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Who Slept With Her ? | Kim Yu-Seong



L’arrivée d’une aspirante profeseur de français va passablement perturber la libido de tout un lycée de garçons.

Au sein d’une pléthorique production coréenne, les comédies représentent la majorité, large éventail qui couvre de la gentille romance à la farce à gros sabots. On situera volontiers Who Slept With Her ? dans cette dernière catégorie, pur divertissement délaissant toute subtilité pour développer un humour bien gras et ouvertement régressif destiné en premier lieu à un public adolescent.

En contrepartie, on cherchera en vain la moindre trace de prétention tout au long d’un long-métrage véhiculant une bonne humeur revendiquée à défaut d’être toujours communicative. Un tel manque d’ambition artistique forcerait presque le respect ! Le thème général le classe ouvertement dans le sous-genre du film de collège qui en a pourtant vu d’autres en matière de balourdise et dont les américains se sont fait une spécialité, des American Pie à la saga Porky’s de sinistre mémoire, sans oublier le cinéma de Hong-Kong peu avare en outrance caractérisée. Evidentes parentés qui en cachent une autre plus surprenante : toutes ces productions cheap italiennes des années soixante-dix, films bâclés principalement destinés à dévoiler le sex-appeal de starlettes de l’époque, Gloria Guida ou Edwige Fenech entre autres, et dont les titres et les affiches promettaient bien plus qu’ils ne donnaient : La Prof Du Bahut, Mademoiselle Cuisses-Longues. Le schéma que reprend Who Slept With Her ? s’avère du même tonneau ; un ramassis de débiles obsédés (et moches bien évidemment), tournent autour d’une allumeuse de première pour un piètre résultat, autant d’archétypes caricaturaux sans la moindre profondeur psychologique qui auraient pu nous les rendre attachants, mais ne rêvons pas.

Si cette pantomime coréenne bénéficie d’une réalisation beaucoup plus soignée et de moyens autrement conséquents, elle utilise les mêmes procédés narratifs basés sur la frustration à laquelle le jeune public visé doit se confronter en permanence dans sa vie quotidienne. On ne verra d’ailleurs jamais ici le moindre bout de téton, mais on ne parle que de ça en oubliant de le pratiquer, en dehors d’un play-boy local (Ha Seok-Jin) qui en prendra quand même pour son grade, manière de ridiculiser les bellâtres romantiques des succès du petit ou du grand écran péninsulaires. Lorsque 200 Pounds Beauty, autre pantalonnade récente, se préservait une bonne dose de sentimentalisme et imposait une pseudo-morale (ne laissant personne dupe), cette fois l’histoire délaisse toute velléité faussement édifiante. Seul l’honneur reste à peu près sauf puisque le tabou de la relation sexuelle entre professeur et élève ne sera pas transgressé, pas plus que ne s’ébauchera une quelconque love story.

Pour le reste, les destinées respectives des protagonistes masculins sont brièvement évoquées dans une conclusion vite expédiée qui oublie sciemment ou pas le cas de la prof stagiaire elle-même. Amorce d’une suite (...) ou aveu de paresse des scénaristes ne sachant trop comment conclure son parcours incendiaire ? Un personnage qui allume tout ce qui se trouve sur son chemin, mais jamais à son corps défendant, loin de l’ingénue si souvent décrite à l’écran et qui ignore son potentiel érotique. Sans toutefois montrer grand chose, mademoiselle Uhm éprouve au contraire une grande satisfaction à provoquer, petit sourire scotché aux lèvres, quand elle n’avoue pas ouvertement son narcissisme. Ainsi ce dialogue de la belle avec le priapique Jae-Seong : quand ce dernier lui avoue « Je vous aime » elle lui répond « Je m’aime aussi »... Un rôle sans ambiguïté vis à vis de son statut d’objet de désir, du cousu main pour Kim Sa-Rang, ancienne miss nationale et prototype de la silhouette coréenne moderne idéalisée dans la droite lignée de Jeon Ji-Hyeon. Puisant dans tout ce qui a bien marché auparavant, les producteurs lui ont adjoint un clone dégénéré de l’excellent Cha Tae-Hyun, tentative visant plus à déformer qu’a reproduire le duo de My Sassy Girl. Le résultat n’est pas vraiment concluant, les grimaces outrancières de Ha Dong-Hun générant plus d’irritation que le sourire escompté. Le reste du casting surjoue, en roue libre vis à vis d’un script qui ne pouvait viser plus haut de toutes façons.

Réalisation certes décomplexée et ne cherchant qu’à faire s’esclaffer un public peu exigeant, le film aurait pu tout aussi bien figurer un drama, comme la série Dasepo Naughty Girls passée du petit au grand écran, sur un thème vaguement similaire. S’il est sans conteste plus réussi que cet affligeant prédécesseur, Who Slept With Her ? ne peut malgré tout guère prétendre passer à la postérité de l’humour cinématographique, parfaite illustration du produit calibré et commercial qui n’a finalement pas vocation de laisser de traces. Si l’on préfère, aussitôt vu, aussitôt oublié.

Michel Boléchala, le 3 décembre 2007


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