Après son éviction d’un des hebdomadaires d’information les plus reputés du pays, Citizen Journal, Kyōko (Nakama Yukie) se voit obligée de travailler dans un tabloïd[1] : Untouchable. Imaginez Tintin rentrer à la rédaction de Closer.
La journaliste un peu coincée habituée à être auréole du prestige de son précédent poste perd ses repères et doit composer avec les impératifs bien plus commerciaux d’une revue de troisième ordre, mais également avec sa ligne éditoriale souvent méprisée pour son sens des priorités racoleur, loin de ses idéaux et de l’image d’épinal du grand journaliste d’investigation qu’elle a en tête, ce redresseur de torts moralement irréprochable et dévoué entièrement à sa mission de vérité. Adieu intégrité intellectuelle, bonjour playmates bustées en Une.
Si le concept de départ est louable il est cependant exploité très grossièrement. Nous sommes loin des ambitions trashy de Dirt [2] ou du comique de situation d’Une Fille à Scandale [3] puisque Untouchable pêche la ou les drama en on l’habitude, affichant un premier degré affligeant de bétise. Comme bien souvent rien n’est crédible et l’intrigue de fond, à laquelle les enquêtes des 9 épisodes ménent de manière systématique, autre grand classique des scénaristes nippons, est vite noyée dans d’échevelées théories conspirationnistes mélant milieux d’affaire, secte, mass-media et arrivisme.
Là où la vague post-Sopranos cherche le naturalisme crasseux à tout prix la télévision japonaise axe ses productions les plus sérieuses sur le sensationnalisme, enchaînant les situations les plus improbables a la manière des fameux page turners, ces best-sellers littéraire à l’anglo-saxonne : conspiration, meurtres, explosions, suicides suspects, corruption, prise d’otages, suspense, tout y est. L’intérêt d’Untouchable ne réside pas donc dans sa qualité en tant que fiction, on s’en serait doutés, mais en tant que mirroir légèrement déformant voire aseptisé de la société moderne. Mais pour cela il faut s’attacher aux petits détails plus qu’aux synopsis taillés à la hache… Pour peu que l’on fasse cet effort on pourra sans doute apprécier d’observer habitudes et folklore journalistiques nippons et suivre avec un plaisir coupable les aventures de Tintin chez les parano, le marin ivrogne et le chien en moins.
- Le type de magazine dans lequel elle travaille n’a en fait pas d’équivalent réel en France, puisque qu’à cheval entre presse à scandale racoleuse et presse d’investigation aux opinions bien plus marquées que dans la très consensuelle et soporifique presse quotidienne [↩]
- FX, 2007-2008. Série étasunienne passée plutôt inaperçue en France et qui, malgré l’important investissement de Courtney Cox dans le projet, fut annulée au bout de 2 saisons [↩]
- NBC, 1995-1998. [↩]
- アンタッチャブル
- Japon 2009.
- Avec Nakama Yukie, Kaname Jun, Satō Tomohito, Ashina Sei.
