Hubert Fiorentini, flic aux méthodes expéditives en vacances forcées après une énième bavure, apprend que sa bien-aimée femme japonaise disparue vingt ans plus tôt vient de mourir en lui laissant un héritage. Son voyage au pays du soleil levant va s’avérer très mouvementé en raison d’une jeune femme au caractère incontrôlable… qui se trouve être sa propre fille.
Que le metteur en scène des Taxi change un peu de registre , on ne pouvait que s’en féliciter. Mais on reste ici dans la production Luc Besson de série : humour, action, cocktail qui a fait ses preuves et ratisse large, se voulant l’héritier de ce cinoche du samedi soir qui a fait les beaux jours de nos salles obscures. Sauf qu’à vouloir trop mélanger les genres, le producteur et son pote réalisateur perdent le fil d’une histoire qui tenait sur déjà pas grand chose. Car la partie émotion, à savoir les retrouvailles de Jean Réno avec sa progéniture, sont noyées dans un océan de poncifs et de déjà vu, entre deux gunfights où le français dégomme tout bridé qui se pointe et des images dignes du meilleur guide touristique, entre autre une jolie publicité pour le shinkansen ((TGV nippon)) en gare de Kyōto. L’apport comique de Michel Muller et sa tronche en papier mâché apporte un peu d’air frelaté ; ses mimiques sont attendues, voire téléphonées, mais fonctionnent malgré tout. Climax du film, la dégustation de la fameuse wasabi, moutarde plutôt relevée que Muller se fera un plaisir d’ingurgiter goulûment à ses risques et périls. On comprendra aisément à la vision de ce film pourquoi Hirosue Ryōko n’a pas eu vraiment la possibilité de faire carrière en France. Outre son français approximatif récité entièrement en phonétique, le rôle de Yoshimido Yumi dépasse toute caricature possible de la gyaru citadine fashion-victim ombrageuse et vite insupportable. Actrice pourtant talentueuse, elle assure ce qu’elle peut pour donner corps à ce pantin hystérique, mais rien n’y fait. Nul doute que Besson espérait beaucoup dans cette association entre une idol locale et un acteur très populaire en Asie, il aurait fallu un support un peu plus conséquent et moins mollasson pour espérer capitaliser sur ce duo bancal. Hélas, le film a fait un flop monumental tant en France où le nom de Hirosue n’évoque rien, qu’en Asie où cette caricature de polar/comédie a eu du mal à séduire quiconque de sensé.
Reste que contrairement aux Taxi, on ne ressent paradoxalement pas trop ici cet esprit cocardier ridicule vis à vis des étrangers, bien que Fiorentini soit présenté comme un super-héros, romantique qui plus est sous sa carapace de brute, habituel minimum syndical pour Jean Réno. Dommage que le film n’ait pas voulu exploiter en profondeur le choc culturel en dépassant les sempiternels clichés du Japon, terre de contraste. On aurait alors pu se régaler d’une comédie subtile et enlevée aux protagonistes humains et crédibles, éventuellement matinée d’action. Ne rêvons pas. Cela ne rentrait sans doute pas dans la cible visée par monsieur Besson. Mais c’est bien dommage.
- Fox Pathé Europa (2001)
- Avec Hirosue Ryōko, Jean Réno, Michel Muller, Carole Bouquet.
