Album hommage à l’œuvre toute entière de Takashi Miike, Audiotion est un voyage autour de deux éléments simples : le bruitisme et l’ultra-violence. Le ton est donné par l’avertissement belliqueux du maître en personne, « Je suis Miike Takashi. Les gars qui ont un problème qu’ils viennent au Japon, je les bute à Shinjuku, j’vous bute tous… ». C’est clair, net et sans bavure, l’ancien novateur désormais enfermé dans une routine plan-plan et empêtrée des scenarii sans intérêt ou scènes gores se succèdent sans le moindre fond n’est pas là pour plaisanter.
Les habitués à la thématique glauque, sadique, sombre, oppressante et autres relents nauséabonds qu’affectionne Miike seront comblés par ces longues heures de composition électroniques expérimentales. Beaucoup resterons de marbre ou arrêterons les frais dès la première minute, le bruit et les divers parasites et saturations qui l’enveloppe n’étant pas des plus doux. Normal après tout, quand on sait que chaque artiste s’est inspiré d’un film de Miike pour composer une dizaine de minutes de… bruit. Soyons honnêtes, la musique électronique actuelle n’existe que grâce au bruit, éléments clés des premiers samples de Kraftwerk comme des morceaux cultes des Daft Punk, cependant peu d’artistes grand public ont choisi de baser leur travail sur le bruit et rien que le bruit. Difficile d’accès, sans mélodie, la musique bruitiste industrielle (ou noise music) reste pour la majorité des gens… du bruit malaxé, découpé, assemblé pour en devenir une expérience sensorielle plus ou moins agréable loin des concepts académiques de mélodie et d’esthétique. En bref, la forme musicale la plus en phase avec l’univers de Miike, et qui lui rend bien.
Le Japon n’a pas à rougir sur la scène internationale à ce niveau et nous le prouve une fois de plus avec cette compilation de japanoise pur et dur où bruits blancs, beats, sirènes boucles se succèdent et ne se ressemblent pas. C’est l’un des artistes phare du mouvement, KK Null, qui avec pas moins de 100 albums au compteur inaugure violemment les 146 minutes de la compilation. N’allez pourtant pas croire que Audiotion… se limite à des performers nippons (Shinkiro, Sunao Inami, Contagious Orgasm, Asmorod…), au contraire ! De grand noms internationaux s’en mêle également comme Henrik Nordvargr Björkk et son univers opressant et sourd, l’australien Darrin Verhagen (sous le nom de Shinjuku Thief) plus aérien, le danois minimaliste Hentai, le norvégien Jazkamer avec son bucolico-glauque Virgin Flower, ou encore le Belge Iszoloscope, alias Yann Faussurier, plus mélodique que ses confrères pour un titre au nom interminable (Learn The Agony That Was Etched Into My Very Core).
Conclu par l’interprétation décalée d’une ritournelle vieillotte par Tokitoshi Shiota – l’un des nombreux acteurs fétiche de Miike vu dans Izo, Gozu, ou plus récemment Imprint – Audiotion… a tenu ses promesses. Expérience troublante voire dérangeante par moment elle est à coup sûr à la hauteur des meilleurs films de Miike. A éviter dans les soirées entre amis, sauf si vous voulez qu’ils s’en aillent.
- Audiotion : Sonic Tribute to Takashi Miike
- Vital (2007)
- www.hentai-vital.com
