara, celui des auberges, des échoppes d’artisans, une grande métropole divisée en quartiers très contrastés. Chacun y connaît son voisin depuis plusieurs générations, tous et toutes célèbrent les fêtes du culte shintô, sans oublier de se rendre régulièrement dans les temples bouddhistes. Un complément idéal aux fameuses gravures de Hiroshige[3], auxquelles un chapitre fait directement allusion[4]. Un tableau faussement immuable : la période est en effet au bouleversement depuis que les vaisseaux noirs du commodore Perry ont déjà commencé à mettre fin à l’isolationnisme du pays. Loin de la documentation livresque d’une I.J. Parker qui traite d’une époque bien plus éloignée, Fantômes et Samouraïs puise dans les propres souvenirs de l’auteur, d’où l’incomparable impression d’authenticité qui ressort de chaque page. En dehors de quelques bizarreries de traduction, le récit passant parfois de la troisième personne à la première entre deux phrases, le livre a donc le mérite de nous éclairer sur le quotidien de l’archipel au moment clé de son rendez-vous avec la grande Histoire.
Grand spécialiste du théâtre kabuki dont il écrira une centaine de pièces, Okamoto y fait ici régulièrement référence, associant les agitations humaines à une représentation théâtrale, en une sorte de scénographie à échelle humaine. Le décor bâti, chacun est à sa place, le premier acte peut commencer…
- 半七捕物帳
- Japon 1917.
- Éditions Philippe Picquier (2004).
- Traduit par Karine Chesneau.
