Ancienne otage en Irak rentrée au Japon, une jeune femme doit subir la vindicte de l’ensemble de ses compatriotes… De ce sujet à la proche actualité, Kobayashi Masahiro tire un film court mais extrêmement fort, suivant la dérive de l’héroïne face à l’incompréhension générale, dans un environnement à la sinistre banalité. La répétition de certaines scènes renforce la sensation d’oppression et la désespérance baignant toute l’histoire, tels ces allersretours en vélo de Yuko de l’appartement paternel vers un extérieur de plus en plus ouvertement hostile.
Le portrait de cette femme passionnée aux motivations relativement floues pour son entourage, donne aussi une image bien peu reluisante de la majorité silencieuse nippone aux réactions nationalistes épidermiques. On retrouve dans ce repli identitaire l’image hautement symbolique du « clou qui dépasse », signifiant que tout individu doit rentrer dans le moule sous peine d’être écrasé, faisant fi de toute singularité. Ici, c’est même le père qui doit démissionner, voire mourir pour réparer la faute de sa fille.
Tournant le dos à tout glamour, le cinéaste choisit une forme parfois proche du documentaire, avec des mouvements de caméra à l’épaule et une actrice androgyne, loin des canons de beauté en vigueur, interprétation d’ailleurs parfaite de Urabe Fusako pour ce rôle de fille peu sympathique et obstinée mais à la détresse bouleversante : son ultime confession et ses espoirs d’une vie conforme à ses idéaux ont des accents de vérité qui valent le plus long exposé… Car c’est bien de cinéma-vérité au sens le plus strict qu’il s’agit là, le réalisateur osant appuyer fort là ou ça fait le plus mal.
