Une anthologie d’histoires autour de la femme, différentes approches où la réalité est mise à mal. Future épouse, sœur ou mère, victime, complice ou coupable, chacune dévoilera un visage différent. Quel qu’il soit, la peur sera toujours au rendez-vous.
Spécialité asiatique bien établie, le film omnibus est une bonne façon d’approcher un sujet sous différents angles, particulièrement pour le cinéma fantastique qui peut puiser dans une culture riche en légendes et autres contes populaires. Unholy Women ((le titre international signifiant “femmes profanes” ou “femmes impies”, est assez impropre, Kowai Onna voulant plutôt dire “femmes effrayantes”)) représente un parfait exemple de cette modularité. La thématique centrale est ici développée en trois parties n’ayant aucun lien direct entre elles, et pour tout dire d’une qualité très inégale.
Kata Kata, le premier chapitre, est une énième variation sur les malédictions liées à un drame passé. Habitué des petits budgets[1], Amemiya Keita ne parvient jamais à insuffler la moindre surprise à une intrigue recyclant inlassablement les clichés de l’horreur urbaine nippone instaurés voilà une décennie par des œuvres comme Ring, Dark Water ou la saga Ju-On. Au petit jeu des comparaisons, Kata Kata n’offre donc aucun intérêt, en dehors d’une intéressante pirouette narrative finale qui aurait mérité meilleur préambule. Quant à la méchante Gorgone en robe rouge, plus ridicule que terrifiante, on peut lui préférer les apparitions éthérées des longs métrages de Kurosawa Kiyoshi.
Dans Hagane, titre de la deuxième partie, un jeune garagiste devient à ses dépens l’amant d’une créature dont le haut du corps est caché dans un gros sac en toile de jute, tandis qu’elle exhibe en permanence ses gambettes dans une seyante minijupe. Une situation dont l’initiative et la cruelle conclusion en reviennent au patron du garçon renfermé, également grand frère de la supposée fille.
Le réalisateur Suzuki Takuji se démarque d’entrée vis à vis de son prédécesseur, contournant toutes les facilités du genre horrifique pour en proposer une lecture toute personnelle ; il situe son sujet hors des grandes cités anxiogènes, dans un coin de campagne un peu paumé, délaisse l’habituelle terreur née de l’obscurité pour une mise en scène diurne. Le manque de moyens est plus que jamais visible, mais cette fois au service d’un traitement aussi original que le matériau scénaristique. En dépassant la seule volonté de faire peur, Haganedevient une sorte de fable aussi étrange que séduisante. L’absence de tout rythme ou d’effet accrocheur renforce le paradoxe entre la banalité initiale du décor et l’incongruité du postulat, pour une fantaisie ouvertement grotesque tournant le dos à toute bienséance.
EroGuro ((genre de littérature née au Japon dans les années vingt sous la houlette du romancier Edogawa Rampo, mélangeant l’érotisme à des éléments horribles, grotesques ou macabres. Un mouvement également associé au surréalisme)) parfait, Hagane abonde en séquences fétichistes bien plus qu’en moments purement gore ; relation passablement perturbante bénie par Eros et Thanatos : fais-moi mal ! Du portrait de cette croqueuse d’hommes (au sens littéral), improbable monstruosité tentatrice finissant toujours par arriver à ses fins, on serait d’ailleurs bien en peine d’en séparer l’aspect malsain du côté bon enfant, tant la narration semble détachée de son sujet. Le meilleur segment de cette trilogie permet aussi à Tagawa Teruyuki[2] de s’offrir une composition réjouissante face à une partenaire dont l’identité restera aussi mystérieuse que celle de son personnage.
Difficile après ça de renouer avec un style plus en conformité avec les codes du genre : Uketsugu Mono signé Toyoshima Keisuke[3] sous la houlette de Shimizu Takashi est une classique histoire de possession, même si l’actrice principale Meguro Maki n’a pas vraiment le même pouvoir effrayant que Jack Nicholson dans Shining ! Plutôt bien filmé, jamais inintéressant, mais trop marqué par les tics filmiques et l’inspiration de son encombrant mentor, Uketsugu Mono ne parvient jamais à atteindre le climax tant recherché. Le petit garçon présente peut-être trop de ressemblance avec son homologue de The Grudge !
On aura compris que Unholy Women renouvelle la donne seulement grâce à son deuxième tiers, le reste se cantonnant dans une routine toute pépère oscillant du bien au franchement médiocre.
- on lui doit déjà dans le même registre Yakusoku, sketche de l’intéressante anthologie Tales of Terror/Kaidan Shin Mimibukuro : Gekijō-ban sortie en 2004 [↩]
- vu dans Unfair et de nombreux rôles sur grand écran dont Tokyo Sonata est le plus fameux [↩]
- autre réalisateur pour Tales of Terror/Kaidan Shin Mimibukuro : Gekijō-ban : le segment Shisen [↩]
- コワイ女
- Japon 2006.
- Avec Nakagoshi Noriko, Kobayashi Yūko et Suzuki Riko.
- www.kowai-onna.jp
