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The Customer Is Always Right | Oh Ki-Hyeon



Un coiffeur marié à une femme superbe,voit débouler dans son salon un homme étrange qui va vite se révéler indélicat et menaçant. L’occasion de dévoiler bien des secrets entourant ce couple si tranquille en apparence.

Pour un premier essai sur grand écran, Oh Ki-Hyeon s’offre un exercice de style placé sous l’influence directe des frères Cohen [1]. Tout le projet repose en effet sur cette notion d’emprunt, à grand renfort de clins d’oeil et de références plus ou moins directes. A commencer par un humour en décalage avec la gravité des situations, comme cette séquence de muet pour illustrer les malheurs du barbier. Humour encore,plus actuel, avec ces deux voyous apparaissant au gré du scénario pour équilibrer les rations de baston entre les supposés bons et méchants.

On pourra facilement être agacé devant une telle roublardise clairement affichée dans le fond, comme dans la forme d’ailleurs, recherche permanente de la contradiction pour maintenir l’intérêt, mais ce pari ludique est suffisamment inspiré pour éviter de tourner rapidement à vide, permettant l’adhésion du spectateur au détournement des codes et des archétypes. Car l’intrigue déroule petit à petit sa complexité en brouillant les idées préconçues de bien et de mal, l’ambiguïté des rapports entre le coiffeur et sa femme s’avérant plus subtile qu’on ne le pense au départ, lui le brave type un peu faible et elle la fille beaucoup trop jolie pour être honnête. Pourtant le principal héros de l’histoire est bien le méchant, charismatique alter-ego du pasteur jadis incarné par Robert Mitchum [2], pour ses tatouages sur les doigts de la main et une faculté de manipulation/séduction hors-concours. C’est avec lui que réalité et fantasme se mélangent définitivement, sa destinée aussi fascinante que pathétique, sa véritable nature dévoilée permettant une mise en abîme du cinéma lui-même. The Customer Is Always Right devient alors en plus d’un jeu de dupe, un jeu de rôle au sens premier du terme que Myeong Gye-Nam endosse avec le recul d’une carrière bien remplie... et un plaisir aussi évident que celui de son maître-chanteur de personnage.

Face à lui, Seong Hyeon-Ah démontre une fois de plus qu’elle reste la beauté la plus ouvertement sensuelle de l’industrie cinématographique de la péninsule. Après Hong Sang-Soo [3], Kim Ki-Duk, autre grand spécialiste en matière de beautés sulfureuses, saura exploiter à son tour le potentiel de cette charismatique comédienne. [4] Les tons chauds et les costumes colorés qui accompagnent ses apparitions contrastent agréablement avec la netteté clinique du salon de coiffure et la blancheur de la blouse de son patron, ou les touches bleues grisées des séquences centrées sur l’univers du méchant. Une photographie aux petits oignons pour un film qui bénéficie d’une forte dimension esthétique, c’est mieux. Même si la conclusion semblera prévisible à beaucoup, on ne pourra bouder cette première oeuvre jubilatoire et parfaitement maîtrisée, finalement aussi culottée que les agissements de ses personnages.

Michel Boléchala, le 4 décembre 2007


Notes

[1] The Barber, 2001)] mais n’ignorant pas des racines locales assumées, ainsi une scène se déroule dans une salle obscure où est projeté Obaltan, le classique de Yu Hyun-Mok [[Père fondateur du cinéma coréen

[2] dans La Nuit Du Chasseur

[3] La Femme Est L’Avenir De L’Homme, 2004

[4] Time également sorti en 2006 en Corée

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