Tsunku♂
Les idoles, les groupes de rock, de rap etc. c’est bien gentil mais derrière eux, il y a toujours quelqu’un dans l’ombre qui tire les ficelles et au passage ramasse encore plus d’argent que ceux qui sont sur la scène à se crever. On appelle ça un producteur. Tsunku peut s’enorgueillir d’être le plus célèbre au Japon depuis 1999, ravissant la place à Komuro Tetsuya, et gagnant des centaine de millions de yens par an même si son bateau prend l’eau depuis quelques temps.
Tsunku, Terada Mitsuo de son vrai nom, est né le 29 octobre 1968. On entend parler de lui pour la première fois au sein du groupe Sharam Q dont il était le leader et le chanteur principal. Le groupe se composait de lui (chant), Taise (claviers) Hatake (guitare) et Makoto (batterie). Le nom Sharam Q ne veut pas dire grand-chose car c’est la réunion de trois groupes amateurs. Ran, dont Tsunku, Taisei et Shu faisaient partie, Shatters, composé aussi de Shu et de Makoto, et enfin de QP, avec Hatake. En prenant un petit bout de chaque nom, et de chaque membre, cela donnera naissance à Sharam Q. Très tôt, Shu quittera le groupe suite à un scandale privé.
Difficile de mettre une étiquette musicale sur Sharam Q. Mélange de pop-rock-variété assez déglinguée, le tout avec des membres utilisant des fringues complètement… folles !
Hatake et son grand chapeau blanc de mémère, probablement piqué à Michel Serrault dans La Cage Aux Folles, posé sur ses longs cheveux blonds décolorés et le reste du corps emmitouflé dans un long manteau blanc à col de fourrure d’hermine, était un monument de ridicule !
Tsunku produisit toutes les chansons de Sharam Q, composa les musiques et écrivit les paroles à quelques exceptions près (Taise et Hatake aidèrent parfois). Parmi les plus réussies, on peut noter Single Bed, Sonna Mon Darō ou Nice Boy. Le groupe marcha relativement bien durant toute la seconde moitié des années 90, avec un pic de popularité en 1996, puis se sépara pour se reformer en 2000 sous l’impulsion d’un Tsunku devenu entre temps le roi du pétrole comme on le verra ensuite. Leurs chansons furent dans l’ensemble efficaces et énergiques. Tsunku chante plutôt bien ; pareil pour la danse, on ne peut pas lui retirer ça même si c’est désormais du passé et que, l’âge et l’empattement aidant, il ne se donne quasiment plus en spectacle. Il fait désormais plus penser à un businessman, ce qu’il est finalement, qu’à un musicien reconverti avec succès dans la production. Il n’est pas rare de le voir donner une interview pour un magazine économique nippon.
Devenir producteur pour Tsunku est une idée venue totalement du hasard. Rien ne le prédisposait à cela. En 1997, on proposa à Sharam Q, dans le cadre de l’émission-casting Asayan, très célèbre au Japon et qui sortit du ruisseau tant d’artistes depuis des années, de produire quelques unes des figurantes [1]. Tsunku hérita de cinq gamines, qui formèrent le noyau de base des Morning Musume avec le succès qu’on sait, le guitariste Hatake s’occupa d’une dénommée Heike Michiyo, elle aussi provenant d’Asayan, mais avec beaucoup moins de chance. Tsunku la repêchera par la suite pour l’inclure dans son écurie mais sans plus d’avenir pour elle.
L’indice d’écoute ayant été particulièrement bon lors de ce premier Asayan en compagnie de Tsunku et de son équipe qu’un second eut lieu très rapidement. Cette fois-ci, ce fut le quatuor Taiyo To Ciscomoon qui fut crée, qui deviendra par la suite T&C Bomber mais avec un succès bien moindre que les Morning Musume. Probablement dû au fait que les T&C Bomber étaient de jeunes femmes, et non des gamines…
Les Morning Musume seront le plus gros succès de Tsunku. D’ailleurs, quand on pense à Tsunku désormais, on voit arriver un troupeau de dindes à ses côtés. Alors que le groupe décollait péniblement depuis deux ans, tout en restant rentable et avec de la variété de qualité, le single Love Machine sorti fin 99 allait devenir le détonateur de la bombe Musume. Le disque fut l’une des plus grosses ventes de l’année, bien que sorti en septembre, et le début de l’ère du Hello ! Project, écurie crée dans la foulée par Tsunku qui n’en revenait sans doute pas lui-même devant tant de succès et surtout d’argent engrangé si facilement. Produire rapportait définitivement plus que de se donner en spectacle et la fatigue en moins. Il n’y avait pas à hésiter pour lui et il s’y engagea totalement. Les anciens fans de Sharam Q ne lui ont toujours pas pardonné ce recyclage total dans l’élevage de volailles en gros… Véritable usine à idoles, le H ! P (non, pas « hôpital psychiatrique »…) est devenu le passage obligé de toute bonne japonaise adolescente voulant devenir une star du jour au lendemain. Avec un casting à l’échelle nationale tous les ans, ce sont des milliers de candidates qui sont passées au crible pour pouvoir intégrer l’un des groupes du H ! P. Comme pour Sharam Q, Tsunku contrôle tout pour ses idoles. Il écrit toutes les chansons, paroles et musiques, et les produit. Les arrangements sont laissés à des comparses, histoire de gagner du temps. Il a également des droits de regard sur leurs fringues et leur attitude. C’est le chef, le grand manitou, le boss, le singe…
Tsunku ne produit pas uniquement les Morning Musume, même si on ne retient que ça puisque c’est son plus gros succès et son gagne-pain à 80%. Parmi les autres artistes qui lui doivent la reconnaissance du public, notons les T&C Bomber, Coconuts Musume, Kiss No Sekai (un quatuor de catcheuses japonaises…), Seven House, Tokio, Melon Kinenbi, EE JUMP puis en solo, Matsuura Aya, Fujimoto Miki, Hamasaki Ayumi (le temps d’un disque) etc. Il lui est arrivé en 2000 de se produire en solo sous son propre nom le temps d’un disque, Touch Me, puis en 2002 avec ses copains, dont Makoto, sous l’appellation de The Tsunku Beat, qui était une sorte de Sharam Q numéro 2...
On remarque que Tsunku nous sort un truc perso à peu près tous les deux ans. Reformation de Sharam Q et solo perso en 2000, la Beat à Tsunku en 2002, des albums solo en 2004 et 2006, où il reprenait ses propres chansons écrites pour d’autres, des reprises, Tsunku n’oublie pas se faire plaisir, en moyenne tous les deux ans, histoire de décompresser un peu et d’oublier la soupe claire qu’il est obligé de produire pour ses idoles.
Notons que Tsunku verse parfois dans la production de films sous son propre label, Tsunku Town, et aussi dans la rédaction de livres, le plus souvent sur les Morning Musume. On peut également le voir en guest star dans quelques émissions, bien souvent en compagnie de ses Morning, ou plus rarement dans des drama. Il présenta en 2004, en compagnie de l’actrice-mannequin-potiche [2] Yūka, l’émission de télé musicale Pop Jam. Tout cela fait de lui un homme extrêmement occupé bien évidemment. Mais les années frénétiques 1999-2000 voire même 2001 ne sont plus là hélas et depuis moins de deux ans, Tsunku est totalement lessivé. Aussi bien en composition qu’en d’idées neuves. Le coup des nouvelles unités, les fameuses « spin-of » formées à partir de chanteuse de son écurie, est désormais usé jusqu’à la corde. Faire du neuf avec du vieux, ça va cinq minutes. Le phénomène Hello ! Project n’est désormais plus porteur et de moins en moins vendeur. Les chansons se ressemblent toutes et Tsunku n’hésite plus à faire des tonnes de reprises par ses gagneuses afin d’en faire le moins possible question boulot, sans parler des « faces B » d’anciens titres remis au goût du jour. Un vrai foutage de tronche ! L’époque où il composait une quarantaine de chansons par an est bien lointaine.
Ses Morning Musume également accusent le coup de dix années d’exploitations intensives et de multiples castings stériles, n’amenant quasiment plus que des bébés sans charisme ni talent et incapables de remplacer les anciens membres trop âgés (23 ans est la limite d’âge dans les Morning Musume…) partis faire du solo avant de sombrer dans l’oubli, celles-là même qui avaient fait la gloire du groupe. De plus, après autant de temps passé, elles ne peuvent plus avoir le même impact auprès du public. C’est l’usure mais Tsunku profite également de la crise musicale mondiale, avec des maisons de disques frileuses, ne signant plus de nouveaux artistes, et ne se contenant plus que d’exploiter jusqu’à la corde les anciens cadors confirmés.
Toute cette pression et ce succès engendrerait-elle de la mégalomanie ? Par rapport à Komuro Tetsuya, Tsunku est un saint de modestie. Pendant sa période faste, Komuro avait déposé son nom sous forme de logo et c’était ses initiales avec une couronne posée dessus. Tsunku fit de même avec le signe biologique ♂ (mâle) en fin de nom. Penserait-il que nous ayons des doutes sur sa virilité ? Il mit fin à ces rumeurs en se mariant en juin 2006 avec Kanako Idemitsu.
Variant pourtant ses activités, effectuant quelques extras à droite et à gauche, dans l’industrie du cinéma japonais ou des jeux vidéos le temps de l’écriture d’une musique, Tsunku se sent probablement prisonnier de toutes ces ravissantes idiotes qui ont pourtant fait sa gloire. Mais quand même... Lui, un fan ultime des Beatles (il reprit voici quelques années la plupart des tubes des Scarabées dans un album de covers), nourri au disco et à la funk et en être réduit à faire de la soupe pour un public pré-pubère voire même enfantin, cela peut parfois porter sur les nerfs.
Article publié dans Coyote #13
, le 16 janvier 2005
Artistes produits par Tsunku depuis 1997
Dans le cadre du Hello ! Project
- Morning Musume
- Tanpopo*
- Petit Moni*
- Mini Moni*
- Nakazawa Yūko
- Heike Michiyo
- Taiyo To Cicscomoon (qui deviendra ensuite T&C Bomber)
- Coconuts Musume
- Kiiro 5 // Aoiro 7 // Akagumi 4*
- Melon Kinenbi
- 3 Nin Matsuri // 7 Nin Matsuri // 10 Nin Matsuri*
- Happy 7 // Sexy 8 // Odoru 11*
- Salt 5 // 7 Air // 11 Water*
- Matsuura Aya
- Fujimoto Miki
- Gotō Maki
- Abe Natsumi
- Kaori Iida
- Sakura Gumi // Otome Gumi*
- W *
- Biyūden*
- Aa !*
- XYZ*
- Berryz Kōbō
- Nochiura Natsumi*
- Romans*
- Gomattō*
Productions extérieures
- Seven House
- TOKIO
- Hamasaki Ayumi (pour un disque)
- Mizuki Arisa
- Kiss No Sekai
- Shino
- EE Jump
- Sonim
- The Tsunku Beat
- Sharam Q
- Lui-même
* unités formées de plusieurs membres des Morning Musume ou autres groupes produits par Tsunku dans le cadre du Hello ! Project et appelées au Japon « shuflle units »
