UJINO + contact GONZO
The Rotators - DR

Ujino Muneteru est un artiste, sculpteur, performeur et musicien né en 1964 à Tokyo. Le projet qu’il mène depuis 2004 à travers ses « Rotators » lui ont permis d’exposer en Europe, en Australie et au Japon.

Les « Rotators » sont des structures (entre sculptures gigantesques et instruments de musique), crées à partir d’objets récupérés, issus de la vie quotidienne (sèche-cheveux, aspirateurs, voitures, bouteilles de Coca-Cola, platines, disques). Tous les éléments sont assemblés et reliés ensemble à une espèce de table de mixage qui permet d’enclencher la marche de chaque objet électrique et d’en émettre un son. On pense tout naturellement à Duchamp, Calder, Tinguely mais aussi à Sid Vicious, Kraftwerk ou au son hardcore des français Heretik.

Certaines structures étaient récemment exposées au Mori Museum à Tokyo, lors de l’exposition Roppongi Crossing : Can there be art ?présentant une sélection d’artistes plus ou moins établis (Dumb Type, Morimura Yasumasa, chim↑pom…) de la scène contemporaine japonaise. Lors de la Roppongi Art Night, en avril dernier (projet mené par la ville de Tokyo, largement influencé de notre chère Nuit Blanche parisienne), Ujino était présent lors d’une performance unique, en collaboration avec le collectif contact GONZO (performeurs, danseurs, cascadeurs… et limite catcheurs). Les structures d’Ujino fonctionnaient alors sous les mains de leur créateur, transformé en DJ dégenté, totalement transporté par les rythmes diaboliques, dignes des plus fameux teckos nationaux de l’époque… Le collectif contact GONZO est alors apparu et a improvisé une forme de free fight à base de concours de claques bien réelles mais le tout pourtant bien orchestré et chorégraphié. Collaboration réussie puisque Ujino a lâché ses platines pour prendre part au jeu sauvage du fight de claques…

Regards totalement hallucinés et apeurés des spectateurs dans l’enceinte d’un des plus grands musées d’art contemporain de Tokyo. Dans l’ambiance générale, montée d’adrénaline palpable et l’angoisse de se prendre un des performeurs dans la tête… Hypnotisé et finalement sadiquement ravi de voir un artiste « se faire marave » en direct, le public a largement applaudi la performance, souhaitant silencieusement pouvoir participer à ce combat absurde mais si défoulatoire.

Le Mori Museum qui s’attachait à réfléchir sur l’avenir de l’art contemporain est parvenu à présenter de nouvelles expressions, issues de la rue, issues de nos angoisses ou faisant appel à nos plus bas instincts. Positionnement original et risqué qu’il nous faut souligner car, parmi le nombre incalculable d’œuvres au format ou à l’expression retenue, le choc était appréciable. À la fin de l’exposition, les visiteurs ont pu voter pour leur œuvre favorite, choix malheureusement sans surprise puisque le public japonais a honoré le travail de Teruya Yuken, plus délicat et plus compréhensible, directement influencé des traditions esthétiques nippones (découpage de sacs en papier avec minutie et précision…).

Et oui, le public n’est pas encore prêt à se prendre des claques ni à accepter que des artistes puissent mettre en avant un malaise social ou une certaine violence étouffée, qui sont aussi présents au Japon ! L’underground s’exprime… enfin.

Une très bonne vidéo d’une récente performance au Mori Museum :

Site de Ujino : the-rotators.com
Blog de Contact GONZO : contactgonzo.blogspot.com

 

15 juillet 2010 Aucun commentaire
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