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Village Of Eight Gravestones | Nomura Yoshitarō



Dans un village reculé, une série de meurtres est perpétrée sur les membres d’une même famille. Le détective Kindaichi Kōsuke devra démêler les fils d’une enquête complexe dans un climat délétère où les croyances populaires renforcent la difficulté de l’entreprise. Une étrange malédiction semble en effet perdurer depuis le lointain massacre d’une compagnie de samouraïs dans la région.

Seishi Yokomizo [1] où l’un des pères du policier à la manière nippone. Son œuvre regorge de pépites dont seulement trois ont été traduites en français [2], autant de récits à énigme prenant pour cadre un Japon rural propice aux superstitions et autres croyances populaires, ou tout au moins fortement ancré dans la tradition. Village Of Eight Gravestones ne déroge pas à la règle, confrontant un jeune citadin aux agissements mystérieux d’un assassin qui utilise à merveille le folklore et les légendes locales pour habiller ses crimes.

Le réalisateur Nomura Yoshitarō, grand artisan de la caméra [3], nous offre ici une version très fidèle à son modèle littéraire [4]. Le caractère feuilletonesque du matériau originel [5] est déjà respecté, permettant de réserver au spectateur les multiples rebondissements bien dans la veine des meilleurs whodunit [6]. Malgré une longueur inusitée à l’époque [7], difficile de s’ennuyer ; transposant l’action dans les années soixante-dix, le scénario multiplie en effet les séquences choc à grand renfort d’hémoglobine au fur et à mesure que l’enquête progresse, dans une ambiance lorgnant ouvertement vers le fantastique et le macabre. Un tel déballage sanglant peut sans doute prêter à sourire aujourd’hui dans son excès, mais l’irruption du gore dynamise finalement l’intrigue sans pour autant trahir l’esprit du roman. La description des mœurs villageoises, où les petits secrets de chacun cohabitent avec les tabous ancestraux, apporte l’épaisseur nécessaire à l’histoire, tandis que la présence du détective fétiche de l’auteur, le débonnaire mais extrêmement retors Kindaichi Kōsuke, sera un gage de perspicacité et de logique, autant de qualités enveloppées de cocasserie et d’humilité dans la grande tradition du toujours populaire limier. C’est Atsumi Kiyoshi qui lui prête ses traits, celui-là même qui campa le vagabond de l’increvable série des Tora-san [8]. Son physique passe-partout convient idéalement au rôle, ce sont plutôt les personnages secondaires qui sont affublés de tronches incroyables, bien dans la veine de celles décrites dans le bouquin.

Divertissement qui fut un authentique triomphe commercial en son temps, le film pérennisa la vogue des long-métrages inspirés des grand classiques de l’écrivain Yokomizo [9]. Nouvelle preuve de l’éclectisme de son metteur en scène, Village Of Eight Gravestones a quand même pris une incontestable patine, ne serait-ce que par un traitement visuel sans grand relief ; il demeure pourtant, plus de trente ans après, un excellent moment de pur cinoche populaire, excessif et ludique, dont le score musical [10] accompagne à merveille le crescendo d’horreur à l’écran.

Peut-être la meilleure façon de découvrir en images l’univers foisonnant de Yokomizo Seichi.

Michel Boléchala, le 3 novembre 2009


Le roman originel de Yokomizo Seishi paru en français sous le titre Le Village Aux Huit Tombes est publié par les éditions Philippe Picquier. Cette version cinématographique était la deuxième après celle réalisée en 1951 par Matsuda Sadatsugu. Ichikawa Kon, grand spécialiste de l’adaptation littéraire en général et des aventures de Kindaishi Kōsuke en particulier, proposera ensuite la sienne en 1996, avec Toyokawa Etsushi dans le rôle principal. Inutile de préciser que la télévision s’était entre-temps emparé du sujet.

Notes

[1] 1902-1981

[2] outre Le Village Aux Huit Tombes sont parus La Hache, Le Koto Et Le Chrysanthème ainsi que La Ritournelle Du Démon

[3] sa filmographie pléthorique reste encore à découvrir, mais ses adaptations d’un autre grand du roman policier, Matsumoto Seichō, font référence : Le Château De Sable en 1974 et Le Démon en 1978

[4] Nomura collabore cette fois avec Hashimoto Shinobu, un scénariste ayant œuvré pour Kurosawa Akira sur Rashōmon et Les Sept Samouraïs

[5] dont la parution s’étalera de mars 1949 à mars 1951 dans le Weekly Shōnen Magazine

[6] sous-genre le plus répandu de la littérature policière, littéralement : qui l’a fait ?

[7] le film dépasse les 2H30

[8] quarante-huit films entre 1969 et 1995, pour un succès purement local, seul le décès de l’acteur en 1996 mettant un terme à la chose

[9] un phénomène parfaitement calculé, initié en 1976 par les éditions Kadokawa qui souhaitaient rééditer les romans de leur auteur fétiche

[10] signé Akutagawa Yasushi

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