Katsu Shintarō[1], acteur emblématique des écrans nippons à la filmographie plus que conséquente, aura marqué de son empreinte la mémoire des cinéphiles en incarnant Zatoichi, le fameux masseur aveugle et bretteur hors-pair de l’ère Edo. Vingt-six films et une série télévisée, auxquels Kitano Takeshi rendra hommage avec une version de son cru[2].

Personnage aussi ombrageux que son rôle, alcoolique à ses heures et adepte des substances illicites, l’homme a toujours traîné une réputation de comédien difficilement gérable sur les  plateaux. Il a quand même trouvé le temps de pousser la chansonnette au sein d’une carrière bien remplie. La chose n’a rien de rare dans l’entertainment asiatique, avec on s’en doute un degré de réussite assez inégal[3]. Voici donc quelques covers bien senties de standards internationaux, enregistrées entre les années soixante et soixante-dix et rééditées ici en CD.

À ce petit jeu, reconnaissons que le monsieur ne s’en sort pas trop mal. S’appliquant visiblement à trouver la bonne prononciation et le tempo adéquat pour les classiques anglo-saxons, il peut compter sur une voix chaude et virile qui sonne toujours juste, à défaut de véritable personnalité. Mais c’est au niveau du choix des titres que la bât blesse pour un auditeur d’aujourd’hui. Quel intérêt en effet à se coltiner une version aussi anodine de Yesterday, ou une énième resucée de Sunny, Moon River et autre Unchain my Heart mille fois entendues ? Du coup, mieux vaut se rabattre sur les ballades locales interprétées avec, on s’en doutera, nettement plus de facilité. Les arrangements très datés ajoutent alors un incontestable kitch non dépourvu de charme là où ils plombent les reprises anglo-saxonnes.

On peut alors se poser des questions sur la  finalité d’une telle entreprise. A moins d’être un indécrottable fan du bonhomme ou du second degré, Evening Ballades sera à ranger au rayon des curiosités largement dispensables, même si sa jolie pochette avec notre héros en Clint Eastwood période Spaghetti Western donne envie d’en savoir plus.

À l’heure où le vintage semble devenu un mode de pensée et de fonctionnement en société, il peut s’avérer intéressant de remonter à la source du phénomène, à savoir les sacro-saintes sixties. Une façon de constater qu’à l’époque le recyclage artistique existait déjà, pour un résultat parfois bien improbable, encore que largement aussi écoutable que la plupart des nouveautés actuelles…


  1. 勝 新太郎 , 1931-1997 []
  2. en 2003 []
  3. nombre chanteurs et chanteuses ont d’ailleurs à leur tour franchit le cap de la comédie pour le grand ou le petit écran []