Delinquent Girl Boss : Blossoming Night Dreams
Delinquent Girl Boss Blossoming Night Dreams ©Toei Co Ltd

Libérée de la maison d’arrêt de Akagi, Kageyama Rika travaille pour un couple de blanchisseurs. Rapidement renvoyée, elle retrouve par hasard Choko, une ex-compagne de prison qui travaille pour Umeko, séduisante tenancière de bar elle-même ancienne détenue. Celle-ci doit faire face à des yakuzas dont le chef Ōba cherche à la faire chanter. Le groupe de filles décide de réagir sans s’en laisser compter. Elles pourront compter sur le retour de Shinjirō, amant de Umeko et ancien du clan Ōba, qui vient de retrouver la liberté après quelques années d’incarcération.

Après le coffret Pinky Violence qui résumait idéalement un style emblématique du cinéma d’exploitation nippon, Delinquent Girl Boss : Blossoming Night Dreams s’avère un sympathique complément.

Delinquent Girl Boss Blossoming Night Dreams ©Toei Co LtdDéjà réalisé pour la compagnie Tōei un an avant Delinquent Girl Boss : Worthless To Confess par le même Yamaguchi Kazuhiko, il est bâti sur une trame quasi-identique, un air de famille renforcé par la présence au générique de l’actrice Oshida Reiko, grande fille à l’air pacifique et au visage encore un peu enfantin. Bien qu’en haut de l’affiche, son rôle de femme encore en devenir ne représente pas le personnage central et moteur de l’histoire ; ce serait plutôt celui d’Umeko, l’aînée (ou sempai) chef de bande incarnée avec conviction par Tachibana Masumi, fidèle du réalisateur Ishii Teruo ((on peut la voir en particulier dans le cycle des films de torture de l’époque des Tokugawa)), beaucoup plus crédible en tant que tueuse potentielle. Il faut dire que la douce Reiko, si elle garde une pêche d’enfer dès qu’il s’agit d’en découdre, ne saurait être la meilleure personnification de la bad girl , au contraire d’une Sugimoto Miki ou d’une Kaji Meiko.

Comme son proche successeur, Delinquent Girl Boss : Blossoming Night Dreams n’a rien des brûlots provocateurs signés Suzuki Norifumi, ne prétendant jamais mettre véritablement à mal les institutions, en dehors de quelques scènes doucement contestataires traitées avec humour. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, d’un mélange un tantinet bancal d’éléments mélodramatiques et de comédie bon enfant en dépit du contexte, un improbable mixage dont le combat final est la parfaite expression. L’intrigue simpliste ne s’embarrasse ni de profondeur psychologique, ni de complexité narrative, cherchant avant tout à divertir avec quelques moments-clefs et pas mal de remplissage presque inutile mais décoratif voire amusant. La qualité purement formelle n’est-elle pas la marque nécessaire pour apprécier un minimum ce genre de cinéma ?

Delinquent Girl Boss Blossoming Night Dreams ©Toei Co LtdQu’importe donc puisque ces séquences-là valent souvent le détour, telles les retrouvailles nocturnes et sous la pluie entre Umeko et Shinjiro, le couple se protégeant des gouttes avec une frêle ombrelle, tel encore l’intermède très réussi de comédie musicale tendanceseventies où d’accortes jeunes filles se trémoussent sur des prémices de disco , avant que la chanteuse populaire[1] Fuji Keiko n’entonne un air de enka : Yume Wa Yoru Hiraku, chanson-thème du film qui sera rapidement repris avec brio par Kaji Meiko. Pour l’anecdote, Fuji Keiko dont le vrai nom est Utada Junko, n’est autre que la maman de la chanteuse Utada Hikaru.

En roue libre, l’intrigue déroule son pitch classique de vengeance contre un système maffieux avec ses méchants d’opérette, face à la pugnacité féminine reposant sur une amitié sans faille. Une glorification du girl power alors en vogue, même si la figure du ninkyō eiga [2] apporte sa caution virile sous les traits du noble Shinjirō, une façon de ne pas aller trop loin dans le subversif ou de ne pas renier ses classiques, si ce n’est de restaurer l’imago du mâle dominateur malmené au seul regard des autres caractères masculins affreux, lâches ou idiots.

Delinquent Girl Boss Blossoming Night Dreams ©Toei Co LtdLes protagonistes semblent d’ailleurs très attachées à leur centre de détention d’Akagi, passage obligé pour toute délinquante qui se respecte, un endroit où retourneront finalement la plupart des copines pour y accomplir un nouveau stage, sans que cela ne les perturbe outre mesure. Un climat d’optimisme souriant baigne ainsi tout le film, à peine entaché par quelques drames, dont le décès de la petite sœur d’une des filles devenue junkie, ou la mort plus héroïque du beau gosse du coin. Quant aux problèmes liés à la réinsertion, ils sont vaguement traités par dessus la jambe. On ne saurait mieux dire : dans ce long-métrage qui concède encore moins au genre Pinky Violence que le suivant n’y cédera, seules quelques bastons sporadiques et vite expédiées (même la grande bagarre ultime ne pèse pas lourd) sont là pour respecter le cahier des charges de cette seule catégorie violence. Par contre, il est d’avantage question pour nos starlettes de dévoiler force petite culotte lors de ces crêpages de chignon grâce à quelques cadrages très appuyés, voire de se faire arracher le soutif si plus d’affinités …

Delinquent Girl Boss Blossoming Night Dreams ©Toei Co LtdÀ ce jeu, Oshida Reiko s’impose haut la jambe, changeant de tenue à chaque bobine, de préférence en minijupe, l’argument massue de la séduction issue des sixties. Reiko/Rika sur son vélo, Reiko en mini robe bariolée ou lookée squaw, Reiko en contre-plongée révélatrice, le metteur en scène était visiblement motivé par son modèle ! Paradoxalement, la belle ne dévoilera jamais l’ombre d’un sein, dans une production qui ne capitalise pas encore sur la franche nudité, on y viendra avec les comédiennes moins farouches, les duettistes Ike Reiko ou Sugimoto Miki en tête. Pour le moment, Oshida Reiko promène donc sa séduisante nonchalance et son détachement, un éternel petit sourire en coin, nous rappelant que tout cela n’est jamais très sérieux et que l’on n’est pas non plus chez Ozu ! De fait, elle et ses acolytes en jupon sauvent par leur présence cette oeuvre- gentiment caricaturale et sans conteste mineure. Ce qui n’enlèvera rien au plaisir d’apprécier ce Delinquent Girl Boss : Blossoming Night Dreams, nouvelle résurgence d’une nostalgie cinéphilique bien loin des vaches sacrées mais décidément trop cool pour s’en priver.


  1. et accessoirement comédienne []
  2. 任侠映画, appellation usuelle pour les films de yakuzas, littéralement « films de chevalerie » []
11 mars 2008 Aucun commentaire
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  • ずべ公番長 夢は夜ひらく
  • Japon 1970.
  • Toei.
  • Avec Ōshida Reiko et Sono Kayako.