Un ange se matérialise un beau jour devant les yeux d’un jeune vendeur de supérette. Seules quelques autres personnes peuvent voir l’apparition, des cœurs solitaires, des gens délaissés ou rejetés. La créature céleste,sous les traits d’une ravissante jeune femme aux ailes blanches, va transformer le destin de tous ceux qu’elle approche, tout en découvrant les plaisirs bien terrestres du Gin limonade…
Réfractaires aux contes de Noël, passez votre chemin : Tenshi se présente comme une sucrerie sentimentalo-fantastique qui risque d’en écœurer plus d’un. Cette comédie romantique n’est en effet rien d’autre qu’un gros drama dont elle emprunte les codes esthétiques, les intrigues prévisibles et le casting idoine. Là, toute une galerie de personnages prototypés peuvent cabotiner à leur aise au milieu de décors proprets aux belles couleurs contrastées, un imaginaire de studio sans la moindre aspérité mais riche en clichés attendus ; la neige, le plan d’un pont au-dessus d’une voie ferrée, les gentils chats, et tant d’autres éléments propices à développer le climat de merveilleux qui baigne toute l’histoire. Alors que l’on s’étonnera de retrouver en ces parages un comédien fétiche du cinéma indépendant comme Nagase Masatoshi[1] capable de jouer à peu près n’importe quoi avec détachement, le choix de la petite Morisaki Ei, sa fille dans le film, s’avère judicieux, adorable gamine, en tous cas devant la caméra. Sa chanson avec Kyōko atteint au sublime dans le registre gnangnan. Ah ! kawaii quand tu nous tiens…
Mais c’est bien entendu le choix de l’actrice principale qui donne tout le sel à une production certes sympathique mais qui resterait anecdotique sans sa présence. Et c’est peu de dire que Fukada Kyōko est mise en valeur par une caméra complice ; plans rapprochés, visage éclairé avec recherche, sourire éclatant plein cadre, Tenshi est un écrin à la seule gloire de sa vedette. Nul doute que ses détracteurs ne ricanent à l’idée de lui avoir confié un rôle muet qui se contente de minauder en penchant la tête ou de fixer l’écran de ses grands étonnés à la manière d’un personnage d’anime, mais l’effet est garanti. Et lorsque la belle déploie ses ailes et s’envole, les nombreux admirateurs de Fukakyon finiront par être persuadés que cette fille est vraiment un ange… surtout s’ils ont pris la peine de casser leur tirelire pour le superbe photobookpublié plus ou moins en même temps. En tous cas, après des drama emblématiques tels que Friends ou Otōsan, et un passage réussi au grand écran[2], Kyōko conservera avec Tenshi intacte sa popularité d’idol. Ce ne sont pas les clins d’oeil gentiment humoristiques parsemant le film, en particulier ce goût immodéré pour une boisson alcoolisée, qui viendront contredire cette évidence.
On l’a vue récemment dans la nouvelle adaptation d’un classique du roman policier signé Seishi Yokomizo : Inugamike no Ichizoku [3]. Rien moins que le vétéran Ishikawa Kon[4] aux commandes de ce projet sorti fin 2006 au Japon où Kyōko croise une pléthore de visages connus ou moins connus. Que Tenshi reste un produit de série sans doute vite oublié n’a finalement que peu d’importance, l’essentiel étant de pouvoir s’évader voire de s’émerveiller le temps d’un long-métrage flirtant avec le too much, mais traité avec suffisamment de légèreté et d’humour pour faire avaler un déluge de guimauve autrement vite indigeste. Et si en toute chose l’excès peut nuire, un ange alcoolique, c’est quand même plus rigolo.
- 天使
- Japon 2006.
- Avec Fukada Kyōko, Nagase Masatoshi, Uchida Asahi, Izumiya Shigeru, Morisaki Ei.
