Tourments Et Merveilles En Pays Khmer | Dane Cuypers
Une introduction originale au Cambodge, entre notes de voyage et considérations toutes personnelles sur un pays qui n’a pas fini de dévoiler ses cruelles contradictions, mais nourrit depuis des lustres l’imaginaire occidental des amoureux de l’Asie.

Dane Cuypers est journaliste plus qu’écrivain, cela ne lui enlève pas un réel talent de plume ; les remarques sur la propre perception de l’auteur vis à vis des paysages, des senteurs, des autochtones, pourront laisser de marbre certains lecteurs, mais force est de reconnaître qu’ils sonnent toujours justes et sans excès d’enthousiasme ou de pathos inutile.
Le tableau qu’elle finit de dresser, s’il est forcément subjectif, parvient à survoler en douceur culture, vie sociale, monde économique et politique, espoirs des jeunes générations ou difficultés à conjurer le passé proche.

Car on ne s’étonnera pas de constater que le souvenir du régime Khmer Rouge reste au cœur de Tourments Et Merveilles. Les chapitres les plus forts y sont consacrés, mais tout le livre est parcouru par le souffle de cette sanglante histoire dont les conséquences dans les comportements d’aujourd’hui se vérifient au quotidien. La rupture d’avril 1975 a été plus que brutale, les profonds changements imposés ont révolutionné (sans jeu de mot) en profondeur les mentalités et pas dans le on sens, on s’en doute. La question des procès des chefs Khmers Rouges occupent une bonne partie de ces pages, mais ce sont les quelques récits des rescapés du génocide qui laissent entrouvrir les portes de l’indicible.
Une bonne part du volume se veut aussi une anthologie littéraire intelligemment distanciée. Des grands récits mythiques [1] évoquant la fascination pour les anciennes provinces indochinoises, jusqu’à des textes beaucoup plus récents, c’est toute une somme de documents complémentaires, parfois contradictoires, que compile Dane Cuypers avec une belle constance.
Une manière d’ancrer le Cambodge dans l’histoire millénaire tout en le replaçant à chaque fois dans le contexte présent. Citons les témoignages de deux grandes figures catholiques qui ont œuvré sans compter au sein de la communauté khmère, François Ponchaud [2], et Bernard Berger [3], aussi amoureux que grands connaisseurs de la région.

L’auteur dresse ensuite quelques portraits d’anonymes croisés au hasard de ses pérégrinations, complétant son choix de privilégier l’individu, l’humain.
D’une écriture jamais prétentieuse, ce petit livre mérite une place quelque part entre un Lonely Planet et les études de portée plus philosophique. La question de la singularité khmère, toujours mise en point d’orgue, jamais expliquée par ses interlocuteurs, ne trouvera pas de réponse concrète dans les chapitres successifs. IL n’y en a sans doute pas, ou si elle existe, elle n’est pas unique, on l’aura compris. Je ne sais si avec sa sincérité bienveillante, voire maternelle, Dane Cuypers donnera envie aux plus curieux de tenter l’aventure extrême-orientale ; beaucoup plus sûrement, elle ravivera les images gravées dans la boîte à souvenirs personnels de ceux qui ont eu la chance de pouvoir effectuer un parcours similaire.

photos Michel Boléchala
, le 20 juin 2009
