Tanpopo
Tanpopo - DR

Tanpopo. Pissenlit en japonais. On peut dire sans se tromper que les Tanpopo furent la meilleure chose que Tsunku ait inventée dans sa vie en matière de spin off, vous savez, ces sous-groupes issus de ses si juteuses Morning Musume. La meilleure mais aussi son plus beau gâchis.

Fin 1998. Les Morning Musume ont tout juste quelques mois de vie dans leurs jambes arquées. Elles ne sont qu’un girls band de plus dans le monde impitoyable du business nippon. Love Machine arrivera l’année suivante et fera d’elles les number one. Pourtant, à ce moment là, tout est encore à faire et si Tsunku♂ veut rentabiliser l’affaire, il faut s’y mettre. La première audition nationale, afin d’inclure de nouveaux membres au groupe, chose qui deviendra très rapidement commune, s’est plutôt bien passée, aussi bien en audimat qu’en retombées médiatiques. Les Morning Musume sont passées de cinq à huit membres avec l’arrivée de Yasuda Kei (17 ans), Ichii Sayaka (14 ans) et Yaguchi Mari (15 ans). Trois membres de plus. Rien que ça ! C’est déjà un petit groupe en lui-même se dit Tsunku. Pourquoi ne pas les produire à côté ? Donc acte ! Il se décide de créer une « spin off » des Morning Musume. En fait, Tsunku n’a rien inventé car dès les années 80, le groupe d’idoles phare du moment, les Onyanko Club, réunissant à un moment plus de 50 membres, faisait de même en s’auto tronçonnant et donnant naissance à de jeunes pousses, comme par exemple Nyangilas, Ushiroyubi Sasaregumi ou Ushirogami. D’ailleurs, autant le dire de suite, Tsunku a entièrement repompé toutes les idées et concepts des Onyanko Club.

Ce projet d’unité séparée de ne se fera pas en secret mais sous l’œil des caméras. Tout sera filmé, aussi bien le casting que l’enregistrement et la décision finale, et sera diffusé dans l’émission Asayan le 18 novembre 1998, le jour même de la sortie du premier single du groupe. Les téléspectateurs s’étaient à peine remis de la première audition afin de trouver de nouveaux membres pour les Morning Musume qu’on remet déjà ça, avec une émission toute entière dédiée à la création de la première spin off des Morning Musume. Bonjour le matraquage ! Alors que le nom du groupe n’était même pas encore trouvé, Tsunku avait déjà choisi les deux premiers membres : Iida Kaori et Ishiguro Aya. Des filles plutôt mâtures sur le plan physique et mental et surtout, capables vocalement parlant. Il ne manquait plus que la troisième et, pour cela, il décida d’auditionner en studio les trois derniers membres en date des Morning Musume sur la chanson qu’il venait tout juste de finir de composer pour elles, leur servant ainsi de premier single : Last Kiss. Grosse pression sur leurs épaules fragiles et encore novices. Yasuda Kei se lança, motivée, et assura une bonne prestation. Puis la toute petite Yaguchi Mari, dont la performance fut tout juste passable (voix faiblarde et une certaine difficulté à monter en puissance). Enfin, Ichii Sayaka, qui, elle, rata complètement son audition tout en en étant parfaitement consciente. Une fois sortie du studio, elle dira :« Yabai ! », c’est foutu, c’est cuit. En étant totalement objectif, la troisième place des Tanpopo aurait dû logiquement revenir à Kei. Elle a toujours été l’une des Morning Musume chantant le mieux et son audition montra clairement qu’elle surpassait ses deux autres concurrentes, mais voilà, le délit de sale gueule la plomba. Kei servit toujours de mouton noir dans le groupe. Elle était la moins jolie du lot, point barre.

Tanpopo - DRUne fois les voix en boîte, ce qui nous montra par la même occasion comment étaient enregistrées les chansons du Hello ! Project, à savoir des bouts de refrains et de couplets interprétés chacun son tour (sauf les chœurs évidemment), on sélectionne les meilleurs ensuite et on colle le tout par ordinateur, Tsunku les écouta longuement. Il mêla une par une les voix des trois candidates à celles de Kaori et d’Aya pour voir comment cela sonnait. Lors du choix final, on convoqua les trois petites victimes et un des yes man de Tsunku rendit le verdict : la place revint à Yaguchi Mari, plus étonnée qu’autre chose, et qui s’effondra à moitié en larmes d’émotion. Kei en pleura également mais d’amertume elle, sans pour autant en vouloir à qui que ce soit. Sayaka ne se fit aucun film, elle avait échoué et déclara qu’elle savait qu’elle ne serait pas retenue. Toutes les deux auront leur revanche l’année suivante avec la création de la seconde spin off, les Petit Moni. Le trio était formé, manquait plus qu’un nom de groupe. Dans l’émission, on voit Tsunku se creuser la nénette pour trouver quelque chose, déconnant plus qu’autre chose. Dans le lot des noms foireux, on retiendra Superman 3, 1999, 6 Cups ou Akubi. Finalement, ce sera Tanpopo. Un blaze comme un autre. Tanpopo version 1.0 dirons-nous car les upgrades seront nombreuses…

On peut affirmer sans risquer de dire des bêtises que les quatre premiers singles des Tanpopo première génération, et en particulier leur album, Tanpopo 1, sont les meilleurs titres jamais composés par Tsunku. On est plus habitué à entendre de la gaudriole chez ces dindes. Et quand elles se prennent au sérieux, c’est souvent ridicule. Mais là, les Tanpopo assurèrent totalement. L’album se montre brillant, extrêmement bien produit, sans ajout de sucre néfaste ou de gimmicks stupides. On peut parfaitement l’écouter au premier degrés sans avoir honte. Chacune des trois filles a sa propre chanson. On retiendra tout particulièrement celle de Yaguchi Mari, Sentimental Minamimuki, à tendance disco. La version album de Motto, très différente de celle du single, nous met une vraie claque par son côté sensuel. On note dans les crédits du CD l’emploi de véritables musiciens américains de jazz, largement utilisés pour le titre One Step. Le livret nous montre trois filles sophistiquées, très maquillées, pas souriantes du tout, voire méprisantes, mais terriblement belles. Il est clair que l’année 1999 sera la meilleure pour Tsunku en matière de composition. Le premier album de Taiyo To Ciscomoon, futures T&C Bomber, bénéficieront également de cette flamme créatrice.

Après quatre singles plus un album de grande qualité, le premier clash surgit avec le départ de Ishiguro Aya. Elle quitta les Morning Musume juste après le carton de Love Machine, au tout début 2000, pour repeupler le Japon, qui en a bien besoin, en compagnie de son gros mari, Shinya, le batteur du groupe Luna Sea. Les Tanpopo devinrent duo, ce qui ne les empêchèrent nullement de s’afficher, surtout dans les concerts des Morning Musume où des entractes avaient été spécialement aménagés pour elles ou les solos Nakazawa Yūko. On remarqua à ce moment que Yaguchi Mari s’imposait largement comme leader du groupe, Iida Kaori n’ayant pas la carrure de chef. En parlant de concert, procurez-vous vite le gig des Tanpopo issus du tout premier concert filmé des Morning Musume, celui où Asuka fait ses adieux, c’est véritablement le meilleur moment au milieu de toutes ces pleurnicheries insupportables.

Courant 2000, la quatrième audition pour inclure de nouvelles tête aux Morning Musume se termina. Quatre membres eurent le privilège de rejoindre le troupeau, Ishikawa Rika, Kago Ai, Tsuji Nozomi et Yoshizawa Hitomi. Tsunku passe à l’attaque directement en adjoignant deux de ces nouvelles recrues aux Tanpopo : Rika et Ai. Ces deux dernières avouèrent par la suite avoir été totalement surprises d’être sélectionnées pour faire partie de ce groupe à tendance glamour vu qu’elles ne se trouvaient pas du tout à la hauteur. De duo, le groupe devient quatuor. Le style musical change également. Des chansons plutôt sérieuses et légèrement pessimistes, on passe à quelque chose de plus enjoué, dans le même genre que les singles Tanpopo et Seinaru Kane Ga Hibiku Yoru qui avaient ouvert la brèche fin 99, aussi bien en musique qu’en look. Otome Pasta Ni Kandōsera le premier single des Tanpopo version 2.0. Une chanson très 70’s dans le son, et on ne peut plus réussi. Les filles tapant dans une mode « années folles », portant des chapeaux hauts de forme et des parapluies. La fusion s’est bien passée et sans heurts, malgré les reprises massacrées des premiers hits du groupe par Rika et Ai dans un album best of du Hello ! Project…

Le calendrier des Morning Musume et autres spin off du Hello ! Project étant overbooké, on ne reverra les Tanpopo qu’un peu plus de 6 mois après ce single et pour une chanson calquée sur la précédente niveau musical : Koi Wo Shichaimashita. On remarquera encore une fois les looks des filles, habillées façon « portiers d’hôtels de luxe », tout en restant jolies et glamour. Notons que le 5 juillet 2001 sortit dans le commerce un photo book entièrement consacré aux Tanpopo version 2.0 et à 90% dans le look vestimentaire de Koi Wo Shichaimashita et sans aucun bikini à l’horizon ! Les temps ont bien changé depuis…

Neuf mois passent encore avant le retour des petits pissenlits et juste pour Noël, avec le sirupeux mais si gentil Ojisama To Yuki No Yoru. Musique à grelots, clip en pyjamas, neige et sapin et photos de presse avec des chapeaux poilus et autres fringues de grands-mères. Spécial. Toujours est-il que la chanson cartonna dans les charts car en phase avec cette période écœurante que sont les fêtes de fin d’année. On est quand même très loin des bijoux finement ciselés que furent les premiers singles du groupe mais il faut bien savoir que ces chansons, aussi excellentes furent-elles, n’ont pas marché derche dans les hits-parade et furent tout juste rentables. C’est toujours la même chose, la qualité ne nourrit pas son homme. Tsunku, devenu producteur phare au Japon, était dans une logique de rentabilité maximale et donc commerciale.

Tanpopo - DRJuillet 2002, Tsunku devient fou et chamboule tous ses groupes. On sait aujourd’hui que ce genre de manigances ne sont en fait que des coups de pub afin de ne pas faire retomber la pression médiatique sur ses dindes aux œufs d’or et qu’à part provoquer des tentatives de suicide chez les otakus et autres pré-commandes de singles, il n’en sort jamais vraiment grand-chose. Passons sur le couplet des autres unités qui furent totalement refondus ou/et anéantis car ce n’est pas le sujet. Les Tanpopo n’échapperont pas à ce tsunami tsunkuïen. On commence par écrémer : Mari, Ai et Kaori sont virées du groupe ! Dure journée pour la Mari qui apprit le jour même qu’elle était également évincée desMini Moni… Rika sera la seule survivante de ces purges drastiques. Elle sera rejointe par deux nouvelles recrues de la cinquième génération des Morning Musume : Niigaki Risa et Konno Asami. Alors là, les fans ne comprennent pas du tout ! Le concept de base des Tanpopo étant le glamour et une certaine sophistication, que font ces deux gamines, plus laides que moches, dans ce groupe ?? Ce serait comme inclure Iida Kaori et son 1m70 dans les Mini Moni ! Incompréhensible ! En fait, Tsunku continue son plan marketing, comme il le fit pour les Tanpopo justement : il veut médiatiser ses nouveaux membres des Morning Musume arrivés l’année précédente et qui continuent de ramer derrière les leaders et autres membres charismatiques, quitte à sacrifier les « anciennes » confirmées. Et pour ne pas laisser le rôle de la parfaite potiche à Rika, il ajouta en plus à cette nouvelle mouture des Tanpopo, Shibata Ayumi des Melon Kinembi. Là aussi, personne ne comprit cette décision. Ayumi, bien que très belle, n’a rien à voir avec les Morning Musume. Que venait-elle faire dans cette galère ?

Septembre 2002, les Tanpopo version 3.0 parurent. On ne pouvait les rater, même à 100 mètres. Avec des robes à carreaux rouges, dans le même style que les légendaires douze serviettes du Vin des Rochers (les très vieux comprendront l’allusion), et des chapeaux lorgnant sur la cloche à fromage, le groupe largua définitivement le glamour et la classe pour le « plouc power » ! Les fans de la première heure hurlèrent sous la lune devant cette boucherie. A propos de ces tenues ridicules, on se souvient que certaines filles du Hello ! Project s’étaient plaintes à une époque en disant qu’on leur faisait porter des fringues atroces, que leurs oreilles étaient percées n’importe comment etc. Mutinerie à bord ? Leur nouveau single, Be Happy Koi No Yajirobee, est une sorte de soupe à tendance reggae parfois et totalement insipide.Last Kiss ou Motto étaient très très très loin. Les ventes furent lamentables et l’accueil du public face à ces pissenlits déplumés ne fut pas à la hauteur des espérance de leur producteur. Donc, à la casse ! On ne les a jamais revues depuis sauf pour un best of, All Of Tanpopo, sorti quelques jours avant ce nouveau single.

Tanpopo - DRQue reste-il des Tanpopo aujourd’hui ? Mis à part des CD trouvables à moins de 100 yens dans n’importe quel second-hand shop japonais et beaucoup de nostalgie, pas grand-chose. Elles ne sont jamais ressorties du placard dans lequel Tsunku les a rangées fin 2002. Quel gâchis invraisemblable ! Il avait là le parfait exemple de groupe pouvant être crédible, dans sa première version, et apporter ainsi un semblant de sérieux et de qualité au milieu de tous les autres déchets sonores régulièrement produits par son écurie, s’il s’en donnait la peine en composition bien évidemment. Et bien non ! Les Tanpopo furent sacrifiées sur l’autel de l’usure, de la paresse, de l’agacement et de la rentabilité. Tsunku ne peut s’en prendre qu’à lui. Mangent-elles les Tanpopo par la racine ? Non et c’est là que l’espoir de renaissance subsiste, bien qu’il soit aussi réaliste que celui de voir Gackt en France… Le rêve n’est pas encore taxé et n’oublions pas que ce groupe, tout comme les Petit Moni, n’a jamais été officiellement dissous comme l’ont pu l’être les Mini Moni en août 2004. Cela veut-il dire qu’on les reverra un jour ? C’est peu probable tout de même mais qui sait ce qui peut encore se passer sous la perruque décolorée de Tsunku ? La mode est au neuf fait avec du vieux avec lui (reprises de hits en guise de face B, compilations très nostalgiques etc.) Peut-être verra-t-on refleurir nos pissenlits un de ces quatre et aussi éblouissantes qu’avant.

3 juillet 2005 Aucun commentaire
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