Recrutée par les services secrets de son pays, la jeune Kim Hyun-Hee allait devenir une parfaite machine à tuer en faisant exploser un avion de la Korean Air. Arrêtée, jugée et condamnée à mort par les tribunaux de Corée du Sud, elle bénéficia pourtant d’une ultime grâce. Elle raconte son parcours.
La récente disparition du « cher Leader » Kim Jong-Il a une nouvelle fois mis en lumière la faillite globale d’un régime à bout de souffle ne tenant qu’au prix d’une paranoïa institutionnalisée doublée d’un indécrottable cynisme étatique. L’occasion pour nous de revenir sur un énième témoignage sur le sujet avec un bouquin sorti il y a presque vingt ans mais qui garde encore toute son actualité. Si les récits de citoyens ordinaires fuyant l’enfer de la Corée du Nord ne sont pas rares, la confession d’un ex-pur produit du Juche (주체사상) est moins fréquente, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’une authentique terroriste repentie.
Écrit à la première personne, Dans la Fosse aux Tigres nous permet donc une vue depuis l’intérieur du système, étonnante odyssée d’une jolie fille formatée par l’idéologie en place dont le difficile apprentissage sera le premier pas d’une fuite en avant vers l’irréparable. La pléthore de romans ou de documents traitant d’espionnage démontrent toujours que les coups tordus ne sont jamais l’apanage d’un seul camp, est et ouest s’y entendant à merveille pour contrer à tout prix l’adversaire supposé. Reconnaissons à celui-ci un caractère captivant dans sa façon de dévoiler les entraînements, la vie quotidienne des aspirants James Bond où l’improbable prêchi-prêcha des dirigeants occupe une grande part de leur temps. En seconde partie, les préparatifs de l’attentat et ses conséquences sur la destinée personnelle de Kim Hyun-Hee s’avèrent eux aussi passionnants ; on s’étonnera même de quelques traits d’humour (involontaire) avec l’étrange apparition des deux hommes chargés de remettre la bombe à leurs collègues. Seuls asiatiques du lieu, les voilà habillés de costards et de lunettes noires, repérables au premier coup d’œil, sortes de Men in Black mâtinés de Dupond & Dupont. Et pourtant le coup ne foirera pas. Comme quoi la réalité est toujours plus forte que la fiction.
La suite dévoile la captivité et l’attente du verdict d’une femme désormais déboussolée par l’ampleur et la vacuité de son geste, ainsi que la naïveté inhérente aux transfuges du bloc communiste découvrant l’opulence occidentale. Des paragraphes plus attendus, où est également évoquée la conversion au christianisme de l’auteur.
Inutile de chercher ici la grande littérature, seule la dimension humaine voire humaniste du projet lui confère toute sa valeur, édifiante mise en abîme d’un conditionnement forcené dans lequel l’individu ne saurait exister pour lui-même, mais uniquement au service d’une sinistre utopie. On regrettera alors la mauvaise traduction du titre original The Tears of my Soul, beaucoup plus en phase avec son contenu. La Fosse aux Tigres en question est certes accrocheuse mais rappelle plutôt les titres choc de la série SAS qu’un sincère plaidoyer pour la pacification des relations nord et sud-coréennes, en attendant, qui sait, leur réunification de fait.
- The Tears of my Soul
- Etats-Unis 1993.
- Presses de la Cité (1994)
