With Beauty And Sorrow

Shinoda Masahiro

Oki Toshio, un célèbre romancier, profite de son voyage à Kyoto à la veille de la nouvelle année pour rechercher Otoko qui fut jadis sa maîtresse. Vingt années après, celle-ci est devenue artiste peintre réputée, partageant sa vie avec la jeune et troublante Keiko qui veille jalousement sur elle. En tentant de renouer avec le passé, Toshio va devenir la cible d’une vengeance sournoisement élaborée.


Dernier roman achevé de Kawabata Yasunari [1] Tristesse Et Beauté sera d’abord publié en feuilleton à partir de 1961 [2]. Cette adaptation cinématographique est donc quasi immédiate, la notoriété de son auteur et le caractère inhabituellement structuré du texte originel ayant sans doute favorisé la chose [3], bien que ressassant des thèmes qui lui sont chers, à savoir la solitude, la mort, l’érotisme, mais aussi la célébration de la beauté du “vieux Japon” ou le questionnement sur la valeur artistique de toute création.

Le scénario du film de Shinoda Masahiro [4] va respecter le canevas initial. L’atmosphère comme suspendue des bouquins du maître est parfaitement transcrite en images, d’où une lenteur parfois quasi-hypnotique qui en rebutera plus d’un, des moments de flottement peut-être plus difficiles à apprécier sur un écran qu’à travers la simple lecture. Ici, les motivations de chacun sont complexes, la tension palpable, mais l’élégance reste de mise, voire la retenue, les protagonistes semblant garder en permanence une certaine distance avec les événements. Et pourtant, ceux-là ne manquent pas de piment ! Adultère, manipulation, lesbianisme, vengeance sournoise, autant d’éléments propices au déchaînement des passions pour ce qui figurait déjà parmi les plus explicites écrits signés Kawabata. Mais l’action se déroulera toujours hors champ, préférant voiler pudiquement la sexualité manifeste de l’œuvre originelle. La mise en scène académique renforce cet aspect lisse. Nous sommes encore dans les années soixante, avant la vague Pinku et une certaine libéralisation des mœurs (y compris sur les écrans), cela se voit. D’autres cinéastes avaient osé aborder des thèmes similaires avec autrement plus d’audace et de maîtrise. Que l’on songe ici au sulfureux Manji [5] réalisé par Masumura Yasuzo pour s’en convaincre. With Beauty And Sorrow respecte sans doute la lettre de son modèle livresque, mais quid de l’esprit ? Car si la beauté formelle de l’ensemble, la musique de Takemitsu Tôru [6], le jeu maîtrisé du vétéran Yamamura Sô [7] ou de ses partenaires féminines dont la jeune Kaga Mariko, représentent autant de raisons de découvrir un huis-clos passablement cruel, les familiers de l’univers “kawabatien” ressentiront une véritable frustration devant si sage application, pour le coup moins brillante que ce que Naruse Mikio avait fait à partir d’un ouvrage beaucoup plus délicat à adapter.

L’héroïne imaginée par Kawabata Yasunari, cette fleur vénéneuse dont le parfum s’avère aussi subtil que dangereux, aurait certainement mérité un écrin plus révélateur.

Michel Boléchala, le 20 novembre 2009

Commentaires

Écrire un commentaire