Zeebra n’a jamais été connu pour être un grand romantique, ni même un grand délicat. Pourtant le rappeur le plus connu de l’archipel continue d’adoucir sa prose dans son nouvel album,World Of Music qui marque également le retour aux affaires de son complice de toujours, Inovader, et l’influence croissante de Focis qui a fait du chemin depuis Story Of A Sucka MC.
Après son nouveau départ (New Beginning), il retourne à ses fondamentaux, à savoir les productions Inovader et D-Orinigu, couplées aux titres plus doux de Focis. À eux trois ils signent donc près de la moitié d’un album comportant son de titres énervés aux samples répétitifs, très électroniques, qui fracassent le béton de leur âpreté east-coast sans toutefois être aussi revendicatif que leur modèle américain.
Ainsi tout le debut de l’album retranscrit cette dureté, qu’il s’agisse de l’introduction, World Of Music, dopée aux vocoder, d’Unmei titre hagiographique au flow aggressif mêlant la vie de Zeebra aux légendes du hip-hop américain, de Top Of The World et son ambiance guerrière ou de la relative violence de Back Stage Boogie. Ultra-référenciel dans ses lyrics, Zeebra va jusqu’à citer le tube de Mims This Is Why I’m Hot, dans Reason dont les sonorités banghra, autre grand classique des années 2000, durci l’ensemble[1]. Not Your Boyfriend fini d’enfoncer le clou de ses riffs rageurs, et loin de sa précédente collaboration avec un groupe aux attitudes punky (Dragon Ash et son fameux Grateful Days) ce titre totalement dispensable est la rencontre de la violence desbeats hip-hop et de la rage du rock emo de Rize[2].
Arrivé à la moitié de l’album le constat est simple : on reste dans l’ego trippin qu’il s’agisse d’autobiographie rageuse, ou de vantardises. Frime lassante qui fini par ressembler à une justification permanente et contraste avec la confiance en soi affichée à longueur de titres. Zeebra nous a habitué à ne parler que de lui et n’a malheureusement pas grand chose d’autre à raconter, quoiqu’il le fasse bien. Il continue donc de radoter son CV et sa réussite plage après plage, quelque part entre un Eminem sans humour et un 50cent sans « gangsta »[3]. Étrange mélange se rapprochant vocalement de DMX, loin du militantisme de son groupe originel, King Giddra. Le seul coup de gueule de Zeebra restera d’ailleurs le constat affligé de la pop-isation du mouvement hip-hop[4] ce qui n’a rien d’étonnant quand on connait le mépris qu’il affiche pour des groupes de « vendus » comme les Rip Slyme.
Le reste de l’album témoigne d’un radoucissement de l’ambiance, notamment avec le très « mignon » Everybody Needs Love, les rythmes ragga de (Lyrical Gunman, Kumo No Ue No Heaven signé par un Inovader sous calmants, sans oublier We Leanin’ (signé par Focis), sucrerie « romantique » dans laquelle les mots arrivent à être tendres, quand ils ne repartent pas dans des vantardises et des questionnement libidineux propre à l’ego des rappeurs mâles, et Stop Playin’ A Wall, single phare de l’album et hymne relax à la fête, au stupre et à la jouissance (là encore signé par Focis). Après tout ce plaisir immodéré il est normal de continuer à explorer l’ambiance west coast, DS455 reprend donc le vocoder et les samples des années Death Row, le tout dans une ambiance « repezen » [5] des tarés de Yokohama.
La seule incursion dans des sonorités plus cassantes de ce deuxième acte est 360°, titre rappelant les interludes de Beat Boxing de The New Beginning et dans lequel Zeebra fait le tour complet de ses invités de marque/potes (Oj Flow, KM-Markit, Aktion, Braidz, Gotz et Uzi) pour une séance de freestyle, remixée et retouchée en studio parce que tout le monde le sait, c’est un exercice difficilement appréciable brut de décoffrage. Shinin’ Like A Diamond (avec Sphere Of Influence & May J) emmène l’album dans un R&B auquel on ne s’attendait pas : des samples qui fleurent bon le disco[6] qui finissent de radoucir l’ambiance, plus souple, plus élastique, et ce grace au talent de DJ Hasebe (a.k.a. Old Nick)[7]. Au rang des featuring de luxe figure également le deuxième single extrait de l’album, porté par la popularité de Katō Miliyah et la street credibility du zébre nippon, jolie collaboration composée par les beats groovy de Buzzer Beats[8], hymne au crew, là encore grand classique du « ache-i-pé ache-o-pé » dopé par les chœurs de Miliyah.
Avec quelques fulgurances et des beats bien sentis cet album est abouti formellement, mais même en renouvelant légèrement sa production Zeebra retombe vite dans ses travers. World Of Music plaira donc aux habitués qui ne se sont pas lassés, aux amateurs de hip-hop qui ne comprennent rien au japonais et aux petits nouveaux tombés dans le rap nippon qui n’ont pas déjà assimilé toute sa discographie.
- rien d’etonnant quand on sait que D-O, connu pour avoir projete Zeebra dans les charts avec SUPATECH, est en featuring [↩]
- le mélange rock/rap n’est pas nouveau on se souviendra evidemment du Walk This Way d’Aerosmith et Run D.M.C. ou plus récemment de la collaboration entre Linkin Park, le groupe emo par excellence, et du mythique Jay-Z. À noter par ailleurs qu’il ne s’agit pas de la première collaboration entre Zeebra et Rize qui ont déjà signé ensemble I Can’t Live Without My Radio qui n’a rien à voir avec le tube de LL Cool J [↩]
- l’introduction balaie d’ailleurs d’un revers de main l’esprit gangsta rap west coast de son « Crime shit pays but crime don’t amaze me » [↩]
- là encore dans l’intro et son « Hip Hop Hooray like the Naughty days/We gotta fit it in Beyonce and Fergie days » [↩]
- « Represent » à la nippone [↩]
- on peut penser à Diana Ross mais il s’agit en réalité de The Glow Of Love par Change [↩]
- difficile de ne pas penser alors à la collaboration entre Zeebra et les Foxxi MisQ qui utilisait les mêmes recettes [↩]
- le trio sort son premier album en mai [↩]
- World Of Music
- 2007
- Pony Canyon
