Un catcheur se voit un beau jour réincarné en un gigantesque calamar. Il va essayer de reconquérir sa gloire déchue sur le ring et retrouver l’amour auprès de son ancienne petite amie. Il devra faire face à d’autres créatures improbables, prêtes à lui ravir ses lauriers, à commencer par une grande crevette sur pattes, le plus redoutable de ses adversaires.
The Calamari Wrestler ou le parfait OVNI cinématographique orchestré par un récidiviste en la matière. Le pitch de ce projet bien allumé, à savoir un honnête catcheur réincarné en calamar géant, a de quoi suciter, au choix, la curiosité, tout au moins une certaine circonspection. Un tel postulat de départ établi, le réalisateur, partant du principe que l’existence d’un bestiaire aussi farfelu est acquise, va dérouler son histoire sans le plus petit soupçon de second degré apparent, conférant à l’ensemble une tonalité surréaliste d’autant plus efficace.
Dans la lignée des long-métrages sportifs édifiants contant le douloureux mais bénéfique parcours d’un champion en puissance, The Calamari Wrestler propose son long de combats et de coups durs, tempérés par des séquences plus intimistes jouant sur le registre émotionnel. Une comédie dramatique standard, sauf qu’on parle toujours d’un bonhomme transformé en mollusque humain devant beaucoup aux monstruosités en carton-pâte des séries B américaines des années cinquante, on pense aux productions signées Roger Corman tant la filiation semble évidente. Mais la source d’inspiration principale et plus insulaire reste les justiciers extra-terrestres nippons , ces sentai dégommant à longueur de bobines des monstruosités intersidérales belliqueuses[1], parenté de forme mais aussi de fond pour la même naïveté assumée.
L’intrigue pompe joyeusement la saga Rocky, maître-étalon du genre : personnage principal obstiné et méritant, compagne dévouée à la seule réussite de son amoureux, fidèle spectatrice de son ascension vers les sommets[2]), reporters fouineurs aux entournures, challengers vindicatifs[3], et la rédemption par l’exploit, il ne manque rien. Si le manque évident de budget renforce l’impression de bricolage incongru, il rajoute un charme touchant aux situations les plus étranges ; ainsi le calamar transporte des gosses dans un parc puis les courses de sa bien-aimée (plus facile quand on a autant de pattes) avant de laver le dos de son patron, tandis que les moments de tendresse sont filmés dans un joli crépuscule, façon de jouer avec les clichés les plus éculés. La distribution dans son entier respecte la consigne du jeu au premier degré, pour toujours plus d’efficacité dans la farce drolatique, jusqu’à cette révélation finale, un happy-end bienveillant, doublé d’un hommage au catch et d’une gentille critique des médias toujours prêts à s’enflammer.
Ce Rocky à huit pattes est donc une heureuse surprise pleine de fraîcheur (avec un calamar, c’est mieux) et sans le moindre soupçon de prétention, une comédie familiale résolument barge mais bon-enfant. Kawasaki, obsédé par les bestioles géantes en plastique, a récidivé dans le bestiaire loufoque en adaptant avec un autre cinéaste dingo, Nakano Takao, le scarabée Kabuto-O Beetle [4], avant de s’intéresser à un crabe devenu gardien de but dans Kani Goalkeeper. Ce type est un vrai zoophile.
- いかレスラー
- Japon 2004.
- Phantom Film
- Avec .
- avexmovie.jp/lineup/ika/
