Takeshis’ | Kitano Takeshi
Pour son dernier film, le Beat joue son propre personnage d’amuseur public-cinéaste reconnu, se retrouvant face à un parfait sosie anonyme et malchanceux. Aller-retour incessant entre fantasme et dure réalité, Takeshi’s est une spirale narrative à l’emporte-pièce avec son montage chaotique et la quasi-absence d’un scénario élaboré, le fil conducteur du thème du double restant très discret. D’abord rassurant par le réel plaisir à voir cabotiner la bande de comédiens fidèles au metteur en scène, le film s’avère pourtant un exercice élitiste réservé aux initiés de l’oeuvre du maître, recyclant à l’envie les séquences récurrentes : les gun fights, les jeux sur la plage, la gaudriole vacharde, le clown triste, etc.
Pied de nez totalement assumé visant ses détracteurs, mais farce plus aigre que douce qui donne la fâcheuse impression de tourner rapidement à vide. Les longueurs terrassantes (voir cette scène de claquettes) ne facilitant pas non plus la fluidité du récit. Certes la question de son propre statut de créateur semble primordiale à un Beat vieillissant, mais les moyens employés ici laissent vraiment dubitatif. Rappelant occasionnellement la fantasmagorie Fellinienne, ainsi cette ballade nocturne du taxi en forêt, et sans doute moins ouvertement suicidaire que ne l’était Getting Any ? en son temps, Takeshi’s finit quand même par lasser à force de trop vouloir se regarder le nombril.
Chronique publiée dans SHINE#2
, le septembre 2006
