The Red Shoes | Kim Yong-Gyun
Difficile de se faire une opinion de prime abord tant The Red Shoes évoque des références à d’autres films asiatiques récents.
Ainsi la parenté avec le film de Nakata Hideo, Dark Water, saute aux yeux : même contexte géographique et familial (une mère divorcée et sa petite fille emménagent dans un grand immeuble délabré), tandis que les flash-back historiques à la Ring II [1] permettent d’éclairer le sujet. Mais la tortueuse dimension psychologique provient d’un autre film made in Korea, le sublime Deux Soeurs (Kim Ji-Wun, 2003), permettant alors de ranger The Red Shoes auprès de deux autres films coréens sortis la même année 2005, le traumatisant The Wig (un film de Won Shin-Yeon) et le délicieusement malsain Cello (Lee Wu-Cheol), autant d’oeuvres où le lien familial est en pleine déliquescence.
Pourtant, au petit jeu inévitable des comparaisons, cette adaptation libre d’un conte d’Andersen lorgne ouvertement vers les giallo sanglants du maître italien Dario Argento. La couleur rouge chère au cinéaste transalpin y est en effet omniprésente, même si le titre original renvoie bien à des chaussures roses et non pas rouges dans la traduction occidentale. L’esthétique baroque et le caractère excessif de toute l’histoire viennent renforcer ce constat : les recherches plastiques et l’aspect soigné du film avec des couleurs chaudes ou saturées restent sa première qualité.
Après, on l’a vu, le spectateur naviguera en terrain plus ou moins connu en fonction de ses connaissances filmiques, mais le scénario à l’ambiance sulfureuse reste suffisamment accrocheur pour capter l’attention, en dépit d’une baisse de rythme au milieu d’une intrigue ternie par des répétitions inutiles. La malédiction des chaussures, intéressante en soi, est dépassée par le portrait d’une femme névrosée dont Kim Hye-Su livre une interprétation fiévreuse plus que convaincante rehaussée par une caméra aux gros plans scrutateurs. Son personnage de Sun Jae est la clef de voute ambiguë d’un échantillonnage de population passablement dérangé par ces escarpins roses, à commencer par Tae Soo la fillette.
Kim Yong-Gyun réussit à éviter le copié/collé de ses prédécesseurs et confère à ce Red Shoes un petit plus qui le situe au-dessus du simple film de genre... même si cette « horreur psychologique » est peut-être en train de devenir un véritable sous-genre en soi du cinéma coréen.
Chronique publiée dans SHINE#3
, le 23 janvier 2007
Notes
[1] du même Nakata
