Taxée de ringardisme par la jeune génération qui ne jure plus que par les mangas la BD franco-belge est en crise. Même si les classiques se vendent régulièrement, il est bien difficile de faire dans la nouveauté. Etant donné que les mangakas français ça n’existe pas, et ça n’existera jamais, il fallait donc trouver une solution.
Comment faire du neuf avec du vieux ? Facile ! On prend un personnage fameux et on le transfère en territoire ennemi. Cela donne Spirou et Fantasio à Tokyo.
La couverture de l’album laisse pantois. Spirou et Fantasio transformés en samouraïs, avec une pose digne de Dragon Ball Z, ça fait bizarre. Avec la reprise de la franchise Spirou par Morvan et Munuera, c’est un personnage différent de celui qu’on a connu étant gosse dans son journal. Les aventures se veulent plus matures, plus sérieuses, avec de l’action. L’humour est presque négligé. Fantasio est devenu un faire-valoir assez stupide digne de Gaston Lagaffe. Un comble…
L’histoire se lit sans problème, même si on nage pas mal dans les clichés nippons. Il y a du karaté, des sumos, des samouraïs… On notera tout de même la référence culturelle à la dernière page, avec la légende de chien Hachiko. Les planches sont plutôt bien dessinées, il y a un rythme soutenu et beaucoup de mouvements (la poursuite en voiture par exemple). Ça va très vite. Pas de problème là-dessus, le côté « manga » a bien été respecté mais est-ce que ça ne tranche pas avec les personnages ? Sont-ils bien à leur place ? Spirou se battant à la manière de Ken le survivant, ça fait rire, sauf que là, c’était pas fait pour…
Un album qui ose le changement et surfe sur la mode. Cela pourra intéresser les plus jeunes, ceux qui ne connaissent pas déjà Spirou, d’ailleurs, il a été commercialisé pour ça. Mais est-ce que les anciens fans du groom le plus célèbre de la BD adhéreront ? Gros risque que prend Dupuis. Les éditions Albert-René se mordent les doigts d’avoir appliqué cette politique avec le dernier Astérix. Bientôt le Marsupilami contre Gozilla ?
- Spirou et Fantasio à Tokyo
- France 2006.
- Dupuis.
