Yatterman
Yatterman (Miike Takashi)

Un combat rien moins que titanesque va opposer Yatterman, un duo de jeunes justiciers, à la belle mais diabolique Doronjo et son équipe. L’enjeu : être les premiers à récupérer toutes les parties d’un mystérieux crâne magique, au pouvoir bien entendu extraordinaire.

Le cinéma réserve de temps en temps d’étranges surprises, telle cette improbable rencontre entre un anime pour la jeunesse et un réalisateur habituellement catalogué « pour adultes ». L’idée en revient à la société Nikkatsu qui a déboursé pas mal de yens dans l’entreprise. Si le résultat s’est avéré commercialement rentable, l’adaptation live d’un matériau originel très populaire dans l’archipel[1] ne pouvant que susciter une curiosité fébrile, il n’est pas sûr que les pontes de la prestigieuse compagnie cinématographique aient été enchanté du traitement octroyé au projet initial. Et force de constater que Miike le franc-tireur « qui filme plus vite que son ombre », s’est encore lâché en beauté sans rien modifier de ses méthodes habituelles. Pour le meilleur et pour le pire, comme toujours avec lui.

Partant d’un scénario qui tient en deux lignes et ressert les tics de son modèle télévisé, Yatterman The Movie conte la lutte éternelle du bien contre le mal pour la possession d’une tête de mort. Alors que les deux adolescents masqués se révéleront vite de piètres super-héros aux postures ridicules, le trio de méchants les surpasse dans tous les domaines, n’échouant à chaque fois que par le plus cruel des hasards. Beaucoup plus fouillés que leurs adversaires falots, on comprend que ce sont eux qui intéressent vraiment le cinéaste, laissés-pour-compte devenus faute de mieux des pieds nickelés malchanceux.

Ceci posé, le délire peut commencer ; à savoir une succession de séquences cartoonesques mettant aux prises des protagonistes habillés comme les créations de Nagai Gō dans un décorum évoquant un Georges Méliès abâtardi, les couleurs flashy en plus ; ça explose dans tous les coins, entre deux transformations des machines utilisées par les deux clans, et quelques rares moments de calme tout relatif. Yatterman (Miike Takashi)Tout cela ressemble à une énorme farce, à une parodie qui ne dit pas son nom, ou plutôt au détournement d’un projet destiné aux enfants mais revu et corrigé par un pervers de la caméra. Car les robots se retrouvent pourvus de seins gigantesques ne cédant en rien aux différentes armes outrageusement phalliques, tandis qu’abondent les allusions sexuelles et la grivoiserie, sans oublier la tenue de la belle Doronjo et du comportement outrancier de ses acolytes tendance gay friendly [2]. Ou comment la Nikkatsu, naguère initiatrice du roman porno, se retrouve avec un OVNI filmique sexué passablement encombrant !

Un bordel savamment orchestré, une saine gaudriole qui se voudrait festive, mais qui dévoile vite ses lacunes et demeure désespérément creuse voire insupportable à force de répétitions, d’explications inutiles, d’effets tocs et de décibels intempestifs. Si telle ou telle situation à double sens prête à sourire, impossible de tenir la distance sur la durée, l’intrigue rabâchant le même concept pour tenir les cent minutes réglementaires de tout long-métrage grand public qui se respecte.

Mais au fait, à qui s’adresse vraiment Yatterman ? Pas directement aux enfants qui passeront largement à côté des anecdotes libidineuses, ni aux plus grands lassés par la profusion des petits personnages en images de synthèse ou des scènes ouvertement régressives, il n’y a qu’à voir les intermèdes chantés dignes d’une comédie musicale prépubère. Un entre-deux qui ne satisfera de fait que les fans immatures et fiers de l’être, amateurs de jokes vaseux, de clins d’œil peu ou prou cinéphiliques et de jolies guerrières costumées : la cible inavouable des otaku de tous poils, n’hésitant jamais à mettre la main au porte-monnaie pour satisfaire leur appétit. Avec Fukada Kyōko, ils seront largement servis ! Si elle se fantasme en secret femme au foyer attendant son salaryman de mari, elle se coltine une tenue sado-maso du plus bel effet. Un changement bienvenu pour celle dont le joli minois la prédispose habituellement aux rôles d’ange. Mais à part ça me direz-vous ? Yatterman (Miike Takashi)Absolument rien, du néant sur pellicule gonflé à la bêtise potache. N’en déplaise à ses thuriféraires, Miike est souvent plus convaincant dans les figures imposées que lorsqu’il a toute latitude pour mener à bien un projet. Ce ne pas un hasard si Audition [3], ou La Mort en Ligne [4] demeurent des réussites nettes dans une filmographie aussi pléthorique que très inégale. Cette fois pourtant, en dépit d’un budget conséquent et de louables efforts pour brocarder voire maltraiter le cahier des charges, la « superproduction » demeure à l’état de baudruche vide .

Parfois baigné d’une tonalité bon-enfant à la lisière de l’univers paillard d’un Nakano Takao[5]Yatterman a toutes les peines du monde à renouer avec l’esprit des vieux serials dans lesquels le metteur en scène puise pourtant nombre éléments, entre un Indiana Jones local recherché par sa fille éplorée (et un peu niaise) et un dieu des voleurs ayant tout piqué au sympathique Ogon Batto.

Cette énième productionbubblegum arrive donc trop tard pour séduire encore. On en a en effet un peu marre de toute la pop culture recyclant à l’infini le second degré pour masquer sa propre inconsistance. Même un gars comme Miike, à qui l’on peut au moins reconnaître une vision personnelle de son art, ne sera finalement pas parvenu à donner corps à une telle vacuité. « Beaucoup de bruit pour rien » ? C’est exactement ça, mais le titre était déjà pris.

Le film a été présenté au festival Kinotayo (festival du film japonais contemporain) de Paris, en novembre 2009.

  1. Yatterman est d’abord un série télévisée d’animation de Sasagawa Hiroshi pour le studio Tatsunoko Productions. Yatterman (Miike Takashi)Les 108 épisodes furent diffusés entre 1977 et 1979 sur la chaîne Fuji TV, avant qu’ un remake ne voit le jour en 2008-2009, cette fois pour 60 épisodes []
  2. dont un est affublé d’un groin de cochon, tout est dit []
  3. adaptation d’un thriller de Murakami Ryū qui fit à l’époque son petit effet, en 1999 []
  4. une réinterprétation subtile de la saga Ring réalisée en 2003 []
  5. réalisateur japonais indépendant œuvrant essentiellement dans le cinéma érotique et la science-fiction. Plusieurs de ses films ont été distribués en France. []
27 mai 2010 Aucun commentaire
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  • ヤッターマン
  • Japon 2009.
  • Warner Home Video (2010).
  • Avec Fukada Kyōko, Sakurai Shō, Fukuda Saki