Zenkyokushu
Urami Bushi (Kaji Meiko)

Découverte par le public occidental grâce aux bandes originales des deux Kill Bill, puis sacralisée via Young-Ae Lee par le cinéaste coréen Park Chan-Wook Park dans Sympathy for Lady Vengeance (2005), Kaji Meiko reste l’inestimable icōne du cinéma de genre et d’exploitation japonais des années soixante-dix.

Élégante silhouette synonyme de danger potentiel, attitude rebelle jamais vaincue, son personnage de La Femme Scorpion ou de Lady Snowblood a généré une armée de suiveuses moins charismatiques, tandis que son culte a traversé les générations pour être aujourd’hui perpétué par un public même pas né lors de la sortie de ses principaux films. On découvre alors que la belle a aussi effectué une jolie carrière de chanteuse, le succès du simple Urami Bushi, thème principal de La Femme Scorpion [1], l’amenant à interpréter par la suite pas mal d’autres chansons des long-métrages auxquelles elle participait, en plus de morceaux indépendants, autant de 33T ou 45T vinyles vintagedésormais recherchés fébrilement par les collectionneurs du monde entier. Cette compilation constitue donc un beau florilège de son intéressante discographie, où Urami Bushi et Shura no Hana [2] restent d’incontournables sommets, en particulier le deuxième, lyrique et mélancolique à souhait comme l’histoire qu’il illustre.

Deux arbres qui cachent une luxuriante forêt, de quoi enchanter l’amateur du style enka, Meiko empruntant souvent le phrasé des spécialistes de ce chant traditionnel encore très populaire dans l’archipel. Voix chaude et suave, caressante ou soudain coupante, la belle varie les effets à l’envi, entre tendresse apaisée et agressivité vengeresse : ici, pas de place pour la niaiserie ou la mollesse, mademoiselle Kaji[3] n’a rien d’une gentille nunuche annonant d’insipides refrains. Ses titres parlent d’héroïnes désabusées, de personnages subissant un destin contraire, ou partageant au contraire une passion souvent contrariée. Des thèmes éternels, les orchestrations férocement seventies leur conférant un charme supplémentaire. Il n’y aura qu’à écouter les pépites extraites du magnifique Sareyo, Sareyo, Kanashimi no Shirabe ou de son successeur Kyo no Wagami wa pour se convaincre de la qualité de ce best of sans la moindre plage inutile. Un disque indispensable à la mesure de sa sensuelle interprète : sa sombre élégance ne saurait faire oublier son imparable efficacité.


  1. repris dans Kill Bill II []
  2. chanson-thème de Lady Snowblood []
  3. de son vrai nom Ota Masako []
19 mars 2008 Aucun commentaire
Leave a comment

  • 全曲集
  • Japon 2004.
  • Teichiku Records.