I’m losing you / Like sunset time / Les héliotropes / Comme pour couvrir ton visage / In front of Carrot Tower / Même si je t’attends, tu n’arrives pas -Hinoiri no teema-
Ces vers qui mêlent anglais, japonais moderne et langue classique composent une sorte de tanka moderne situé à Sangenjaya, quartier équidistant de Shibuya et Shimo-kitazawa. C’est seulement un exemple de l’originalité des Veltpunch de Tokyo. Parmi leurs influences on peut citer le songwriting postmoderne de J. Mascis et Lou Barlow, l’indie pop britannique des années 90 (Teenage Fanclub par exemple), le mouvement grunge, la provocation lyrique des Pixies, la scène emo et post-hardcore ; sans oublier la tradition locale de Number Girl et Supercar.
Naganuma Hidenori (voix et guitare), 30 ans, un air d’intellectuel alternatif, guide le groupe, secondé par Nakajima Aiko à la voix et à la basse (comme D’Arcy et Kim Gordon, souligne Naganuma) et Endō Taisuke à la batterie. Les Veltpunch poursuivent méthodiquement leurs expérimentations hybrides : entre différents timbres vocaux, masculin et féminin, entre langues, japonais et anglais[1], ou encore entre styles, alliant pop-rock douceâtre, rock alternatif autodestructif à la Nirvana, emo, ballades avec violons et feedback, hurlements de Endō et strophes angéliques de Nakajima…. Tout ça sans jamais perdre l‘équilibre, sans jamais tomber dans la violence ou la banalité. Ce qui nous permet de les ranger, tous comptes faits, dans la catégorie pop. Car leur attitude est merveilleusement pop et légère même lorsqu’ils chantent que« même aujourd’hui le ciel de Tokyo est sans émotion » (Rūmu) ou quand ils se laissent aller à un dadaïsme verbal cryptique à la Frank Black : « I don’t wanna be free as a killer and a candy girl ».
Naganuma, auteur de 90 % des chansons, aime expérimenter le verbe, se fout complètement de la prosodie traditionnelle et joue avec les allitérations. Mais, en même temps, il est capable d’un lyrisme fulminant : « Combien d’années as-tu passé en vain / Sans trouver une façon originale de t’exprimer ? » (Killer Smile). La discographie essentielle des Veltpunch se compose de trois LP. Leur début de 2000, When We Drive, est vite oublié après sa publication. Après une longue pause (Endō entre dans le groupe en 2003), ils reviennent fin 2004 avec Question no. 13, un chef-d’œuvre absolu. Quant à A Huge Mistake(2005), tout en étant un grand album, est moins accessible et parfois un peu décevant.
Les Veltpunch sont diversement impliqués dans la scène noise-pop japonaise : à Sangenjaya ils ont organisé l’événement Noise For The Underground. Aiko fait également partie des My Plastic Jon Benet Doll, tandis que Endō joue la batterie dans les Six o’Minus. Le groupe est en bons rapports avec Tabuchi Hisako (Bloodthirsty Butchers, ex-Number Girl), qui a tourné avec eux en 2005 avec son nouveau projet Toddle. Naganuma a aussi joué la guitare dans les Sloth Love Chunks, groupe d’un autre ex-Number Girl, Nakao Kentarō. À remarquer qu’au début de leur carrière en 1997, quand ils s’appelaient encore HyperBeam, Naganuma & Aiko étaient un groupe de reprises de The Smashing Pumpkins. En 2000 ils ont participé aussi au festival SXSW de Austin.
Les Veltpunch sont l’un des groupes musicalement les plus ambitieux de la scène indie japonaise. A cette ambition ne correspond pas aujourd’hui une égale célébrité. Oui, les Veltpunch sont de parfaits inconnus en dehors du circuit des live-houses de Sanja et Shimo-kita où je les ai découverts, en tant que groupe conseillé par le célèbre High Line Records. Peut-être sont-ils des représentants typiques des groupes qui font crier au miracle les critiques et laisser indifférents tous les autres. Et pourtant… Pleins d’idées, terriblement émouvants, lyriquement stimulants : les Veltpunch mériteraient une chance à l’étranger.
- ce dernier souvent employé avec des intentions ironiques et référentielles, comme dans le vers mémorable « Tell me why his name is not Jonas » [↩]
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