Unfair
Unfair © Fuji TV

Yukihara Natsumi est une détective hors-norme au sein de la police criminelle de Tokyo. Malgré de spectaculaires résultats, ses méthodes radicales et son attitude rebelle la mettent en porte à faux vis à vis de sa hiérarchie. Elle avait ainsi dû abattre il y a cinq ans un garçon preneur d’otages encore mineur. Ce fait divers étalé à la une des médias, outre une célébrité sulfureuse, devait être à la source de son divorce et du mutisme soudain de sa fille Mio. Une série de meurtres liés à un romancier à succès va replacer Yukihara sous les feux de l’actualité… et réactiver de vieilles blessures.

Le policier a toujours eu les faveurs du grand comme du petit écran, au japon comme ailleurs. Unfair remet donc au goût du jour les keiji drama  (série policière), en les dépoussiérant quelque peu, façon de dynamiser les éternelles enquêtes de personnages agissant aux frontières de la légalité. Adaptation de l’oeuvre littéraire signée Hata Takehiko, les onze épisodes de cette série de fin de soirée[1] dévoilent le parcours d’une justicière aux allures de Dirty Harry en jupon, aussi ombrageuse qu’expéditive, devant se coltiner, en plus de sa pratique professionnelle et son lot d’homicides à répétition, les mises en garde de ses supérieurs et la gestion d’insolubles problèmes familiaux. Si la première partie n’est pas d’une folle originalité, recyclant le concept des meurtres reliés à un roman les décrivant voire les annonçant par le détail, elle reste consommable grâce à une mise en scène soignée et un humour gentil s’insinuant entre deux passages sombres, habile mélange de tension soutenue et de moments intimistes nous familiarisant avec les protagonistes principaux.

Unfair © Fuji TVAinsi Ando, novice doué mais impénitent gaffeur, amoureux de sa coéquipière, tandis que Kaoru, flic de la section scientifique, rêve de terrain et d’action, parfait geek un brin rasoir mais néanmoinssympathique. Ce qui va donner tout son sel à la suite, c’est l’évolution voulue par les scénaristes : une intrigue en trois grands chapitres séparés mais parfaitement imbriqués. Une fois le premier assassin démasqué, l’histoire va bifurquer avec le rapt de la propre fille de Yukihara. Celle-ci, de plus en plus sur la sellette et en première ligne, victime et enquêtrice, n’est plus libre de ses mouvements, prise qui plus est dans un canevas conjugal délétère. En quelques retournements bien amenés, on est passé d’une flingueuse sexy à une femme de chair et de sang ne gérant plus grand chose, créature blessée qui personnifie la question récurrente du générique « Qu’est-ce qui est injuste ? ». Elle se confie bien plus à son jeune équipier, un Ando dont la propre transformation est certainement la plus intéressante entre toutes. L’humour a disparu, en dehors de quelques inénarrables sorties de Kaoru, la tonalité est ouvertement dramatique, le suspens montant crescendo jusqu’aux ultimes révélations avec une redoutable efficacité. Le jeu de piste des débuts est devenu jeu de dupes, chacun démentant ce qu’il semblait représenter, la trahison pour corollaire de la perte de confiance généralisée. Rôles définitivement brouillés au sein d’une police pour qui sauver les apparences est une priorité, la justice un pis-aller, un corps de métier où chacun lorgne sur la promotion de son voisin. C’est ce climat crépusculaire qui baigne les épisodes cinq à onze, captivants au possible, l’adrénaline ne retombant qu’aux tout derniers instants, pour un happy enden demi-teinte. On reste dans le drama, mais celui du haut de gamme, constatation facilitée par une distribution quatre étoiles. Shinohara Ryoko n’a ainsi aucune difficulté à se glisser dans le costume cintré de Yukihara Natsumi. Là où les premières scènes dévoilent furtivement son physique sans défaut, capitalisant sur son exubérante sensualité, ce sont surtout ses qualités de comédienne qui sont ensuite mises en avant.

Ses partenaires masculins assurent sans problème ; de Terajima Susumu, élégant patron de la crim’ locale, toujours plein d’une force rentrée ne demandant qu’à s’exprimer, ou Kagawa Teruyuki, superbe acteur qui campe ici un journaliste teigneux ex-mari de Yukihara. Mukaichi Mion, la fillette mutique, n’a heureusement rien des gamines tête à claques qui pullulent sur le petit écran, et cela fait franchement du bien ! Mais le plus surprenant reste Katô Masaya, beau gosse patenté de la télé et du cinéma nippons[2] qui se voit offrir un parfait contre-emploi de doux allumé quelque peu envahissant et très attachant. Le reste du casting est à l’avenant, point fort de ce dramaplaçant toujours l’aspect humain avant les multiples péripéties qui le nourrissent ; et chacun le sait, si ce genre de production ne se base pas sur des personnages forts, même les plus énormes rebondissements n’y feront rien. Unfair marie quant à lui parfaitement action et psychologie, authentique feuilleton au sens le plus noble du terme, un remuant spectacle quelque peu essoufflant mais d’autant plus prenant. Bref, une réussite, qui aura rapidement droit à une transposition sur grand écran : Unfair The Movie.


  1. diffusion après vingt-deux heures []
  2. Katō Masaya campait un inoubliable Shirase dans Aniki Mon Frère []
25 novembre 2007 Aucun commentaire
Leave a comment

  • アンフェア
  • Japon 2006.
  • Avec Shinohara Ryōko, Eita, Katō Masaya, Terajima Susumu, Kagawa Teruyuki, Kimura Tae.