Un Soir Après la Guerre
Un Soir Après la Guerre © JBA Production

Savannah, soldat démobilisé et marqué par quatre années passées dans la jungle, revient à Phnom Penh où la plupart des habitants survivent du mieux qu’ils le peuvent. Il y rencontre Srey Pœuv, une fille de bar. Une idylle s’ébauche entre les deux jeunes gens, mais l’amour est-il encore possible dans un pays ruiné, en proie aux fantômes d’un passé douloureux ?

Première véritable fiction dans la filmographie de Rithy Panh dont les œuvres feront bientôt le tour du monde, Un Soir Après la Guerre est déjà une performance technique et humaine dans un pays se relevant alors tout juste de longues années de conflit, et ne possédant aucune structure cinématographique digne de ce nom. Dans un tel contexte de dénuement, la beauté formelle du projet n’en devient que plus remarquable. Dès l’ouverture, générique où l’œil survole une voie ferrée, la tonalité est donnée : un train de fortune ramène à la capitale des cohortes de rescapés. L’impression de mélancolie qui prévaut là sera confirmée par tout ce qui va suivre.

Romance autant que polar social, le film reste avant tout une réflexion sur la guerre et ses ravages au sein d’une société cambodgienne qui a tout à réapprendre pour pouvoir espérer entrevoir un hypothétique salut. D’où la manière souvent très documentaire de filmer son histoire pour une véritable immersion dans la vie quotidienne du pays. Rues aux immeubles délabrés de la capitale, petits métiers, rites ancestraux, combats de boxe : si la visite n’a rien d’un itinéraire touristique, le spectateur aura pourtant l’impression diffuse de pénétrer dans la vie réelle avec son cortège de couleurs, de bruits, presque d’odeurs. Amoureux de sa terre natale, Rithy Panh la montre comme personne et n’a de cesse d’en vanter la beauté intrinsèque sans jamais perdre de vue sa narration : les blessures et les plaies visibles un peu partout dans le décor sont aussi celles des protagonistes. Une volonté d’authenticité véhiculée par les deux comédiens principaux, acteurs du cru possédant une sorte de grâce naturelle loin des codes habituellement en vigueur ; il n’y a qu’à voir la douceur de la voix (typique du phrasé khmer) du héros masculin, en parfaite adéquation avec la souplesse et l’élégance de ses mouvements.

Un Soir Après La Guerre © JBA Production.Quant à l’injustice et la corruption, avec leur corollaire de pauvreté qui crève les yeux[1], elles participent directement de l’intrigue, l’amour impossible devenant une tragédie de la fatalité, loin de toute mièvrerie, que nous contera à posteriori Srey Pœuv, seule face à la caméra, se demandant finalement comment vivre la paix dans ces conditions. Un leitmotiv récurrent, un questionnement sans fin, bien que sa propre expérience soit porteuse d’espoir pour les quelques instants d’un bonheur éphémère. Fin de l’histoire, tandis que s’égrènent les notes mélancoliques d’une chanson populaire.

On parlait il y a bien longtemps du cinéma vérité, un terme quelque peu oublié à notre époque du triste règne de la télé-réalité. Avec grande maîtrise et fluidité dans la mise en scène, Rithy Panh renoue d’une certaine façon avec ce courant artistique, introduisant adroitement force éléments du réel dans un scénario classique. Le résultat à l’écran conserve une force émotionnelle contagieuse et des accents de vérité et de sincérité qui laisseront loin derrière, pour ne citer qu’elles, les tentatives sirupeuses des produits archi-calibrés de la concurrence hongkongaise ou coréenne.


  1. sorti en 1998, le film reste à ce sujet d’une actualité dont le Cambodge se serait bien passé []
14 juin 2010 Aucun commentaire
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  • Cambodge 1998.
  • JBA Production (2008).
  • Avec Chan Chea Lyda, Roeun Narith, Ratha Keo.